10 Juin 2008

  La blogosphère vient d’être secouée – une fois de plus – par un fait d’une importance capitale, la publication dans le magazine Challenges de blogs champions dans leurs catégories, selon l’appréciation d’un jury. La belle affaire… Passons sur qui ils sont, et de quoi ils parlent, ça on s’en fout, et ce n’est pas ce qui m’amène. Le magazine a déterminé cette sélection sur la base d’une liste et d’un classement établi par le site Wikio.
  Quoi ? Comment ça petit non-initié, tu ne connais pas Wikio ? Clic donc ici va, et rentre dans le monde merveilleux du classement des blogs.
  Wikio classe donc les blogs à l’aide d’un algorithme qu’il a cuisiné pour en faire un outil de comptage et de mesure des citations de blogs sur d’autres blogs. Ce qui est supposé établir l’autorité d’un blog en sa matière (et bien oui, plus on en parle, plus il est intéressant hein). Comme ce n’est qu’un algorithme et pas un vrai cerveau qui fait ça, il arrive que des blogs sans matière, ou faits de matière fécaloïde, soient classés, mais bon, on ne peut pas demander l’impossible à un logiciel.
  Mais le fait est que, suite à ces nominations, certains se sont employés à expliquer ce que serait l’algorithme idéal. Celui qui les propulserait en tête de classement, bien sûr.
  Wikio parle d’influence des blogs.
  Alors là aussi, c’est un sujet maintes fois abordé, qu’est-ce qu’un blog influent, that iz ze question. Mais là encore beaucoup de bruit pour pas grand-chose, parce que l’influence d’un blog dans la, ou plutôt dans une blogosphère, il faut dire que ça pète pas bien loin quand même. Demandez à l’homme de la rue ce qu’il en pense.
  Alors un blog influent finalement c’est quoi ? D’après moi c’est surtout un mauvais choix de mot. Probablement une auto proclamation du premier influent... Alors certes flatteur pour ceux qui s’en prétendent, mais une erreur de vocabulaire. Je préfère parler de popularité. On peut très bien être populaire sur son palier, et même champion de blog des numéros impairs de sa rue.
  Wikio est un sujet récurrent sur un très grand nombre de blogs.
  D’ailleurs, énormément de blogs ne parlent que de blogs, c’est absolument passionnant. Un peu comme une réunion d’artisans qui ne parleraient que de leurs outils, et très peu de leur usage. Certains contenus de blogs ne parlent plus d’un sujet particulier, mais de ceux des autres, la concurrence tiens, de visibilité et de moyens à employer pour augmenter celle-ci.
Mais visibilité de quoi au juste ?
Et visibilité pourquoi ? pour quoi en faire ?
Pour que soient les plus en vue les blogs qui parlent de blogs et de visibilité des blogs ? Marrant, non ?
  Au départ c’est un jeu de penser à Wikio tous les jours, parler de Wikio, et de se dire qu’on va niquer untel et machin au classement. Et puis à force de durer, de se prendre au "jeu", ça finit par ne plus ressembler à un jeu mais à une obsession. Même les simulacres de conversation de bistro perdent en intensité au profit de cette préoccupation, qui d’après la rumeur aurait été susceptible de déclencher d’authentiques duels du temps des courtisans.
  Les egos jouent des coudes, les egos ne reculent devant rien puisqu’il ne faut surtout pas reculer dans le classement de Wikio.
  Et Wikio, c’est comme le dopage, qui a toujours une longueur d’avance sur les tests anti-dopage. 
La faille, c’était l’extrême facilité de créer des liens. Des liens bidons. 
Et de créer de l’audience. De l’audience bidon. À base de polémiques auto entretenues, de titres racoleurs à drainer tout ce qu’internet comporte de voyeurs et de débiles. Et de malades, on y vient…
  Alors comment faut-il faire ?
Il faut donc des liens, un maximum de liens. On peut avoir plusieurs blogs et se citer soi-même, et on peut avoir des blogopotes qui le font à votre place, à charge de revanche bien sûr. On peut mettre plusieurs liens dans un mot, et dix liens par phrase. Etc.
  Des copines blogueuses et moi avons fait le test le mois dernier. Une fois suffisait. Chacune a rédigé un article comportant des liens vers les blogs des autres. On a pris un minimum de 30 points chacune de façon complètement stérile et artificielle. En revanche, on n’a fait aucun effort putassier sur le titre, on a encore un reste de scrupules et d’amour propre.
  Tout ça pour en venir où ?
À un dérapage dont Wikio n’a eu que faire le jour où ils en ont eu vent.
Un de ces blogs factices, un blog-outil ne servant qu’à générer du lien entre blogueurs, un blog qui se voulait être une démonstration, un jeu, mais qui n’en finit pas de durer, à bout d’idées de titres et de tags sans rapport avec son non-contenu, a expérimenté la géniale association des mots "enfnats" et "nsu" en titre. Et je vous passe le détail des tags qui allaient avec… Quoi de mieux pour une audience clean et intéressée ? Vous avez dit pédophile ? Mon dieu non, ce n’est qu’un jeu anodin nous dit-on chez Wikio. Mais ce blog n’existe que pour alimenter les classements en points et est lui-même classé. Blacklist pour ces cons qui se plient à un "jeu" sans aucune limite éthique ? Non, ce n’est pas bien méchant tout ça. Un jeu entre copains…
  Wikio ne récusait donc pas la méthode et admettait de fait que le classement pouvait être faussé par ce genre de manipulation, mais pire, ne se choquait pas plus que ça de voir "enfnats nsu" figurer dans ses pages. Dont acte.
  La visibilité d’un blog, c’est aussi ça… Des blogueur avec une conscience civique, politique, avec des mômes, ça peut aussi jouer avec ça. Avec le public des sites pédophiles pour servir l’addiction à sa propre cote de popularité.
  À propos, vous avez déjà vu un site pédophile ? Ce n’est pas forcément des nmyphettes, c’est aussi des petits de cinq ou six ans en train de se faire encuelr, ça vous parle ça ?  
  Le même article avec ce même titre inadmissible a finalement atterri ailleurs, pour la cause de la visibilité de blogueurs dont l’ambition est aussi grotesque que honteuse.
  Tout ça pour un classement de blogs…
  Bande de connards, pas un de vous, petits joueurs que vous êtes avec ce qu’internet draine de plus odieux, la pédophilie, n’a réagi.
  Vous et vos blogs à ramasser toute la merde du web, pour un faire-valoir illusoire qui ne dupe personne, vous me faites horreur.

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B. Desforges

#ailleurs...

31 Mai 2008

  Impatient de rentrer chez lui après cette longue matinée d’hiver au travail, il presse le pas entre les flaques d’eau gelées.
  Ce matin, il a pris le premier métro, comme toujours. Ce métro d’habitués de la première heure, encore un peu ensommeillés, qui sentent le café, le savon ou la sueur, toujours les mêmes ou presque. Celui qui lit le journal de la veille, et le froisse bruyamment avant de descendre sur le quai, celui qui s’endort sitôt installé sur un siège, celui qui rêve en souriant aux anges, le front appuyé à la vitre, et cet homme qui ne s’assoit jamais et reste debout près de la portière en dévisageant tout le monde. Les stations ont défilé, il les a comptées à rebours, comme d’habitude, et a regardé machinalement sa montre.
   Et puis, il est arrivé au commissariat, a marmonné quelques bonjours, est allé au vestiaire et a passé son uniforme en baillant. Il s’est étiré en fermant les yeux, a fait craquer ses phalanges, et a accroché son ceinturon autour de la taille. Il a placé son arme dans l’étui, glissé sa casquette derrière la boucle de sa ceinture le temps de mettre un coup de peigne dans ses cheveux en bataille, et s’est regardé un instant dans le miroir accroché sur la porte de son armoire.
  Enfin, il a effleuré d’un doigt délicat, d’une caresse, la joue de papier glacé de son fils, espiègle et souriant sur une photo à coté du petit miroir, comme il l’aurait fait d’un porte-bonheur, puis il a refermé l’armoire et glissé la clé au fond de sa poche. Toujours dans le même ordre chaque matin à la même heure.
  Il a patrouillé à pied, et il a vu un jour blafard et froid émerger du brouillard de la nuit, et se lever entre les immeubles. Il a eu un frisson de fatigue, et s’est dit qu’il avait envie d’un café ; et pensant au café, il a eu froid aux mains. Son équipier, marchant à ses cotés, était silencieux. Le matin, il ne se déride et ne parle qu’après avoir bu quelque chose de chaud, et fumé une cigarette, un peu comme lui. Le long des bistros qui levaient le rideau, les rues se sont réveillées sous les pieds des passants, et il s’est dit que c’était bon de marcher dans le même sens que tout le monde sans se poser de questions. Chemin faisant, il a contrôlé l’identité de trois jeunes gens qui s’étaient cachés à son approche, mais ça n’a rien donné, il a aidé une femme qui hululait son énervement à remplir un constat d’accident pour qu’elle se taise, mis quelques contraventions à des voitures mal garées, et décida d’une pause café au poste. A peine la porte franchie, il a croisé le chef de brigade qui lui a lancé « Alors ? déjà de retour ? vous avez fait une affaire ? », et qui s’est éloigné, comme d’habitude, sans attendre la réponse.
  Il s’est servi un café, et a ouvert le journal du jour qui traînait sur la table en commençant par la dernière page. Il a trempé un sucre dans son café, et l’a laissé fondre sur sa langue avant de vider sa tasse brûlante à petites gorgées. Il a replié le journal, l’a reposé sur la table, et est allé chercher son écharpe de laine bleue foncée qu’il avait, comme la veille, oubliée au vestiaire. Quelques instants plus tard, il était à nouveau dans la rue et reprenait sa patrouille, émaillée de quelques banales interventions sans importance. Ainsi se terminait la matinée sous un ciel gris et fade.
  À la fin de son service, il avait regagné le vestiaire, fait les mêmes gestes qu’au matin dans l’ordre inverse, mis son uniforme sur un cintre, enlevé l’arme de l’étui et rangé le ceinturon. Il s’était emmitouflé dans un gros blouson, et avant de refermer son armoire avait jeté un coup d’œil au miroir, et souri à la photo. Il avait quitté le commissariat en envoyant des « au revoir, à demain » à la cantonade, et s’était dirigé vers le métro. Passant devant la mairie, il regardait la pendule, et puis sa montre, se satisfaisant chaque jour qu’elle marque bien la même heure.
  Il n’est plus qu’à deux pas de chez lui, une vague faim lui tenaille le ventre, et il avance à grandes enjambées. Il entre dans le hall de son immeuble, l’ascenseur est en panne comme souvent, et il monte quatre à quatre les marches des deux étages. Il tourne la clé dans la serrure, ouvre la porte et lance « Coucou ! Je suis là ! » Et soupirant d’aise, il pose son sac sur la table et son blouson sur une chaise. « Et zut. Le courrier… » Il ressort sur le palier, et dévale l’escalier en sifflotant. Il ouvre la boite aux lettres, une facture, une carte postale, un magazine, que du banal, pas de surprise. Et il remonte chez lui.
  « Haut les mains ! »
  Il ne l’a pas tout de suite vu derrière la porte, mais là, il se tient face à lui. Bras tendus devant lui, les deux mains qui empoignent solidement la crosse, le doigt sur la détente de l’arme, il le braque.
  « Haut les mains, je te dis ! Et plus vite que ça ! »
  Il est immobile, sûr de lui, il ne tremble pas, ne vacille pas, et le canon de l’arme suit chacun de ses mouvements.
  « Haut les mains et pas un geste ! »
  Le chien du flingue est à l’armé, une balle est engagée.
  « Haut les mains sinon je tire ! »
  Il a le regard noir, déterminé, les lèvres pincées. Le visage légèrement penché, il le vise en pleine tête.
  « Haut les mains ! Peau de lapin ! Pan ! »
  Son fils est train de le braquer avec son arme. Son arme qui était au fond de son sac posé à la hâte sur la table.
  « Pose ça tout de suite, c’est pas un jouet, allez pose-le, murmure-t-il d’une voix blanche.
  - Oh non, on va jouer encore ! Haut les mains, sinon peau de lapin !
  - Pose-le par terre, tu vas te faire mal, dit-il dans un filet de voix.
  - Tu es le gentil, je suis le méchant ! Je vais te tuer. Pan !
  - Arrête… arrête… »
  En même temps que retentit la détonation, il a l’impression que sa tête explose. Une douleur fulgurante traverse sa tempe gauche, il n’entend plus rien, les murs et le plafond basculent, et il tombe. Il y a juste un bourdonnement autour de lui, et du sang sur ses mains, du sang qui coule sur le sol, et son fils, le regard tout rond, l’arme au bout du bras, et dont les lèvres semblent dire « papa… ».
  Et lui, toujours à genoux par terre, rassemble ses forces pour se relever, et se maudit. Se déteste et s’accable en contemplant les gouttes de sang sur le mur. Il regarde son fils d’un air désolé, implorant. Et il se fiche d’avoir dans ce jeu, perdu le lobe de son oreille gauche.
 

texte extrait de Police Mon Amour

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Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire

28 Mai 2008


C'est alors que se connecta le renard.

- Kikou, dit le renard.
- Kikou, répondit poliment le petit prince, qui actualisa mais ne vit rien.
- Je suis , dit la voix, dans le cache de Google.
- Qui es-tu ? asv ? dit le petit prince. Tu as un bien joli design...
- Lol, je suis un renard, dit le renard.
- Viens bloguer avec moi, lui proposa le petit prince. J’ai si peu de visites et de commentaires...
- Je ne puis pas bloguer avec toi, dit le renard. Tu ne m’as pas linké.
- Ah! pardon, fit le petit prince. Mais, après réflexion, il ajouta :
- Qu'est-ce que signifie "linker" ?
- Tu n'es pas de la blogosphère, dit le renard, que cherches-tu ?
- Je cherche les blogueurs, dit le petit prince. Qu'est ce que signifie "linker" ?
- Les blogueurs, dit le renard, ils ont des classements mensuels et ils chassent. C'est bien gênant ! Ils élèvent aussi des copiés-collés. C'est leur seul intérêt. Tu cherches à être dans le Top100 de Wikio ou bien ?
- Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu'est-ce que signifie "linker" ?
- C'est une chose très convoitée, dit le renard. Ça signifie "créer des liens"...
- Créer des liens ?
- Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi, qu'un petit blogueur tout semblable à cent mille petits nolifes. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu me linkes, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi utile à mon référencement. Je serai pour toi un avantage pour tes statistiques...
- Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une putafrange... je crois qu'elle m'a linké...
- C'est possible, dit le renard. On voit dans la blogosphère toutes sortes de choses...
- Oh! ce n'est pas dans la blogosphère, dit le petit prince.
Le renard parut très intrigué :
- IRL ?
- Oui.
- Il y a des trolls, sur cette planète-là ?
- Non.
- Ça, c'est intéressant ! Et des influents ?
- Non.
- Rien n'est parfait, soupira le renard...

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Bénédicte Desforges

#ailleurs...

26 Mai 2008


 

Vidéo dédiée aux saisonniers de la bien-pensance, qui trouvent que c’est hype d’être bouddhiste, et qui participent à des happenings entre bobos sur la Place des Droits de l’Homme en attendant la prochaine émotion collective.

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