17 Août 2012

nike-la-police


Je veux donner une place particulière à ce message reçu d’un collègue. Je n’y ai pas bougé une virgule.
Il parle de syndicats, et je lis sa lassitude et son découragement.
Même si j’y perçois encore ce qu’il aime et exige de ce métier
... et du service public.


"Ce n'est sûrement pas un scoop, mais je me demande de plus en plus fortement si le but premier des syndicats n'est pas tout simplement de nous empêcher de prendre la parole.

En la monopolisant dès qu'il se passe quoi que ce soit, même un fait divers. En comparaison avec les gendarmes par exemple, lorsque quelqu'un, chez eux, s'exprime face à la presse au sujet d'une affaire, c'est un officier, en grand uniforme, avec tout ce que peut avoir de gueule un officier de l'armée française. C'est quand même une autre classe qu'un "pignouf" (désolés collègues mais c'est le premier mot qui me vient à l'esprit) en civil, mal fagoté et qui n'a pas travaillé sur le cas, ni de près ni de loin.

Quant à ce qui n'est pas un fait divers... bah... une nouvelle fois chers collègues, j'en suis navré, mais on a toujours droit aux trois ou quatre même gugusses, invités sur les plateaux télé pour y débiter les mêmes poncifs, qui ne sont d'ailleurs pas bien différents de ceux des journalistes dans leur forme, et à quelques détails près dans le fond.

A côté de ça, le collègue sur la voie publique, l'enquêteur du quotidien ou le C.R.S. en faction, makach (oui, ça doit pas s'écrire comme ça). Un bon coup d'obligation de réserve dans les gencives et retourne chez mémé. Laisse causer ceux qui savent.

Résultat, des mouvements de grogne spontanés qui ont pris tout le monde à contre-pied, pas ou peu relayés dans les médias (je suppose que je dois avoir une idée trop personnelle de ce qu'est un scoop, bien calé entre le dernier chien écrasé et le temps qu'il fait) et des syndicats pratiquement muets, complètement dépassés et immobiles.
Si leur but est "réellement" (et ce mot entre en guillemets ne reflète que mon opinion personnelle) de défendre nos conditions de travail, je ne vois pas meilleur pain béni. Je m'attendais, encore très naïvement, à ce qu'ils s'engouffrent dans la brèche comme des chiens enragés.

Mais non, dans l'immense majorité des services, les deux principaux syndicats n'ont même pas réussi à se mettre d'accord sur une date de rassemblement. C'est dire le niveau de motivation...

Alors on va me parler des petits délégués locaux qui suent sang et eau. Ouais, c'est pas faux, mais sans remettre en doute leur engagement et leur abnégation, quand on y réfléchit trente secondes, que font-ils ? Ils plaident les petits bobos et les mutations/avancements. À tel point qu'obtenir ce que de droit en terme de déroulement de carrière sans être syndiqué, revient à sacrifier plusieurs années de sa vie. Et ce, même s'ils le font le plus sincèrement du monde. Une fois encore, ferme-la camarade, laisse causer ceux qui savent. Et même si en l'occurrence, ils savent bien mieux défendre nos intérêts que nous ne le ferions individuellement, ils finissent tout simplement par se substituer à tout ce qui devrait nous apporter une solidarité sans faille.

"Mais le syndicat c'est la solidarité!" Bah non.
Les principaux syndicats font partie des fédérations syndicales, elles-mêmes très politisées. Et là où il y a de la politique, ça pue, c'est comme ça...

Regardez les dernières arnaques en date…
Le bloc O.P.J.  Et même si beaucoup de collègues s'y sont engouffrés en y trouvant un réel intérêt et généralement avec grand succès, ils se retrouvent à faire le boulot d'un officier d'il y a 20 ans pour la moitié ou deux tiers de son salaire.

L'heure sécable, on m'a dit que c'était la modernité face à un archaïsme qui ne pouvait durer car trop coûteux. Mouais, citez moi un corps de métier où on fait des heures sup' gratos sans s'en plaindre.
On a toujours eu des compteurs d'heures monstrueux car on ne pouvait en pratique pas les prendre, mais maintenant l'administration peut dire qu'elle ne travaille plus à crédit (d'ailleurs, ça aussi c'est discutable mais c'est une tout autre histoire) puisque le curseur des compteurs baisse. Argument purement marketing, lui aussi tout à fait politique et puant.

La fameuse politique du chiffre qu'on voit passer dans tant de tracts. D’accord, mais concrètement, l'action des syndicats a changé quoi à ce sujet là?
De là où je suis, je n'ai vu aucune différence, aucune action concrète. Que ce soit chez Alliance ou chez Unité. C'est toujours complètement opaque et très mal défini. Sans parler, c’est évidence, que ça pue tout de même pas mal en terme de service rendu à la collectivité.

Conclusion, les syndicats nous tiennent par les ... enfin, vous voyez par où ... pour ce qui est de faire bouillir la marmite, et nous font taire, pour que le gentil citoyen ne se rende pas compte de la merde noire dans laquelle nous sommes, et continue gentiment de voter et de croire à la version qu’on lui raconte.

Et voilà, maintenant, ils préfèrent s'insurger devant une affiche qui ne nous crache pas dessus, qui ne remet pas en question nos orientations sexuelles et qui ne parle pas de l'honnêteté de nos mamans, plutôt que de s'attaquer aux problèmes de fond. Vous trouvez ça surprenant? Moi pas.

En attendant, travaille, mets des prunes et tais-toi camarade, c'est ce que ton syndicat attend de toi.
Et si tu as l'impression que ça ressemble vachement à ce que l'administration attend de toi, dis-toi que c'est parce que tu n'es qu'un petit flic sans envergure ni intelligence, et que tu n'es pas capable de comprendre la façon dont on défend l'intérêt général de ta profession. "

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B. Desforges

#actu police, #syndicats

31 Juillet 2012

SGP-Unité-Police-FO-poulet

Alors comme ça, on s’agace, on vitupère, on fait sa poulette scandalisée. On se bouleverse, on en appelle à la censure, et on injonctionne le préfet sur papier à entête. Et on alerte la presse.

SGP-Unité-Police-FO-le-dernier-ferme-la-porte vient de montrer son vrai visage, celui, empourpré et rageux, du coq de combat qu’il promettait d’être.
C’est bien remarque, on croyait que ce syndicat était moribond, ou pire, se complaisait dans la complaisance, et en fait non pas du tout, on peut même dire qu’on a affaire à un syndicalisme extrêmement réactif.

Voilà deux fois en deux ans que les poulets de Loué font leur pub avec des images désuètes de poulets en bleu, et voilà deux fois que ce syndicat s’en émeut et s’insurge furieusement à grand renfort médiatique, comme… comme si… je ne sais pas, moi… comme si par exemple, le service public se cassait la gueule dans la spirale d’une RGPP impitoyable, avec la même détermination que si l’insécurité et la violence étaient très préoccupantes et que les moyens manquaient pour les combattre, avec la même hargne que si l’administration avait décidé de supprimer des effectifs, qu’il fallait se démerder avec du matériel pourri et des véhicules à l’agonie, ou que les flics étaient accusés de procéder à des contrôles d’identité au faciès à tout bout de champ (quoique non, là, le syndicat a très gentiment participé à l’élaboration d’un projet mort-né) ou encore, que les fonctionnaires de police subissaient un régime d’exception face à la présomption d’innocence, que les relations avec la justice étaient calamiteuses, que le taux de suicides était particulièrement inquiétant, etc, etc, comme si ce poulet fermier entraînait toute la maison Poulaga à la catastrophe, en fait.

Mais heureusement, dans le monde du syndicalisme policier, tout va plutôt bien, on ne se disperse pas, on ne verse pas dans la communication futile, on a le sens des priorités, et le temps de s’essayer au décryptage d’affiches publicitaires entre le fromage et le dessert. Quitte à récidiver, et à faire une tragédie d’un seul poulet béat de bonheur sur son tracteur, un combat syndical d’envergure, et une lutte sans merci pour restaurer l’image de la police nationale.

Quelle démonstration de force ! Quel super pouvoir syndical que voilà !
Tout ce buzz médiatique sous le regard effaré de la majorité des vrais poulets !... des vrais flics voulais-je dire, pas vraiment en phase avec les indignations de salon du syndicat majoritaire, et qui ne trouvent cette image ni malveillante, ni outrageante, même plutôt amusante. Des vrais poulets de terrain qui aimeraient trop souvent voir leurs syndicats s’agiter avec autant d’énergie pour des choses plus graves. Des vrais poulets qui savent aussi discerner les revendications utiles des protestations indigentes, et à l’occasion prendre la liberté de rire d’eux-mêmes… voire se déguiser en poulet pour réclamer moins de salades et plus de blé

Le slogan de la pub est d’ailleurs plaisant : un bon poulet est un poulet libre. Voilà du pur slogan de compétition, une formule qu’on aimerait presque reprendre à son compte, un beau slogan pondu par un poulet de Loué alors qu’on aurait tant apprécié qu’il le fut par un syndicaliste éclairé. Mais non, faut pas rêver, pas de ça chez nous. Par ici on se fait encadrer l’humour et la dérision par des petits-pères-la-morale psychorigides, et on ne s’occupe plus guère de la liberté d’exercer le métier de flic correctement.

Bien davantage que la campagne de pub des poulets de Loué, la médiatisation du spasme agroalimentaire du SGP-Unité-Police-FO (le dernier ferme la porte, merci) syndicat majoritaire des gardiens de la paix, aura eu pour effet de ridiculiser toute une profession.

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Bénédicte Desforges

#actu police, #syndicats

24 Juillet 2012

Juin 2012 - Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, extraits :


"Je veux passer d'une politique du chiffre à une exigence de sécurité pour tous les Français..."

"la politique du chiffre a priori a pesé très lourdement dans le travail des policiers comme une contrainte qui a nui à l'efficacité".

"Cela n'a pas grand sens de déterminer en début d'année un pourcentage de baisse de la délinquance à obtenir impérativement ou un taux d'élucidation global à atteindre. Cette approche a pu conduire à des stratégies d'action ne correspondant pas aux vraies priorités de terrain, et parfois à faire perdre de vue la réalité du métier de policier."

 

Juillet 2012 - ordre du jour d'une réunion hebdomadaire de chefs de services :

politik du chiffre

En théorie, il n’y a pas, il n’y a plus, il n’y a jamais eu de politique du chiffre.
Même si politique du résultat ou objectifs chiffrés sont des formules admises…
et pourtant, rares sont les consignes écrites, sinon à se faire taper sur les doigts par un supérieur frileux ou finir dans le Canard Enchaîné.

En pratique, c’est une toute autre histoire.
L’activité quantitative des effectifs de police constitue le critère majeur d’appréciation de l'activité policière au sens large, des compétences professionnelles individuelles (conséquence directe sur les notations et d’éventuelles mutations), et la raison essentielle du stress et de la démotivation. Comprenez bien ceci : Mieux vaut trois détenteurs de 0,1 milligramme de shit (3 faits élucidés) qu'un seul dealer (1 fait élucidé).

La politique du CHiFFRE, c’est :
- l’antithèse de l’efficacité,
- une délinquance programmée et prédéfinie avant qu’elle ait eu lieu,
- des quotas imposés, des objectifs déterminés d’avance, des ratios,
- la prééminence du quantitatif sur le qualitatif du travail policier,
- le temps passé à remplir des tableaux statistiques et faire des additions,
- l’amalgame de toutes sortes d’infractions diluées dans la même comptabilité,
- une pression permanente et handicapante pesant sur tous les effectifs de police,
- la priorité de la répression sur la prévention,
- la rupture entre la population et sa police,
- la confusion entre insécurité et sentiment d’insécurité, générée par un gavage de chiffres propulsé par les media, et paradoxalement un effet peu convaincant sur la réalité de l’insécurité,
- la dégradation de l’image de la police nationale perçue comme une institution inhumaine, inefficace, et sans discernement.

La sécurité, c'est avant tout une réponse à des faits, à des situations réelles.
Le chiffre devrait être un outil d’analyse et d’anticipation, et non un but. Il devrait constituer un indicateur, un thermomètre social et sociétal et non une donnée statistique de production.

Pour mieux la combattre, le chiffre devrait servir à définir la nature et les modalités de la délinquance et de l'insécurité réelles, et non pas l’inverse, dessiner le tableau d'une délinquance statistiquement programmée.

Le chiffre ne peut pas, ne doit plus être, de la poudre aux yeux à fins démagogiques et politiciennes de tous ordres, pas davantage qu’il ne doit, de façon inique par rapport à leurs subordonnés, une carotte financière servant le carriérisme des commissaires de police*.

Sera-t-on un jour disposé à faire confiance à une police républicaine, à se reposer sur ses compétences et son savoir-faire professionnel comme garants de son efficacité, et faire enfin cesser, quelque soit la manière dont on le nomme, ce culte du chiffre, et enfin l’aider à redevenir un service public ?

  • *Memento technique de la rémunération du commissaire de police pdf2
    (lire jusqu'à la page 7)
     
  • sur le même sujet : Le Chiffre
     
  • Vous pouvez si vous le souhaitez me faire parvenir des notes de service et autres documents auxquels vous avez accès (de 2012) établissant la pratique de la politique du chiffre [mail]

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Bénédicte Desforges

#actu police, #politique du chiffre

29 Juin 2012


police-gendarmerie1


Je me fais le relais d’un jeune homme à qui tout réussit, mais qui ces temps-ci, se colle des migraines à force de succès aux concours, et… de ne pas savoir choisir entre la police et la gendarmerie.
Il a besoin de conseils, des avis éclairés des uns et des autres, et il attend vos remarques avec intérêt et impatience. Voilà ce qu’il nous dit :
 

« Je vous écris car je suis dans ce que l'on pourrait appeler une impasse.
Je suis actuellement gendarme-adjoint dans une brigade territoriale.
J'ai réussi le concours de sous-officier de gendarmerie, et je viens d'apprendre que je suis également reçu au concours de gardien de la paix, affectation île de France.
Soit dit en passant, ce concours-là me crée l’obligation de passer un minimum de 8 ans à Paris.

Pour ce qui en est de l’avenir immédiat et de la scolarité, si je choisis la filière gendarmerie, je rentrerai en école de sous-officier dans quelques mois. Mais si je choisis la police, je devrai encore attendre environ un an et demi avant l'incorporation dans une école de la paix.

Ensuite, je sais que chacun des choix qui s’offrent à moi présente des avantages et des inconvénients.
Par exemple, coté police, il y a beaucoup de postes en DOPC en première affectation, coté gendarmerie, les horaires sont souvent lourds, le risque d'être affecté dans un coin perdu n’est pas négligeable, avec tous les problèmes de vie de couple et vie de famille, changements de mode de vie que cela suppose. Et j'en passe.

De plus, tout ce qui précède, c’est sans parler de la fusion et de l’avenir de ces deux institutions, qui ont autant de dénominateurs communs (prévention, répression, ordre public, et tutti quanti) que de différences (civils et militaires…)

Voilà où j’en suis de ma réflexion sur ma carrière professionnelle, je tourne en rond, et je n'arrive pas à déterminer si je dois lier mon destin à la police ou la gendarmerie…
Et là, je dois faire un choix rapidement !

Quel est votre avis sur la question, et que feriez-vous à ma place ? »

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