12 Décembre 2013

menottes


Il n’y a pas si longtemps, que n’entendait-on pas sur les traitements de faveur accordés aux "fils de", qu'ils soient ceux de Nicolas Sarkozy - ministre ou Président, avec une mention spéciale à la tragédie du jet de tomate, ou de Frédéric Péchenard, alors DGPN.

La presse, galvanisant les bonnes âmes offusquées, hurlait des jours durant au "fait du prince", au détournement de la police et de la justice, à la rupture d'égalité entre les citoyens face à la Loi, au comportement "monarchiste" du pouvoir.

Chacun dénonçait évidemment une injustice dans le traitement judiciaire dérogatoire d'indulgence pour les "enfants du pouvoir". Seule la gauche - c'est à dire le PS - allait permettre de revenir aux fondamentaux du Droit. Mais ça, c'était avant...

Où sont-ils aujourd'hui, les moralisateurs de comptoir, les indignés à la petite semaine, les révoltés du clavier, les bobolutionnaires de la morale, quand c’est le fils de la concubine officielle du Président qui bénéficie des stupéfiantes mêmes largesses pénales à chaque récidive ?

Et la ministre de la justice, d'ordinaire si prompte à empoigner l'étendard de l'égalité, à monter sur la barricade médiatique, et clamer à l’application d’une même Loi pour tous ? Qu'en pense t'elle des oukazes présidentiels autorisant l'impunité pénale au "fils de la dame de" ? Rien peut-être, elle regarde ailleurs, se rappelant qu’il y a quelques années, elle avait cherché à faire annuler purement et simplement la condamnation de son fils pour complicité de vol. Laxisme pour tous ? Pas tout à fait…

Pendant ce temps-là, le pétillant ministre de l'Intérieur communique à tout-va sur le nouveau Code de Déontologie de la Police Nationale. Et, telle une démonstration par l’absurde, il ne le respecte pas lui-même en permettant formellement que "le fils de" échappe en toute illégalité à une procédure pénale qui aurait dû être diligentée par ses propres services de police...
Il va sans dire qu’un gardien de paix lambda qui interviendrait pour minimiser la mise en cause judiciaire d'un de ses gamins - ou de celui d'un de ses proches - serait immédiatement sanctionné sans état d'âme, suspendu dans l'heure sans doute, puis trainé dans la boue médiatique avant d’être lapidé sur l’autel de la morale socialiste... Avec son Ministre en première ligne dénonçant avec la plus grande fermeté une conduite inacceptable.

La "déontologie" c'est bon uniquement pour les simples flics. Quant à l'application stricte de la Loi, c'est juste pour les simples citoyens.
Le pouvoir, l’animal politique, il s'en contrefout de tout cela : les règles communes ne valent jamais pour lui...

Quant à la gauche, une fois encore, une fois de trop, elle apporte la preuve qu’elle n’existe pas. Le parti socialiste est un parti imposteur qui n’a plus rien à voir avec les valeurs fondatrices de la gauche des grands principes. Le parti socialiste est un parti bourgeois qui fonctionne en caste et pratique le privilège, le passe-droit et le mépris de classe.
La Loi, prétendument pour tous dans les discours propagandistes, mais bien plus certainement, pour tous selon la Constitution, pour eux, se décline selon la position statutaire de l’auteur ou de la victime de l’infraction. Comme dans le Droit médiéval.

Et à moins qu’il soit le lobby ou la communauté du jour - éphémère électorat à caresser dans le sens du poil - le peuple n’a aucune sorte d’importance. La caste politique peut s’en moquer avec application - même si elle se prétend socialiste - et il ne leur importe pas du tout de faire de leurs cas personnels des exemples de probité. Non, ils n’ont pas même cette sorte d’amour-propre, pas plus qu’ils n’ont de respect pour leur mandat et leur électorat. Pour eux, joindre l’acte à la parole est sans objet. Donner des leçons de morale à longueur de micros et d’incantations est plus facile et n’engage à rien. Inventer chaque jour une nouvelle disposition liberticide ou autre interdiction qui pourra être transgressée à coups de petits arrangements entre amis politiques, se fait sans états d’âme.

Le Code de déontologie est assené aux policiers comme si le postulat de l’exercice de leur métier était la suspicion, le Code de déontologie des journalistes n’a jamais vu le jour, quant à la déontologie du milieu politique, il n’en a jamais été question. Alors les fils de…


Marc Louboutin et Bénédicte Desforges


source : Passe-droit pour le fils de Valérie Trierweiler ? [Le Point 7 décembre 2013]

Voir les commentaires

6 Décembre 2013

En hommage à Philippe Cardon

Philippe Cardon
Philippe Cardon 1991 Goutte d'Or ©photo JMG

  Un jour, nos conviviaux locaux de police eurent à accueillir en leur légendaire garde à vue, un fort bel individu. Trentaine athlétique, élégamment habillé, belle gueule et tout et tout. Il avait dans la vie deux passe-temps, le premier servant au deuxième. Il était marathonien, et parfois courait aussi de bureau de poste, en banque, pour y détrousser des vieillards impotents, de leurs minables pensions, dont le retrait constituait la balade mensuelle.
  Il avait pris goût à cet argent facilement gagné, et on le recherchait activement.
  Il a finalement été arrêté sans heurts. Mes collègues avaient réfréné des envies de gifles sur la tronche de bellâtre de celui qui n'avait, malgré son talent, jamais réussi à voler sans blesser, estropier ou invalider un pauvre vieux. Il était enfin là parmi nous, et en attente d'être transféré devant un juge, pour y plaider sa bonne cause.
  Durant sa garde à vue, il demande à aller pisser, un collègue l'accompagne, le type le bouscule, et file comme un pet sur une toile cirée vers la porte, bref s'évade.
  Le hasard fit que se trouvait aussi là un homme, trentaine pas vraiment athlétique, gueule parfaitement quelconque, habillé banalement de bleu marine avec une étiquette marquée police, mais... marathonien à temps perdu. Réflexe de compétiteur, il se lance à sa poursuite.
  On n'a eu aucune nouvelle pendant trois quarts d'heure. C'est une police secours qui nous les a ramenés, d'un arrondissement éloigné.
  Ils avaient couru trois ou quatre kilomètres dans Paris. Les passants s'étaient aimablement écartés pour les laisser passer, et ils n'avaient pas été gênés dans leur course. Ils cavalaient au même rythme, l'un derrière l'autre, à foulées égales. Je crois que mon collègue en a eu marre, et voyant l'heure de fin de service se rapprocher, il a brusquement décidé d'abandonner l'idée des quarante-deux kilomètres. L'autre voulait manifestement relever le défi, et ne semblait pas vouloir s'arrêter de courir. Le collègue a alors sorti son flingue de l'étui, et le lui a lancé très adroitement sur la tête. Le bel athlète tout estourbi, a dû déclarer forfait.
  On ne dira jamais assez le danger des armes à feu.

Voir les commentaires

Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire

26 Novembre 2013

Tribune de Marc Louboutin
ex lieutenant et auteur


« En visant génériquement la prévention de la criminalité, ce régime d'exception s'appliquera à toutes les infractions. »

Oubliés les manifestations publiques et les hurlements médiatiques au "fascisme rampant"... Les projets de fichages et de contrôles globaux poursuivent de se multiplier tranquillement, quel que soit le pouvoir politique en place dans notre pays dont les droits de l'Homme sont dénaturés au point de ne plus se traduire qu'en stériles polémiques communautaires, comme autant de rideaux de fumée pour masquer la réalité.

On pourrait s'étonner qu'un ancien flic, dont la légende urbaine voudrait qu'il soit un fervent défenseur du contrôle général à tout prix, s'inquiète ainsi de cette modernité technologique qui veut nous mettre tous sous sa coupe. C'est sans doute que je dois être un des rares à ne pas avoir oublié un fondamental moribond de notre république :
"La garantie des droits de l'Homme et du Citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée."

La constatation évidente de ce qui s'est passé ces vingt dernières années montre que désormais la force publique est à la botte exclusive - pied droit ou gauche - du pouvoir politique et de sa communication. Et cela sans contrôle indépendant. Rassurer en promettant une commission nationale de contrôle, qui serait capable de vérifier toutes les requêtes relève de l'intox : si l'on s'en tient aux seuls chiffres actuels des 45 000/an, ne représentant que 123 dossiers par jour en travaillant 7j/7 et 24h/24, c'est dire l’impossibilité.

Comme d'ordinaire, pour justifier de telles mesures, les tenants de l'ordre, tous partis confondus, argumenteront de l'image d’Épinal avec comme leitmotiv Celui qui n'a rien à se reprocher n'a rien à craindre.

C'est oublier un peu vite qu'à entendre les trois partis majoritaires de notre pays (n'en déplaisent aux aveugles, le FN en fait bien partie), chacun y va de dénoncer avec virulence ceux qu'il considère comme sa propre anti-France à combattre sans merci.
En fonction de l'évolution politique, du hasard des urnes ou des soubresauts gouvernementaux, nous sommes donc tous, camarades, susceptibles d'être dans une catégorie à "surveiller". Pour les sceptiques, demandez-vous si vous n'êtes pas classé par une de ces composantes politiques dans les tiers-mondistes, ou bien considérés comme un extrémiste quelconque, un agitateur, un simple contestataire, ou encore un populiste, un terroriste potentiel, un profiteur du système, un non-démocrate, un pas assez blanc ou que sais-je encore. Se rappeler au passage que le simple fait d'être catholique suffit à présenter une tête de nazi - donc à combattre - d'après les propos publics d'une des collaboratrices de C. Taubira, et cela dans l'indifférence générale...

Depuis 2002 nous voyons émerger dans les dénonciations politiques, dans les discours publics, avec une virulence de plus en plus affirmée, sans faiblir jusqu'aujourd'hui, la notion de délit d'opinion. C'est à dire le simple fait de ne pas être en phase avec le pouvoir en place. Et cela, même hors tout militantisme politique d'opposition. Il suffit de lire la presse aujourd'hui pour constater que les intersyndicales, hussards du PS en service commandé, lancent une grande offensive "anti-poujadisme", dont les manifestants représenteraient une gangrène pour la France...
Qui peut donc raisonnablement croire qu'il ne sera jamais "en infraction" en ces temps de fractures radicales des opinions françaises ?

Les contrôles de population, comme les hausses de rentrées fiscales, ne font jamais l'objet d'un retour en arrière par un nouveau pouvoir - le même qui avant son accession, alors dans "l'opposition",  hurlait à la mort lors de votes de lois et dispositifs fascistes, liberticides, nauséabonds, etc, etc.

C'est ainsi. C'est la règle. Le pouvoir aime SON pouvoir. Tout comme l'assurance d'user de son budget augmenté par ses faux ennemis. Croire le contraire et la primauté du principe de l’intérêt général pour la classe politique serait d'une naïveté confondante.

Tout comme de croire que le PS représenterait encore assez de valeurs dites "de gauche" pour s'abstenir de poursuivre cette grande œuvre commune à tous les partis d'instaurer un grand flicage généralisé et indifférencié.

Téléphone, Internet: l'État pourra bientôt tout espionner
[Figaro 26 novembre 2013]
 

Voir les commentaires

23 Mai 2013

HP


"Peut-être avez-vous déjà vu passer cette invitation, sinon il se peut qu’il vous soit proposé de participer à un rassemblement de soutien aux "Forces de l’Ordre" (et en majuscules s’il vous plait) le weekend prochain dans certaines villes de France, dont Paris, Besançon et Agen.
Ces rassemblements sont orchestrés par une personne sous pseudo qui prétend avoir eu les autorisations nécessaires pour ces réjouissances, et ne sont en aucun cas l’initiative de fonctionnaires de police, ni de près ni de loin, sachez-le.
Ce truc est apparu sous forme d’un énième groupe Facebook de soutien et d’adoration de la police et autres hommes bleus, et plus si affinités.
Ce que ces gens désignent par "forces de l’ordre" sont les fonctionnaires de police, gendarmes, CRS, GIPN, DCRI, DCPJ, brigade criminelle, militaires et réservistes, douaniers, pompiers, vigiles, ambulanciers et secouristes, RATP, SNCF, maitres-chiens, gardiens de prison, agents municipaux, etc, etc, vous aurez compris le dénominateur commun, tout ce qui est susceptible de porter un uniforme et figure "le bien" dans la lutte contre le "mal" (parce que vu comme ça, le monde est quand même beaucoup plus simple)
Je ne vous l’apprends pas, Facebook est un nid de mythos et de groupies dont la passion pour la police tient davantage du spasme hormonal que d’un réel intérêt. Quand ce n’est pas l’expression d’une frustration ou d’un délire maladif.
Ces gens n’annoncent pas la couleur, on ne sait pas qui ils sont ni d’où ils sortent, et néanmoins ils se prétendent des porte-parole maitrisant vos problématiques professionnelles au point d’en parler à votre place.
Le discours pro-flic de cette clique de mal-comprenants est blindé d’outrances, de raccourcis primaires, et de fautes d’orthographe (comme si l’image de la police n’était pas assez en souffrance comme ça) et incite clairement à garder ses distances... et à laisser à leurs fantasmes cette bande de pompom girls et préménauposées hystériques, et autres poulpes satellites en échec scolaire qui se rêvent en bleu."

Voilà le message que je postais avant-hier sur Facebook.
 

Devant quelques réactions de commentateurs fanatiques, je rajoutais ce qui suit :

"On est en plein délire là.
NON. Vous êtes complètement à coté de la plaque et votre fascination pour ce métier comme en témoignent ici vos nombreux messages quasi extatiques est délirante.
NON la police n’a pas besoin de "sympathisants" on n’est pas une équipe de foot ou un parti politique, mais un SERVICE PUBLIC. Si vous, USAGERS de ce service public, avez de bonnes idées pour l’améliorer, mettez-les en commun et faites des propositions à votre député, qu’il portera à l’assemblée nationale. L’exercice de la démocratie c’est ça plutôt que de bouffer de la bande passante sur facebook. Faites comme si internet n’existe pas, les flics eux bossent dans la vraie vie.
Et NON, la police n’a pas besoin qu’on croit en elle, qu’on ait la foi (les termes que vous employez sont flippants !) ce n’est pas non plus une religion (même si, le-bien-le-mal-les gentils-les-méchants, tout ça tout ça) Et d’ailleurs, si personne ne croyait en la police, elle ferait son travail de la même façon. Pas plus qu’elle n'a besoin qu’on l’aime passionnément. Simplement le respect de la fonction et de ce qu’elle représente, et le respect nécessaire et suffisant élémentaire dû à chacun. Ni plus, ni moins.
Et encore NON, la police n’est pas là "que" pour protéger et servir, c’est bien plus délicat et compliqué que ça. La police réprime, la police maintient l’ordre, applique la loi pénale. La police concentre dans ses attributions le pouvoir de coercition (et la "violence") de l’État, et ça ne vous pouvez pas le comprendre tant que vous n’en avez pas ressenti le poids et la responsabilité.
Avec des gens comme vous, le prestige de l'uniforme prend une tournure malsaine et contre-productive."
 

Le même jour et aussitôt, était publiée la photo d’un dépôt de déclaration de manifestation (*) établi… le jour même ! [lien] Alors que cette même personne annonçait déjà au mois de février la tenue d’un rassemblement sur les Champs-Élysées (rien que ça), puis éditait un tract [lien] et confirmait il y a 15 jours avoir reçu une autorisation pour l’organiser place de l’Alma. Faudrait savoir. Accessoirement, elle faisait également état d’un prétendu rendez-vous avec messieurs Hollande et Valls, rencontre malheureusement annulée. C’est ballot.

J’avais aussi et à titre d’avertissement, posté une capture d’écran (sujet effacé depuis) de la page accessible au public de l’organisatrice non identifiée. Il s’agissait pour moi de donner une indication de l’état d’esprit et du pitoyable niveau des débats, et surtout que les flics curieux de cette initiative puissent avoir une idée du désastre prévisible s’il venait à l’idée d’un journaliste de tendre un micro à un de ces rageux improvisé "soutien des forces de l’ordre".

Sandy-sandy (3)

Rien d’étonnant quand dans ce fan-club, on en voit afficher des appartenances à coté desquelles le Front National fait figure d’aimable amicale centriste. Et c’est sans compter les psychopathes comme cette greluche qui utilise ma photo comme étant la sienne, les spécimens du style de  Flic Force de L’Ordre qui aime les drapeaux et les écussons, un ex flic viré pour recel de vol et proxénétisme, ou d’autres sujets à désordres mentaux qui écument internet.

Grand bien leur fasse d’exprimer leurs névroses ou leurs idées politiques de la façon qui leur plait, mais je suspecte leur engouement pour la police et leur désir de le clamer de façon visible de n’être pour certains ni plus ni moins qu’une tentative de récupération inavouée, et pour les autres un prétexte à glavioter toutes sortes de haines et de hargnes. Lesquelles se doivent évidemment de ne pas établir d’interférence avec le concept de "forces de l’ordre". Sauf à être complètement idiot et inconséquent, et se foutre éperdument de l’obligation de neutralité de la fonction publique, et de ceux que ce genre de propos engage.

Je suggère donc aux fonctionnaires de police qui auraient été approchés de se désolidariser de cette initiative, et n’y associer ni leur nom ni, d’une façon ou d’une autre, l’image de la police.

(*) Manifestation : Formalités administratives préalables [préfecture de police]

Voir les commentaires