8 Novembre 2014

Police suicides

article du 6 novembre 2014 de Louis Martin du Gard, officier de police

Depuis le début de l'année, il y a eu plus de 40 suicides de fonctionnaires de police (1), soit autant que pour toute l'année 2013 (2). La reconnaissance de la responsabilité de l'administration par le Tribunal Administratif de Nice, le 10 octobre dernier, dans le suicide de Nelly Bardaine (3) n'est pas une première puisque en mai dernier déjà, le Tribunal Administratif de Poitiers avait rendu un arrêté similaire concernant le suicide d'un brigadier chef qui s'était donné la mort en 2004. Mais ces décisions sont suffisamment rares pour être soulignées et c'est ce qui aurait décidé le Directeur Général de la Police Nationale, Jean-Marc Falcone, à convoquer les syndicats de police le 05 novembre prochain autour d'une table pour en discuter (4). Lors d'un discours devant les responsables de la police et de la gendarmerie le 29 septembre dernier, il a annoncé vouloir analyser les causes des suicides des policiers et tenter de définir des solutions. Car si l'administration a mis en œuvre des mesures particulières depuis quelques années (5), elle semble malgré tout impuissante à enrayer de manière significative le nombre de passage à l'acte. Et encore, ne sont recensés que les suicides constatés et non les tentatives de suicide, ce qui serait intéressant à relever...

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Bénédicte Desforges

#actu police, #suicides

17 Mars 2014

Nique La Police


 On peut se dire collègue sans faire de ce mot une complicité factice. Juste un trait d’union.
  On ne se connaît pas, mais on a souvent les mêmes souvenirs, et on se comprendra à mi-mot quand on évoquera ce qu’on sait des caves et des caniveaux.
  Quand on se dira ce que personne ne veut croire, mais jouit d’entendre.
  Parce que même les scénaristes n’osent pas, ne savent pas, et laissent au secret de nos mémoires les images les plus troubles. Mise en scène impossible.
  Il faut quand même qu’il y ait des gentils ou des circonstances atténuantes dans les histoires. Il faut pouvoir s’endormir après le générique.
  Rappelle-toi, collègue, ce que tu ne peux pas oublier.
  Ces femmes qui ont la tête comme un compteur à gaz, le nez plaqué sur une pommette par un coup de poing de leur mari, qu’on veut emmener déposer plainte, et qui refusent... Et leurs mômes en pyjama, les yeux cernés, pétrifiés à la porte de la chambre, incapables de pleurer.
  Tous ceux qui n’osent pas, les lâches, traverser un palier et aller calmer leurs voisins eux-mêmes, préférant nous appeler pour se rincer l’œil de nos pourparlers.
  Et ceux qui en profitent pour jouer les balances, glisser une petite dénonciation médisante, en imaginant qu’on va leur filer la médaille de la Police, et leur taper sur l’épaule.
  Les bagarres d’ivrognes, où c’est toujours l’autre, bien sûr, qui est bourré, qui a commencé, qui a mis le premier coup…. et les dégueulasses qui se pissent dessus de trouille.
  Les cartons en voiture, quand ils ont tous le même râle, avec le moteur sur les genoux et vingt centimètres de tôle dans le flanc.
  Les cadavres puants, décomposés qu’on ne sait pas par où attraper. Et le fils ou la mère à la porte. Mais c’est quoi cette odeur ? Une fuite de gaz ?... Comment leur dire que mémé ne sent plus l’eau de rose, ou que papa se balance au bout d’une corde… Et il faut bien finir par le dire.
  Et les témoins d’agression qui oublient de se souvenir… J’habite le quartier, vous comprenez, je ne veux pas d’ennuis…
  Les intimités qu’on est obligés de pénétrer en franchissant des portes anonymes, qui nous forcent à voir comment les gens vivent, survivent, se haïssent et meurent.
  Et la crasse, toute cette crasse qui n’est pas que misère. Et des gens et des choses qui puent à en vomir, qu’on va toucher ou prendre par la main parce que la solitude ne connaît que l’odeur de la souffrance.
Le sacrifice de l’innocence des enfants quand arrive l’horreur, et que l’adulte ordonne le silence, étouffe les cris sur l’autel de son vice. Jusqu’à nier la maltraitance, nier l’inceste, nier le sang, nier la merde que le petit ne retient plus.
  Et quand on se dit : s’ils avaient osé douter, s’ils avaient osé parler, ces voisins muets qui n’ont pas osé imaginer...
  Souviens-toi, ça peut partir de peu de chose. Les pompiers réclament notre présence, parce qu’un enfant qui avait mal au ventre, a en fait mal aux fesses, et effectivement il saigne comme un bœuf. Empêcher la conspiration du silence. Pulvériser le huis clos. Envoyer le monstre dans l’engrenage judiciaire. Mais la parole d’un enfant, la parole d’un enfant qui ne sait pas encore parler… Tout le monde sait que ça existe, bien sûr…
  Et les préjugés qu’on renverse. L’ethnique, le tribal et le franchouillard. Le noir, le blanc, le jaune. Le vieux, le jeune, le voyou. La femme, la pute, la mère, et les trois à la fois. Tout ce qu’on sait pour l’avoir vraiment compris, et que le ghetto bien pensant prétend nous apprendre à coup de thèses et de slogans. Parce que bien sûr, le flic n’est pas très fin, dit-on.
  Et pourtant… On voit la société à poil. On la renifle, on la tripote, on la regarde les yeux dans les yeux, et on est payés pour ça. On a cette chance, collègue, alors ils peuvent dire ce qu’ils veulent.
  Parce que si on sait une chose, sans jamais se tromper, c’est que le plus haineux, le plus conformiste de la critique, celui qui ne veut rien savoir… Sale flic… Celui-là, quand il lui arrivera quelque chose qui le mettra en face de ses limites, il n’appellera pas sa mère, mais comme les autres, il fera le 17.

texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

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Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire

22 Janvier 2014

J'ai repensé à ce texte après avoir discuté avec un collègue de ses déboires, et puis sa descente aux enfers, l'injustice, Kafka au boulot, sans qu'aucun syndicat n'ait levé le petit doigt pour lui, eux qui sont si prompts, les trémolos dans le tract, à disserter sur le malaise et le suicide dans la police.
Je me suis souvenue d'un certain nombre de planqués, de nuisibles, de balances, d'incapables, qui font la pluie et le beau temps, et détruisent des carrières par caprice ou par négligence.
Il y en a des bons me direz-vous. Très bien, mais ils ne font pas le poids. Ceux-là ne décident rien.
Je ne changerais pas grand chose à ce qui suit. Sauf peut-être qu'à présent, ils commentent les faits divers à la télé.

alouette


  Il paraît qu’il y en a des sérieux, mais je ne les ai jamais rencontrés.
  Dans la police, la coutume veut que l’on dise d’eux que la seule chose qu’ils aient arrêtée au cours de leur carrière policière, est leur montre. Voire le bus pour les plus courageux.
  L’idéal d’un syndicaliste est de devenir permanent de sa structure le plus vite possible, et d’aller le moins possible sur la voie publique exercer le métier de policier. Ce qui lui permettra d’en parler d’une façon très détachée.
  D’ailleurs, un syndicaliste a souvent été un flic quelconque, et un mandat syndical est toujours le bienvenu pour masquer des carences professionnelles.
  Un syndicaliste perd très vite la fraîcheur, la couleur et le naturel du flic de base qu’il n’a pas été longtemps. Il prendra vite goût à se déguiser en commissaire de police avec des costards mal taillés, et des chaussettes blanches dans des mocassins noirs. Leurs vestes sont toujours trop petites, à moins que ce ne soit l’effet produit par un embonpoint précoce dû à une sédentarité mal maîtrisée. Mais cela n’a guère d’importance, car une veste de syndicaliste de la police doit pouvoir être retournée dans tous les sens jusqu’à en perdre les coutures.
  C’est un carriériste né, et la rapidité de son avancement tient du miracle.
  Un jour, j’étais allée rendre visite à un syndicat d’officiers dans le but de pleurnicher sur une épaule compréhensive. Ma hiérarchie me faisait des misères et je voulais en faire état à mes pairs, qui à coup sûr – j’étais presque parvenue à m’en persuader – s’insurgeraient et défendraient mon bon droit dans un fougueux élan corporatiste. Peine perdue. Je suis arrivée en plein débat d’une importance majeure. Les officiers s’indignaient de la matière de la doublure de leurs casquettes. Il se trouve qu’elles étaient synthétiques à l’identique de celles des gardiens de la paix. Le psychodrame des couvre-chefs de la catégorie B, qui n’accepte pas et se sent humiliée d’être coiffée comme la catégorie C. Ils revendiquaient donc auprès des autorités compétentes, le droit à une dotation de casquettes à doublure en cuir comme celles des commissaires. Enchaînant dans le sujet des signes extérieurs hiérarchiques, sur lesquels repose leur autorité pour la plupart, ils ont évoqué avec beaucoup d’émotion et le plus grand sérieux le droit à porter un sabre ou une épée aux cérémonies du 14 Juillet.
  Ce jour-là, j’ai compris que mon tragique contentieux – qui allait ruiner ma splendide carrière dans un imbroglio de recours – était dérisoire au regard de l’urgence et du bienfondé des affaires en cours, et qu’il était inutile que je tente de les attendrir sur mon destin de flic contrarié. Je les ai salués bien bas et j’ai quitté leur local en ne me privant pas de leur piquer un joli cendrier à titre de dédommagement de mon inutile visite.


Toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé n’est absolument pas fortuite. Si ça a l'air d'une coïncidence, c’est que vous les connaissez aussi.


extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

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Bénédicte Desforges

#actu police, #syndicats

20 Décembre 2013

Tribune de Marc Louboutin
ex lieutenant et auteur

flicage


Anti-terrorisme et lutte contre les discriminations : les prétextes du flicage généralisé.

Cela va vite. Très vite. Plus que jamais, et avec une passivité publique qui n'aurait sans doute pas été possible sous un gouvernement autre que PS.

Les dernières semaines suffisent à en prendre la mesure : Article 13 de la Loi de programmation militaire qui permet la collecte massive de données numériques et l'analyse large des télécommunications par les ministères de la Défense et de l'Intérieur pour des motifs avancés de lutte contre le terrorisme, mais qui englobent également tout un tas d’autres raisons, allant de l'atteinte à l'État (?) à la lutte contre la délinquance. Autant dire un fourre-tout, et ce sans contrôle a priori par un juge, mais à l'initiative de ces administrations, et avec une sorte de soupape a posteriori qui suppose pour la saisir de savoir préalablement que l'on a été une "cible"...

Création dans la foulée d'un nouvel organe de renseignement intérieur propre à la Gendarmerie, publiquement nommé :"sous-direction de l'anticipation opérationnelle" (JORF n°0293 du 18 décembre 2013)

Et avant-hier, François Hollande lui-même : « Nous travaillons avec Jean-Marc Ayrault (...) pour éviter la tranquillité de l'anonymat (sur Internet) qui permet de dire des choses innommables sans être retrouvé » [Le Monde.fr - 17.12.2013]
Et ce, alors même que les dispositifs techniques existent évidemment déjà pour identifier parfaitement, malgré des pseudos et autres détours, les internautes coupables de propos délictueux. On se demande bien quelles nouvelles astuces d'obligation de transparence sont assez primordiales et importantes pour mobiliser à la fois un Président et un Premier Ministre ?

Et d'un autre côté, qui oserait s'insurger contre des mesures aussi importantes que la "lutte contre le terrorisme" et celle contre "le racisme" ?
Personne évidemment. Pas plus qu'il n'y a eu de voix contre la mise en place de fichiers génétiques pour lutter contre les crimes et délits sexuels. Lesquels fichiers ont été par la suite, progressivement étendus... à toutes une palanquée d'infractions les plus diverses pour dépasser allégrement la lutte contre la criminalité sexuelle... CQFD de l'évolution intrusive de ces mesures de collectes de données, ciblées ou massives, qui TOUJOURS, finissent par trouver, plus ou moins discrètement, des applications de "contrôle" et de collectes globales d'informations qui ne sont pas du tout celles ayant justifiées leur mise en place.

Rappelons-nous au passage qu'en février dernier, la sénatrice EELV Esther Benbassa a proposé de former un groupe de réflexion pour faciliter la répression des propos sur les réseaux sociaux. [LePoint.fr- 19/12/2013]

Ce gouvernement "socialiste" et ses alliés politiques, sous des airs de vierges effarouchées - totalement décomplexés des principes de liberté publique puisque c'est "pour notre bien" - mettent en place de manière tout à fait décontractée le plus gros système de collectes massives de données, ET d'obligation de "transparence", que notre pays ait connu. Et pour lequel le précédent gouvernement avait déjà bien préparé le terrain. (Rappelons-nous la tentative de Claude Guéant de créer un fichier des gens honnêtes... dont il aurait donc été exclu de fait, soit dit en passant.)

À l'heure où les politiques, de toutes tendances, s'inquiètent du pouvoir de mobilisation sur les réseaux sociaux, et de cette expression de démocratie directe qui conteste et remet en cause leurs propos et leurs versions - donc leur légitimité - on ne peut que s’inquiéter de l'ombre de la main de fer qui s'annonce sur Internet, sous couvert de "bonnes intentions" dont nous savons déjà qu'elles ne seront vite que simples prétextes à d'autres intrusions prévisibles, que cela soit dans le domaine de l'expression politique, d'opinion ou que sais-je encore...

Tout cela alors que ces derniers mois, le ministre de l'Intérieur, en pleine affaire Snowden, rencontrait assez discrètement à Washington le patron du FBI et celui de la défense américaine, et que le Président de la Commission des Lois se félicitait de l'excellent travail de renseignement sur l'identification des "bonnets rouges" au lendemain d'un entretien, lui aussi, avec le boss du FBI venu à Paris, tout ce beau monde militant pour une collaboration active et transversale entre les services de renseignements de nos deux pays, alors même que nos méthodes intrusives et massives d'espionnage public étaient unanimement dénoncées comme non-démocratiques.

C'est ainsi : dans l'indifférence générale, dans les pays "développés" (sic) le XXIème siècle sera celui du contrôle absolu des populations.

Celui des états policiers.
Tout simplement.

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