18 Novembre 2008

  Un Procureur voudrait savoir lequel des quatre services luttant contre la délinquance dans sa circonscription, est le plus efficace.

  Pour ce faire, il décide de faire procéder à un test « grandeur nature » : 
il fait lâcher un lapin dans les bois de son ressort, à charge pour chaque service de retrouver le lapin.

  La S.R. (Section de Recherches de la Gendarmerie) vérifie que le lapin figure sur la liste des espèces non protégées, réclame un renfort en personnel, crée une cellule de travail, place des caméras, engage des lapines bien roulées, soudoie des renards, filoche des belettes, truffe les carottes de micros, fait de l'intox dans les clairières, et interroge les plantes et les cailloux.
  Après trois mois d'enquête, le PV remis au magistrat conclut :

  « L'affaire est close, le lapin n'a jamais existé.»

  Le P.S.I.G. (Peloton de Surveillance et d'Intervention de la Gendarmerie) arrive, encercle le bois, fait une sommation rapide, mitraille tout, met le feu et saccage toute trace de vie.
  Deux heures après, les Ninjas arborent le cadavre carbonisé du lapin et déclarent :

  « Mission accomplie.»

  La B.T. (Brigade Territoriale, la plus petite unité de la Gendarmerie) prétexte ne pas savoir ce qu'est un lapin, n'en ayant jamais vu, et propose que la B.R. locale (Brigade des Recherches, unité d'investigation de la Gendarmerie) soit chargée des recherches, puis envoie une patrouille en direction du bois.
  Le soir même, les gendarmes établissent un bordereau de transmission directe qui précise :

  « Le lapin a quitté la circonscription. Il se trouve maintenant dans le bois situé en zone Police.»

  La Police arrive enfin avec son panier à salade, fait une rafle dans une clairière et le lendemain présente au parquet un blaireau salement amoché qui dit :

  « OK, d'accord, je suis un lapin.»

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Bénédicte Desforges

#ailleurs...

13 Novembre 2008

Métro, c'est trop.

  Ils sont montés dans le métro tous les trois d’un même pas, trois crânes rasés, comme trois frères siamois, roulant des mécaniques de brutes, repoussant l’espace vide autour d’eux. Ils se sont campés au milieu du wagon avec des airs de prédateurs, et se sont mis à regarder à la ronde, lentement et attentivement, sans se parler, dans un scénario bien rodé. Leurs yeux radars balayent méthodiquement le décor.
  C’est l'un des premiers métros du jour, et les quelques voyageurs du petit matin, encore un peu ensommeillés, le regard absent, ne prêtent guère attention aux trois agents de sécurité de la RATP.
  Dans un coin, au fond du wagon, affalé contre la vitre, un homme dort. Il est noir, il a une trentaine d’années. Emmitouflé dans une grosse écharpe et une veste de sport, les bras croisés sur la poitrine, il a rabattu sa capuche sur la tête. On ne voit que son nez et sa bouche entrouverte. Sur la banquette qui lui fait face, il a posé un gros sac de sport sur lequel il a croisé ses pieds, s'improvisant un confort de circonstance.
  Les trois vigiles se regardent. Sans rien dire.
  L’un se dit que ce Noir n’a pas de titre de transport, que c’est encore un de ces cons qui va brailler quand ils vont le contrôler, qui va en appeler aux Droits de l’Homme en levant les bras vers le plafond, ameutant toute la rame, et puis se faire la malle, et les faire cavaler dans les couloirs, un de ces salopards d’étrangers en situation irrégulière qui n’a pas non plus de papiers, comme toujours sur cette ligne de métro.
  Le deuxième pense que c’est un toxicomane, qu’il est shooté, que son sommeil est trop profond pour être honnête. C’est dommage qu’on ne voie pas ses mains, les toxicomanes ont toujours les mains sales, les ongles noirs de crasse, c’est à ça qu’on les reconnaît. Et ce black, il le sait, c’est pour ça qu’il les a si bien planquées, ses mains. Ou alors il est ravagé par le crack, c’est un truc de black ça, le crack, ça les rend dingues il parait. Et puis il doit puer, il n’y a personne assis sur sa rangée. Les toxicomanes puent.
  Le troisième se demande si ce n’est pas un voleur. Il a un gros sac, il semble y accorder une importance suspecte puisqu’il a posé ses pieds dessus. Il aurait pu le mettre à ses cotés, il y a toute la place qu’on veut dans ce wagon. Mais non, comme par hasard, il pèse de tout le poids de ses jambes sur ce sac, on ne risque pas de le lui piquer, c'est un malin. Voilà bien l’innocence feinte d’un cambrioleur de la nuit, tiens.
  Le métro s’arrête, et puis redémarre vers la station suivante.
  Les trois hommes se parlent du regard, et le Noir dort toujours. Il n’a même pas ouvert un œil quand la rame a grincé sur toute sa longueur avant de s’immobiliser, puis quand la sonnerie a retenti avant la fermeture des portes.
  C’est peut-être une ruse, il se sait observé et il va bondir comme un singe au prochain arrêt, puis disparaître avec son gros sac dans le labyrinthe des couloirs. Même complètement camé, un Noir ça court sacrément vite, c’est génétique.
  Les trois vigiles se sont compris, il faut y aller.
  Ils s’approchent du fond du wagon, et du siège occupé par l’homme qui ne se réveille toujours pas, affalé entre un petit rond du buée sur la vitre et son sac. Il faut le surprendre avant qu’il les surprenne. L’un des trois hommes tire brusquement sur le sac et le fait tomber à terre. Le Noir sursaute violemment, se réveille, le regard hagard qui cherche ses affaires.
  « Putain ! Mon sac ! Vous êtes complètement cons ou quoi ?
  - C’est à nous que tu parles comme ça ?
  - Mais vous vous prenez pour qui, bande d’abrutis !?
  - Baisse d’un ton, le nègre ! »
  L’homme se lève d’un bond, et glisse sa main vers l’intérieur de son blouson.
  « Attendez que... »
  Il n’a pas le temps de finir sa phrase qu’un poing s'abat sur son visage, puis un deuxième qui lui casse l’arête du nez, et un troisième qui lui coupe le souffle. Il tombe sur le sol et se plie sous les coups de rangers. Avant de s’évanouir, il entend un des hommes hurler :
  « Une arme ! Il a une arme dans son sac ! »
  Il reprend connaissance sur le brancard des pompiers, avec deux mèches de coton qui sortent de ses narines, et des éclairs de douleur qui fusent de son nez à son ventre.
  Il voit, penché au dessus de lui, un gardien de la paix, tout blond, avec les yeux ronds tout bleus, des yeux pleins d’incompréhension et de colère sous la casquette.
  « Dis donc, ils ne t'ont pas loupé.
  - J’ai essayé de sortir ma carte, j’ai pas eu le temps.
  - Je vois ça...
  - J’ai rien compris... Rien compris. Rien.
  - Mais qu’est-ce qui s’est passé ?
  - Je dormais. Je me lève à pas d’heure, alors du coup je me rendors dans le métro, j'habite loin. Au fin fond du Val d’Oise.
  - Tiens, moi aussi ! À Flic-ville...
  - Et d’un coup, je sens qu’on me prend mon sac, je mets toujours les pieds dessus, il y a le calibre et tout mon matos dedans. Je me réveille en sursaut, et je me mets à gueuler.
  - Il y a de quoi...
  - Là je vois que c’est les types de la RATP, alors je m’apprête à leur dire... 
  - ...et ils te démolissent. Collègue, je vais prévenir ton service pendant que tu vas te faire réparer, et pour le reste, tu sais quoi faire. Tu bosses où ?
  - Pas loin. Je suis brigadier au service de protection et de sécurité du métro. »
 

Récit tiré d'une histoire authentique

extrait de Police Mon Amour

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Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire

6 Novembre 2008

  J’ai fait la connaissance de Julie Rubino sur un blog qui proposait sans malice un petit débat tout gentil et objectif sur la police.
  Julie Rubino est jeune-et-journaliste, donc pleine de spontanéité et de bonnes idées qu’elle résume en commentaire de ce blog de la façon suivante :

  Extraits :

Je ne mettrai certainement pas le fait de dévaloriser les gendarmes et les policiers, ce à quoi je m’adonne très volontiers...

(...) et le caillassage des camions de pompiers (que je trouve honteux et complètement irresponsable)

(...) les flics passent désormais plus de temps à faire chier les délinquants du dimanche plutôt que d’aller traquer les vrais.

(...) [le shit confisqué et fumé par les flics] …ce n’était certainement pas une pratique isolée de son commissariat, mais bel et bien quelque chose de très répandu…

(...) Je pense qu’en France, le problème n’est pas qu’on devient dépressif une fois rentré dans la police, c’est que la police embauche des dépressifs… on voit ce que cela donne après...

(...) Les pompiers forcent mon admiration, les employés du milieu médical aussi, mais franchement, non, pas les flics !!


  Ce à quoi, moi, flic-et-préjugée, je réponds sommairement avant d’y revenir :

(…) Je suis auteur de FLiC, Chroniques De La Police Ordinaire (éd. J’ai Lu) pour ceux qui veulent en savoir plus sur tous les vices et tares de la police en uniforme (dont je fais partie) qui boit, se drogue, et se prostitue quotidiennement.
Et je reviens tout à l’heure expliquer à Julie pourquoi son commentaire est débile.

  Pourquoi je vous propose la lecture des fadaises de Julie Rubino ?
  D’abord parce qu’elle est une caricature tristement banale. Parce que des Julie Rubino, il y en a à chier partout, plein les rues, plein les bistros, plein internet. Ça pullule et ça pollue, ça parle fort, c’est fort en gueule. Ça a un avis sur tout, ça désinhibe sa bêtise crasse derrière un écran, et ça doit piailler et pérorer furieusement in real life.

  Les Julie Rubino aiment bien se mettre en scène dans des postures de rebelle contre les pouvoirs en place, les institutions, les lois et toutes ces vilaines choses, parce que ça donne une jolie image et que ça ressemble à la liberté. Sauf qu'il n'y a pas plus conformiste, mais ça, il y en a qui mettent des vies entières à le piger.

  Les Julie Rubino, ça connaît tout sans avoir rien vu. Ça a entendu une petite anecdote une fois, un jour, et ça l’érige en doctrine, en vérité définitivement établie.
  Les Julie Rubino, c’est nombreux, c’est une armada de moulins à paroles, c’est un peu tout le monde qui parle de n’importe quoi.
  Alors consacrant ce billet à Julie Rubino, vous comprendrez que je ratisse large.

  J’aurais pu lui répondre sur ses allégations, lui expliquer pourquoi par principe, il est idiot de s’adonner à dévaloriser flics et gendarmes, parce que ce jeu ne donne pas l’air très futé, passée la dernière crise d’acné.
  J’aurais pu lui parler des soldats du feu qui sont une plus belle expression que forces de l'ordre, et la prier d’expliquer avec des arguments intelligents et intelligibles pourquoi il est plus légitime de caillasser du flic que du pompier. Lui rappeler qu’à cause de caillassages, des gens - qui ne sont pas des Julie Rubino - qui avaient demandé des secours, ont attendu des flics qui ne sont jamais arrivés.
  J’aurais aussi pu lui demander ce qu’est un délinquant du dimanche, j’avoue que je ne saisis pas bien. Un curé peut-être, ou un pêcheur à la mouche.
  J’aurais pu lui dire que s’il m’est arrivé de faire chier des délinquants du dimanche, c’est que précisément je bosse les dimanches pendant qu’elle se tape un brunch en écoutant Vincent Delerm.
  J’aurais pu lui demander ses sources quant au recrutement de dépressifs dans la police nationale, mais je n’ai pas osé voyez-vous, ça me déprime.
  Et enfin, j’aurais pu lui dire que les flics ne demandent pas l’admiration de leurs concitoyens. Les flics, ils veulent juste que, de temps en temps, les Julie Rubino et ses clones ferment leurs grandes gueules, parce que la connerie ça fatigue les fonctionnaires qui travaillent le dimanche.

  Mais tout ça, c’est du déjà dit et cent fois répété, par tous les flics de France aux Julie Rubino de leur entourage.

  En revanche, la Julie Rubino du jour et qui nous intéresse, est jeune-et-journaliste et ça change un peu la donne.
  On eût été en droit d’attendre de sa part au moins une sorte de recul sur la chose, et au mieux un argumentaire un peu construit, un peu étayé, un peu documenté, histoire de faire honneur à sa profession.
  On aurait aimé qu'elle fasse montre d'un minimum de maturité intellectuelle, qu'elle s'exprime correctement et posément.
  Mais Julie Rubino, elle s’en fiche. Ce qui lui importe c’est de parler, parce que comme elle est jeune-et-journaliste, sa parole est légitime. Qu'importe d'avoir l'air pro quand on a déjà le pedigree...
  Alors, elle s’exerce à l’art de la rhétorique à défaut d’avoir compris que la discussion est une méthode.
  Et les flics, c’est un si bon sujet... des boulevards de bien-pensance sont tracés devant elle. Et Julie Rubino, elle fonce. Et d’un coup :

Et merde, si ce n’était pas déjà le cas, je suis désormais fichée sur Edvige… vive la France !

  Et là, pleinement consciente que je vais la décevoir, je lui réponds :

Je ne pense pas que ton cas de normopathe soit assez intéressant pour qu’EDVIGE te fiche.

  Je ressors bien sûr de ce non-débat chargée de tous les défauts énoncés par le dogme de départ, et plus encore, de la rancoeur à l'arrogance. J’ai dû abuser de méthodes policières… Mais comprenez-moi, avec le temps et l’ancienneté, le savoir-faire a vite fait de devenir un savoir-être. On ne se refait plus. À mon âge...
  Mais Julie Rubino, plaidant que si elle est journaliste, elle est tout de même jeune et insouciante, a quand même trouvé tout ça comique. Donc tout va bien.
  Elle attend juste un peu plus de subtilité et d’écoute, probablement les atouts dont elle a fait preuve, en préambule, en balançant son pétard mouillé.

  Mes chers collègues, bande d’abrutis congénitaux, shiteux du dimanche, boulimiques du prozac, fascistes et matraqueurs compulsifs, si vous aussi voulez faire preuve de subtilité et d’écoute avec Julie Rubino, la ligne est ouverte.

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B. Desforges

#au jour le jour

4 Novembre 2008

- TO18H de TN18 ?
- Transmettez TN18.
- Vous avez une défenestration au x rue Doudeauville, SP sur place.
- J’y vais TN18, on n’est pas loin.
(1 minute)
- TN18 de TO18H, je suis sur place.
- Reçu à TN18.
(2 minutes)
- TN18 de TO18H, SAMU sur place. Cause de défenestration suspecte. Un témoin sur les lieux.
- Reçu à TN18. J’avertis la PJ.
(2 minutes)
- TN18 de TO18H, le SAMU réclame une équipe moto pour un transport de poches de sang pour transfusion. Urgent.
- Attente TO18H.
(10 secondes)
- TO18H de TND2, je vois avec TNZ1.
(1 minute)
- TN18 de TO18H, PJ sur place.
- Reçu à TN18.
(10 secondes)
- TO18H de TND2, aucune équipe moto disponible.
- …
- TO18H de TND2, c’est reçu ?
- Oui D2, c’est reçu cinq sur cinq pour TO18H.
(5 minutes)
- TNZ1 de TO18H, URGENT!
- Transmettez TO18H !
- TNZ1... pour une défenestration... quatre étages... rue Doudeauville... le SAMU a besoin d’une équipe moto pour du sang... Insiste... Victime intransportable. Urgent.
- Attente TO18H.
(20 secondes)
- TO18H de TNZ1, toutes les équipes sont engagées sur une escorte officielle, pas de moto disponible.
(17 minutes)
- TN18 de TO18H, on quitte les lieux, victime delta-charlie-delta.
- Reçu à TN18.

 

TN18 : 18ème arrondissement
TND2 : district
TNZ1 : état-major
TO18H : indicatif officier

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