31 Mars 2009

 

  Le blogueur est un flic qui s’ignore.
  Le blogueur aime bien les chiffres, les statistiques et les classements.
  Les entrailles d’un blog, c’est un peu la planète du businessman, celui qui compte, qui compte tellement qu’il ne sait même plus ce qu’il compte et pourquoi il compte. Celui dont le Petit Prince dit qu’il raisonne comme un ivrogne. Saoulé de chiffres... Et de la sainte statistique.
  Un blogueur, c’est un attentif, un curieux dit-il. Il aime savoir. Sans arrière-pensée, bien sûr.
  Savoir quoi ?
  Mais qui tu es, pardi ! Et d’où tu viens. Et ce que tu viens faire chez lui. Et le temps que tu y restes. Et si tu reviens. Et combien de fois. Etc.
  Parce que si tu passes chez certains sans laisser ta carte de visite sous le paillasson, tu les plonges dans une angoisse vertigineuse. C’est terrible, tu sais.
  Alors le blogueur a tout un tas de petits outils sophistiqués pour mettre en œuvre son flicage domestique. Il a des compteurs, des géolocalisateurs, et toutes sortes de mouchards. Quand il a un doute, et que son enquête doit avancer, il prélève l’IP de son visiteur (mais qui c’est qui c’est qui c’est !?) avec soin, sans la toucher pour pas y laisser ses empreintes, et il la reverse sur un de ces sites capables d’affiner l’identification et la localisation.
  Quand il repère un nom de domaine qui finit par gouv.fr, il écrit un billet en rouge vif sur son blog, et il est fier d'en appeler à la liberté d'expression. Ou de hurler comme un damné à la dictature des écoutes liberticides.
  Même si c’est agriculture.gouv.fr aux heures de ménage.
  Le blogueur est un obsessionnel.
  Le blogueur ne voit plus le jour, il stagne dans son bouzin comme un flic dans un sous-marin à observer la tronche des passants.
  Le blogueur est un fonctionnaire des blogs. Façon Vichy. Il aime la surveillance en loucedé, il traque les corbeaux avec des méthodes de taupe. Ou l’inverse. J’en ai même repéré un qui cherche les récidivistes sur son blog. Bonjour le vocabulaire... ça craint. Ça pue sévère. Il doit dormir dans le CSS de son blog celui-là, pour être sûr de ne rien louper.
  Ensuite, le blogueur aime bien les hiérarchies. On avait rêvé du monde libre d’internet, de l’homme libre deux point zéro, mais il n’en est rien. La grande messe œcuménique de l’internet et des blogs n’a jamais eu lieu, et il a fallu réinventer des castes, des gourous, des chefs et des soi-disant maîtres à penser... en classant les gens et leurs blogs. Le blogueur a loupé son pari originel, il a refait sur le ouèbe le monde qu’il conspue dans sa vie sociale.
  Il est resté un courtisan, un lèche-cul, et ne répugne pas à ramer derrière des autorités illégitimes, incompétentes, ou des élites autoproclamées.
  Moi flic, je n’aime pas le chiffre, les statistiques et les chefaillons. Je n’aime pas la hiérarchie non plus. J’ai rêvé de m’en passer, j’ai rêvé de non-grades. Je n'en démordrai pas.

  À propos de police, vous me faites bien marrer, tiens, à hululer à propos des renseignements inquisiteurs que pourrait bien contenir la p’tite Edvige, laquelle Edvige ne s’intéressera probablement jamais aux normopathes que vous êtes.
  Vous êtes les champions du strip-tease internaute, la plupart des blogs intimes font penser à de pauvres peep-show, où on aurait l’obligation compassionnelle d’applaudir le premier gros tas, le moindre boudin qui montre son cul.
  Vous dévoilez avec application tout le croustillant de votre intimité ou de vos opinions, vous êtes traçables sur internet via Google, qui se charge mieux que n’importe quel fichier de police de compiler tout ce qui vous concerne, et vous faites les vierges effarouchées à l’idée que des policiers assermentés (dont les faits et gestes sont tout aussi traçables soit dit en passant) puissent avoir accès à des renseignements utiles à la sécurité. La vôtre en l’occurrence. C’est amusant.
  Personnellement, je ne sais d’Edvige que ce qui est paru au JO dans sa version béta [1] et dans sa version remaniée-mais-pas-tant-que-ça [2]. Le reste, je m’en fous à peu près complètement. Mais jetez-y donc un petit œil, ça vous évitera de colporter n’importe quoi.
  Pour le colportage, l’inquisition et le renseignement sauvage, retournez plutôt vers vos outils habituels, vos divers instruments de décryptage et vos compteurs.
  Si ça ne suffit pas, complétez l’arsenal par facebook et twitter, vous savez, ces inventions récentes qui vous font approcher le degré zéro de la communication.
  Continuez à tout dire et tout montrer, une société bien portante a besoin de spectacles. Surtout du comique et du mélo.
  Et comptez toujours sur Google qui a une mémoire infinie.
  Edvige n’est qu’une amatrice sous contrôle...
  Sales flics. Que vous êtes.
 

M à J vendredi 3 avril :
Le Figaro titre sur "Internet, Facebook, une mine d'information pour la police"
En pleine expansion, les sites de socialisation sont utilisés dans les enquêtes les plus délicates...

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Bénédicte Desforges

#au jour le jour

25 Mars 2009

 Il était aux écoutes, il s’ennuyait. Ça faisait des heures qu’il ne se passait rien, sinon des coups de fil insignifiants. Un rendez-vous de dentiste, un allo-comment-ça-va de la vieille mère en province, le gamin qui appelle pour dire qu’il rentrera un peu plus tard.
  La commission rogatoire avait été délivrée dans le cadre de la surveillance de deux braqueurs et leur entourage. Des beaux mecs, comme il me l’avait dit, des costauds, des sévères, de ceux qui défouraillent facilement, sans que leur cœur ne batte plus vite. Des truands qui avaient déjà fait des années de prison, toujours actifs dans le milieu, et qu’on soupçonnait d’avoir un projet imminent.
  Mais ce soir-là comme la veille, rien. Que dalle. Des bavardages sans mystère. À croire que les deux bandits s’étaient décidés à rentrer dans le rang. Ou à être extrêmement discrets.
  Et puis vers minuit, il y a eu un appel. Une voix d’homme.
  « Allo ?
  - C’est moi. »
  Enfin. C’est ce qu’il attendait, ce flic seul dans la nuit, seul aux zonzons dans cette salle sinistre, à se dire qu’il serait peut-être le premier à avoir l’information qui ferait que la machine se mettrait en marche derrière le flagrant délit.
  « Ah, enfin c’est toi.
  - Je n’ai pas eu le temps d’appeler avant. Tu comprends, il fallait que je m’en occupe.
  - Je sais ! Mais tout de même, tu aurais pu téléphoner avant !
  - Excuse-moi, mais ça a été plus dur que ce que je pensais.
  - Je me suis fait un sang d’encre !
  - Tais-toi, c’est justement...
  - Alors ?
  - Alors il est mort.
  - Oh merde...
  - Je n’ai rien pu faire. Il respirait encore, mais il était très salement amoché. Il a perdu beaucoup de sang. Pas beau à voir.  
  - Avec ce qu’il s’est pris, ça ne m’étonne pas. Et merde… ça me fait quelque chose.
  - Et moi donc.
  - Il était sympa comme tout, ce petit.
  - Et intelligent, et pas bavard pour un sou. Un bon complice.
  - Et merde et merde. J’arrive pas à me faire à l’idée.
  - Oui, mais il y a un problème maintenant.
  - Quoi ?
  - Je ne sais pas quoi en faire.
  - Hé bien, il faut l’enterrer et vite !
  - Dans un trou ?
  - Mais oui, abruti ! Dans un trou ! Tu fais un trou dans le jardin ! Avec une pelle.
  - Oui, mais je ne peux pas l’enterrer comme ça, ça ne se fait pas, il faut que je le mette dans... je ne sais pas moi, dans quelque chose. Une sorte de cercueil, non ?
  - Et tu n’as rien qui peut servir de cercueil chez toi ?
  - Je ne vois pas quoi...
  - ...
  - ...
  - J’ai une idée !
  - Dis-moi.
  - Une boite à œufs. Tu le mets dans une boite à œufs.
  - Ah c’est pas con, ça.
  - Un chaton ça doit bien tenir dans une boite à œufs.
  - Surtout s’il est écrasé.
  - Saloperie de bagnole. »

  Et le flic, seul dans la nuit, seul aux zonzons, soupirait, soupirait…


extrait de Police Mon Amour

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Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire

14 Mars 2009

12 Mars 2009

Bénédicte Desforges

#vies de livres