6 Septembre 2010

   Je ne me rappelle pas de quoi il était mort. Accident ou maladie, je ne me souviens de rien, tant ce détail a occulté tout le reste. Je nous revois avec les pompiers dans une chambre sombre et sale qui sentait mauvais. Nous étions autour d'un lit où reposait, sur une couverture râpée, un petit enfant mort. La mère était à nos côtés, la mine inexpressive et les bras ballants. Il fallait transporter le corps de cet enfant à la morgue de l'hôpital de secteur.
   « Madame, il est temps de l'emmener maintenant, a dit un pompier, voulez-vous venir avec nous ?
   - Non, ce n'est pas la peine », a-t-elle répondu.
   Le pompier s'est penché au-dessus du petit lit, et a délicatement rabattu la couverture sur l'enfant. Un brancard était inutile, il l'a simplement soulevé comme on porte un petit endormi.
   « La couverture ! Vous prenez aussi ma couverture ? s'est exclamée la mère.
   - Madame, on ne peut pas l'emmener comme ça, voyons. Il faut que nous empruntions l'escalier et sortions de l'immeuble... Jusqu'au camion... On ne peut pas... Il ne faut pas... Madame...
   - Oui, mais ma couverture ? Comment je vais faire pour la récupérer ?
   - Vous n'avez pas autre chose ? Un drap à nous confier ? Madame ... On ne peut pas le descendre comme ça...
   - Rien du tout, je ne vous donne rien du tout ! »
   La mère a repris le corps de l'enfant des bras du pompier, l'a reposé sur le lit, a retiré la couverture et l'a repliée. Puis elle est partie en maugréant vers le fond de son appartement. Quelques instants après, elle est revenue vers nous, et nous a tendu un grand sac en plastique.
 

Texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

Voir les commentaires

Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire

25 Août 2010

18 Août 2010

rue89ico 

morsay


Envoyez-moi des commentaires ! Faites-moi de la pub !
Cliquez sur mes clips, bande de fils de putes ! (...) Cliquez ! Bande d’enculés !
Cliquez, bande de salopes ! Clique, salope !

(dit Morsay à haute et intelligible voix)

  C’est pourtant clair, non ?

  Il a tout compris, Morsay.
Comme d’autres plus récemment, il a parfaitement intégré le fait qu’il trouverait son compte dans cette frénésie qui consiste à partager ses petites indignations avec le plus grand nombre, et qu’il s’offrirait une belle publicité sur le dos de ses détracteurs les plus virulents. Ceux-là mêmes qui braillent encore plus fort et violemment pour montrer à quel point ils supposent que leurs colères sont exemplaires, bien argumentées, et essentielles à l’information de leur entourage.

  Et c’est le principe du buzz. Le buzz, vous savez bien, cette espèce de bruit de chiottes qui se propulse le plus vite possible dans les médias en général, et sur internet en particulier.
La teneur informative du buzz est généralement très inférieure à celle du scoop.
Le scoop est une information (au sens large) plus ou moins qualitative, dont la plus grande satisfaction revient à celui qui en est le découvreur. Ensuite, un scoop peut buzzer. Ou pas.
Et donc, en marge de ce qui se dit, se rédige, se chante, ou s’invente, l’initiateur d’un buzz ne peut jouir que de sa capacité de propulsion, de sa vitesse de propagation et du potentiel de ses destinataires à relayer. Le succès du buzz réside en la motivation et l’intention commune des buzzeurs.
Un buzzeur ne buzze pas n’importe quoi, il sait ce qu’il fait et pourquoi il le fait. Ça tombe bien, faute d’inspiration et de talent, c’est souvent son seul fond de commerce et tout ce qu’il sait faire. Un buzz sinon rien.

  Les messages et tentatives de rap postés sur YouTube qui appellent à la violence contre la police ne sont pas si fréquents qu’on veut bien le dire. Mais plus on en parle, plus ils le sont. Et plus ceux qui en parlent sont les meilleurs attachés de presse dont ces petits cons pouvaient rêver.
Personne ne semble avoir compris – ou beaucoup font mine de l’ignorer - qu’un message non entendu, ou tombant dans une sourde oreille, n’est pas un message.
Parce que ces menaces et appels au meurtre n’en sont pas. Ils sont de la provocation.
Ils s’adressent bien davantage à l’objet de leur hargne – la police – qu’à leur entourage direct, les jeunes-des-cités-des-banlieues-avec-capuches, Toufik, Mamadou et Charles-Henri, qui ne prendront pas les armes parce qu’un type jonglant avec un vocabulaire très limité et un calibre en plastique éructe devant une webcam.

  Aucune chanson, aussi hargneuse soit-elle, n'a jamais tué personne.
En revanche, ça agace prodigieusement et ça peut être répréhensible par la loi.
La Justice peut et doit se faire sans tapage. Et surtout sans le parasitage de justiciers amateurs.

  Parce que in fine, on a vu quoi sur le champ de bataille du web 2.0 ?
Une horde de gens d’une haine et d’une violence indicibles libérer leur parole comme aucun rappeur ne l’a encore fait. En quelques jours, les fantasmes les plus aboutis se sont déversés sur internet. Tout y est passé.
Peine de mort, expédition punitive, pendaison par les couilles, dépeçage de nègres, vivisection de bougnoules, projets de ratonnade, brulage de mosquées, louanges répétées du Front National et de son avenir radieux, lynchage de bobos amateurs d’arts de rue, OPA hostile sur Libération et Rue89, mise à mort des journalistes et de la gauche complice, etc.
Un vrai génocide contre un éphémère sacrifice de poulet médiocrement déclamé.
Et un rap qui finit par faire figure de chant grégorien face à ce déchainement de haine ou aucune subtilité de supplice n’a été oubliée. Le tout jeté tel quel et sans Bescherelle, par tous ceux que le panurgisme le plus décérébré peut coller au derche des petits Goebbels d’internet.

  Alors l’intérêt de tout ça ?
Aucun, bien au contraire. Définitivement contre-productif.
Si un clip reste confidentiel, il y a non évènement à ceci près que sa seule mise en ligne suffit à ce qu’une plainte soit recevable.
La publicité excessive faite par buzz interposé et orchestré à dessein démontrerait finalement que l’instrumentalisation sert bien davantage d’exutoire à ceux qui condamnent ? Très probablement.

  Si ce sont les policiers eux-mêmes, l’hyper médiatisation de leur colère est du pain béni pour l’enfumage. Parlons d’un inconnu, sortons-le du néant d’internet, offrons-lui son heure de gloire, sommons le ministre de l’Intérieur de faire justice (de toute façon, le code de déontologie l’y oblige, il l’a déjà fait), saisissons les syndicats qui à leur tour joueront des coudes à qui sera le premier à pérorer dans les médias.
Et par notre indignation démesurée, donnons à cette gesticulation un rang d’importance supérieur aux véritables problèmes de l’institution police, lesquels réclament réflexion et propositions concrètes, qui sont un exercice plus difficile.

  Et derrière et autour des policiers, se démènent leurs pires ambassadeurs. Une cohorte de crétins plus royalistes que le roi, les violents, les racistes, les rageux nostalgiques, tous ceux qui alimentent cette hystérie sécuritaire du moment, et qui repartiraient volontiers en croisade s’ils n’étaient si bien à s’exciter collectivement et confortablement sur internet en attendant qu’on leur ouvre les isoloirs.
Sous prétexte de souci citoyen, et de concert avec une armée de Dupont-Lajoie déchainés, ils se proclament solidaires de la police en ne jurant que par la violence et les armes. Quelle différence avec Abdul X et les autres ?
Voilà un soutien inconditionnel – dont on se passerait bien - de tous les abrutis d’un bord extrême de l’opinion publique, jouissant du fantasme de l’homme en uniforme et en arme, au détail près qu’ils ne sont pas disposés à partager une seule seconde de ce qu’il y a de plus pénible dans l’exercice de ce métier : la haine quotidienne.

  Alors après, il se passe quoi ?
Une condamnation pénale très certainement.
Mais encore plus sûrement, l’apparition d’un titre ou deux dans les bacs à la FNAC.

  Joli combat. Merci pour tout.

Plus de commentaires sur Rue89

Voir les commentaires

Bénédicte Desforges

#actu police, #revue de presse

16 Août 2010

france-inter logo  


15 août 2010

Rencontre avec Jean-Bernard Pouy,
polanarchiste et père du célèbre anti-héros Le Poulpe.
Lui et moi gardés à vue pendant une heure par Laurence Garcia
de France-inter.

lien vers le site de l'émission et le podcast

Voir les commentaires

Bénédicte Desforges

#revue de presse