13 Janvier 2012

B.Desforges et M.Louboutin

 

Avant l’heure c’est pas l’heure.
Ce qui suit n’est pas une explication de texte avec toutes les bonnes raisons de ne pas gaspiller quelques euros pour cette chose, mais simplement une mise en bouche de la suspendue*. Le reste viendra plus tard.

Au passage, merci à ceux qui nous ont procuré des exemplaires, parce que cette petite heure de lecture ne valait en effet pas tripette.

Nous avons donc lu les nouveaux chapitres des aventures de Sihem Souid au pays des gentils et des méchants, des partisans et des courtisans, de ceux qui prennent le train en marche, et des autres qui voyagent en première classe, des intrigants et des intrigués que nous sommes.
Dans le monde de Sihem Souid, ce n’est pas compliqué, nous sommes de très méchants personnages. On n’y peut rien, c’est juste qu’on n’est ni dupes, ni complaisants, ni silencieux. Et elle n’aime pas ça.

Notre scepticisme affiché l’a donc poussée à nous dédier un petit paragraphe pour lequel nous ne la traînerons pas dans les tribunaux, ceux-ci étant déjà largement encombrés par les plaintes qu’elle a déposées contre une foule de contradicteurs dont on ferait partie. A ce jour rien reçu, et même pas peur.

Évoquant donc deux anciens policiers aigris par la vie et par leur insuccès médiatique, de surcroît médiocres et s’acharnant contre elle dans l’espoir de revenir en odeur de sainteté auprès de la place Beauvau, Sihem Souid comprend la mésentente de la façon suivante :
« Jaloux de l’impact de mon livre, ils ont également pris ombrage de ce qu'une modeste fonctionnaire de la police administrative trouve plus d’échos que la mise en scène, dans leurs ouvrages, de leur propre carrière dont personne ne se souvient. »

Diantre ! Tout ça pour ça !
N’en déplaise à la donzelle, Flic s’est mieux vendu que le premier opus de ses mémoires, et l’insuccès médiatique de ce livre est très relatif. Preuve étant faite, soit dit en passant, qu’un livre sans scandale d’un auteur inconnu n’est pas voué au pilon.
Métier de Chien a eu moins de chance, les derniers milliers d'exemplaires encore disponibles ayant disparu des stocks d'un coup et sans aucune explication, preuve cette fois d’un livre qui n’a pas laissé tout le monde indifférent.

Mais la personnalité tourmentée de Sihem Souid l’incite à penser que toute opposition à sa personne ou à ses dires ne peut être qu’une manifestation de jalousie, et que la contradiction est synonyme d’acharnement. Pire, s’affichant comme l’incarnation de la déontologie, quiconque n’est pas en accord avec elle est, par l’absurde, présumé voyou de la République. De même qu’un éperdu besoin de visibilité et d’existence médiatique devrait être un appétit universel.
Bien sûr que non. Pas plus qu’une mise en scène de sa vie de flic est nécessaire pour parler de police. On peut par exemple être major de sa promotion et ne pas le clamer parce que le mentionner est dérisoire et sans intérêt, ou au contraire s’inventer des lauriers qu’on n’a jamais eus. Plus clairement, soit on raconte la vérité, soit on se met en scène à dessein. Ce n’est pas notre cas.

Quant à revenir ronronner au ministère de l’Intérieur, il faudrait que quelqu’un se dévoue pour expliquer à l'experte en police et sécurité qu’une démission est un acte volontaire et n’est pas rétroactive. Et également qu’on peut adopter une définition cohérente de la citoyenneté, et survivre socialement sans avoir des noms de ministres ou de parlementaires plein la bouche.

Ce petit paragraphe fielleux est donc à lui tout seul une indication par défaut des motivations et intentions d’écriture (si on peut appeler ainsi un livre aussi mal écrit que le premier) de l’auteur.
Elle nous reproche finalement une quête qui n’a jamais été la notre.

Trouvez l’erreur.

(à suivre)

*de la République

 

BD & ML

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10 Janvier 2012

Sabah n’est pas un documentaire, c’est une fiction.
Ou alors, un documenteur comme aime bien dire son réalisateur, Farid Lozès.

Sabah n’a jamais existé, mais elle aurait pu.
La ville où vit Sabah n’existe pas non plus, et pourtant, on a l’impression d’y être déjà passé. Elle ressemble à mille autres villes, mais elle n’est aucune d’entre elles. Ou alors toutes à la fois.

Et l’histoire est celle du tournage d’un documentaire en banlieue, incroyablement réaliste.
Une vraie leçon faite aux vrais documentaires… L’angle choisi n’est pas celui – attendu, souvent - de la délinquance, mais de la culture, à travers le portrait de Sabah, responsable d’une association de quartier.
On devine que son regard sur le monde et les gens est un peu celui de Farid Lozès… créatif, enthousiaste, généreux, et obstinément citoyen.

Le talent de Farid Lozès a été avec Sabah de contourner tous les clichés inhérents au sujet, avec un casting et des rôles d’une justesse étonnante. Sans outrance et sans complaisance non plus.
L’histoire de Sabah invite à réfléchir.
La solidarité, la responsabilité, l’engagement, le rôle des médias quand il s’agit pour faciliter les discours de placer des étiquettes indélébiles sur les uns et sur les autres, beaucoup de sujets d’autant plus essentiels que cette fiction deviendra une tragique réalité, un an après le tournage du film.

scénario et réalisation : Farid Lozès
production : AS DE PIC

Sabah est la fondatrice de l'association Malices qui dynamise un quartier autour de projets culturels. Une équipe de journalistes vient faire un reportage. Sabah accepte d'être filmée et interviewée dans le quotidien de l'association. A travers son portrait, on découvre une banlieue qui bouge et l'existence d'une jeunesse en demande de moyens culturels et artistiques.

Tourné en 2004, diffusé sur France 2 en 2006, 2007 et 2008, ainsi que sur TPS STars, TV5, Sabah est régulièrement diffusé en salle pour des débats à travers toute la France, y compris dans des établissements scolaires. Il sert aussi de support pédagogique pour animateurs et professeurs, et d'outil d'échange avec des policiers, pompiers, élus, et journalistes.

Sabah

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7 Janvier 2012

  Il arrondissait ses fins de mois de gardien de la paix en travaillant de temps en temps au noir. Il avait un physique avantageux, belle gueule et sourire charmeur, et la nuit il faisait le portier à l'entrée de soirées chics et parisiennes. Ni vu ni connu, tout petit fonctionnaire de la République, il s'exerçait au cumul de mandats en dépit des mises en garde du sacro-saint règlement. Une ou deux fois par mois, il faisait fi de cette interdiction de se disperser, et veste noire dans la nuit noire, il se pensait à l'abri de l'œil de Big Brother. Jusqu'au jour où, parmi un petit groupe d'invités luxueusement vêtus et parfumés, lui était apparu comme une mauvaise blague, le regard étonné son commissaire.
  « Oh ! Que faites-vous là ? Vous êtes aussi convié ? lui avait dit celui-ci.
  - Euh... Pas vraiment... avait répondu le flic pris au dépourvu, et à court d'arguments crédibles.
  - Ne me dites pas que...
  - Eh si, patron !
  - Vous savez que vous enfreignez gravement le règlement ? Et aussi la législation du travail?
  - C'est pas si grave que ça, patron. Une fois de temps en temps pour trois sous...
  - Une fois ? Une fois de trop !
  - Patron... Vous me faites rentrer maintenant que vous êtes là ? J'ai envie de petits-fours...
  - Faites le malin, tiens ! Demain, je vous fais rentrer à l'IGPN par l'entrée des artistes !
  - Présentez-moi quand même votre invitation, monsieur le Commissaire, j'ai aussi des consignes à appliquer. »
  Sorti par son patron de sa clandestinité noctambule, il avait fini sa carrière d'aimable portier au conseil de discipline après un passage à l'IGPN où il avait exposé sa difficulté à boucler ses fins de mois devant un inspecteur perplexe, mais amusé par sa vision de la lutte des classes administratives. Il s'était donc présenté devant l'assemblée de ses juges, spécialistes ès sanctions et syndicalistes, et aussitôt l'un d'eux lui avait reproché d'être venu sans cravate, desserrant la sienne de sa main propre et blanche pour pouvoir lui aboyer dessus à son aise.
  À ça, le flic avait rétorqué en souriant qu'il travaillait au noir précisément pour s'en payer une...


texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

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Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire

6 Janvier 2012

commandant

  Le commandant n’était pas policier, mais fonctionnaire. Ce qui ne l’empêchait pas de se prendre pour une éminence aristocratique de la police. Il se faisait chercher et ramener à son domicile par un véhicule de service, sans se soucier de savoir si ça allait démunir des vrais policiers d’un de leurs outils de travail. Il s’installait à l’arrière de la voiture, croisait les jambes en prenant grand soin de ne pas faire de pli à son pantalon, et lisait son horoscope dans Le Parisien sans adresser la parole au chauffeur.
  Il portait des costumes gris à rayures parce qu’on avait dû lui dire, vingt ans auparavant, que c’était plus chic. Et quand il était en uniforme, il avait l’air déguisé… Heureusement, il ne le portait guère et ne sortait pas plus souvent de son bureau.

  Son activité principale consistait à épier ses subordonnés, en embuscade derrière le rideau crasseux de sa fenêtre, et à les faire convoquer devant lui pour leur signifier de graves fautes professionnelles auxquelles il était très sensible. Mais comme il ne se passe pas grand-chose devant la porte d’un commissariat, et que s’en éloigner lui donnait des sueurs froides, le pire manquement déontologique qu’il ait pu constater était le non port de la casquette. Il considérait que franchir les quelques mètres de trottoir entre le seuil du poste et la police-secours, tête nue et casquette à la main, relevait d’une excentricité inqualifiable pour un policier en uniforme. À peu près tout le service avait défilé la tête basse devant ce pointilleux galonné pour se voir servir le discours-de-la-casquette.

  Le commandant aimait les chiffres. On voulait une police de qualité, et lui ne désirait qu’une police de quantité.

  Il avait des petits tableaux qu’il remplissait soigneusement au jour le jour du résultat de notre activité, brigade par brigade, et il en faisait des statistiques, des péréquations et surtout des additions. Il avait un jour condescendu à venir à l’appel de la brigade, et dans un élan rhétorique suffisamment rare pour être remarqué, il nous avait dit d’un ton sentencieux qu’il préférait qu’on lui ramène dix étrangers en situation irrégulière qu’un braqueur.
  L’étranger en situation irrégulière n’était policièrement pas très motivant puisqu’il suffisait de se placer à la sortie du métro, et de tendre le bras pour en attraper un… ou les deux bras pour en attraper deux.
  Et nous pensions - naïvement - qu’un braqueur était dix fois plus dangereux que dix étrangers sans papiers, réalisant une fois de plus que la perception du métier évoluait vers l’abstrait et l’incohérence en même temps que le déroulement de carrière, et que si le commandant aimait compter, il se foutait éperdument de ce qu’il comptait.

  Alors, il aimait par-dessus tout les PV car il pouvait en faire des petits tas sur son bureau, faciles à manipuler et à compter. Contrairement aux délinquants, moins manipulables et empilables, plus encombrants, et surtout plus irritables.

  Le commandant qui aimait les chiffres, aimait aussi le whisky et ne comptait pas les verres, ni ce que ça lui coûtait, parce que dans son secteur il buvait à l’œil moyennant les PV qu’il faisait sauter et qui, du coup, échappaient à ses statistiques. On savait qu’il avait bu, et la quantité approximative de verres descendus, à la fréquence d’un tic nerveux qui lui faisait cligner de l’œil.
  Il nous faisait honte. Et un jour, je l’ai balancé. On m’a répondu « Que veux-tu, il est commandant, pas toi. Fais avec. Pas de vagues… »

récit extrait de Police Mon Amour

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