“vies de livres”

5 Avril 2008

  « Heureusement qu’il existe toujours une morale aux histoires : la date de péremption de ce produit surviendra rapidement? Dommage pour Bénédicte !... »

  Ainsi finissait un mail reçu quinze jours après la sortie de FLiC l’année dernière, mail que je viens de retrouver en triant un dossier d’Outlook que j’ai appelé poubelle, une sorte d’archive puante faisant office de baromètre de la connerie et la hargne ordinaires.
  Il s’agissait d’une diatribe qui se voulait critique, mais qui n’était qu’un règlement de compte cousu de fil blanc. Le type, un professionnel de la science molle improvisé fouille-merde, descend FLiC, l’auteur et ses lecteurs avec une hargne surdimensionnée, et force guillemets et citations du livre à l’appui. Mais c’est un intellectuel, voyez-vous. Un grand penseur de la police, un idéologue de la sécurité du fond de son bureau avec comme seul risque professionnel celui de se planter un crayon dans l’œil. Il lit des choses sérieuses normalement, pas des livres venus de nulle part écrits par auteurs non agréés. Il a des exigences, il passe sa vie à analyser, à conceptualiser ce qu’il n’approche pas. Ce qui facilite son dérapage en vrille dans le procès d’intention.
  Aurait-on affaire à une soubrette comique en service commandé ? C’est bien possible. La démarche est évocatrice. Jugements péremptoires, certitudes et mépris. On ne peut pas plaire à tout le monde, et déplaire n’est pas nécessairement un déplaisir. Déplaire à un crétin aigri et revanchard est même une bonne chose.
  J’avais été quelques jours entre l’envie de lui répondre et celle de laisser tomber. Son texte était en forme d’article prêt à paraître alors j’ai attendu le moment d’un droit de réponse. Rien n’est venu. Il a gardé ça pour lui et moi.
  Je ne peux pas publier ici ce mail, ni le nom et la fonction de celui qui me l’a envoyé, il a sa petite notoriété dans la police et il est entouré de puissances et d’influences non négligeables. Mon but n’est pas qu’il soit reconnu, je me fous de lui, il n’est que la voix de son maître, la voix du mépris. Et je ne vais pas risquer un procès en diffamation, calomnie, injures et tout le tremblement, pour sa petite personne hautaine. Il risquerait d’en jouir.
  Mais je vais répondre à lui, et à ceux qui pensent pareil. Ceux qui ne me trouvaient pas de légitimité à écrire FLiC, ceux qui ont surtout bavé qu’on puisse ouvrir les portes de la police comme je l’ai fait, sans prétention ni obscurantisme. Sans jugement et sans polémique. FLiC, ce n’est pas un hargneux ni un donneur de leçons, ce n’est même pas un témoignage, il n’en a pas la construction. C’est un livre d’histoires de flics, et rien de plus. J’ai été flic et rien de plus.
 
  Monsieur,

  Vos extrapolations fumeuses sur mes motivations à écrire sont totalement déplacées et non avenues. Vous n’avez décidément rien compris, ou pas cherché à comprendre dans une autre direction que celle qui vous arrange (vous et ceux qui vous ont inspiré, je ne suis pas dupe, loin s’en faut).
  Vous avez vu bien des choses entre les lignes de ce livre, précisément dans ces espaces que j’avais laissés vierges. Pauvre idiot, ce livre n’a pas été fait à des fins médiatiques puisque ces textes n’étaient déjà pas destinés à devenir un livre, et qu’ils n’ont pas été réécrits.
  Vous n’y avez rien senti, je dirais que c’est normal, vous avez un pince-nez. Ce que vous appelez les poncifs les plus éculés de la nature humaine, les flics, c'est à dire les professionnels de terrain – tout ce que vous n’êtes en aucun cas – y reconnaissent un regard similaire au leur. Mais comme vous êtes parfaitement insensible à ce qui peut nous fédérer, et que vous démontrez un mépris global envers tout ce qui ne vous ressemble pas, vous traitez sans vergogne mes collègues et autres lecteurs confondus, de poujadistes, lecteurs de gare ou lecteurs voyeurs. Quelle belle leçon ! Quel jugement minable !
  Vous n’aimez pas les flics – quoique le galon et les hautes études trouvent grâce à vos yeux – et vous supposez à partir d’un portrait que les flics seraient tous des nazillons en puissance dont je cache les déviances totalitaires derrière un prototype. Par pudeur sarkozienne ou lepéniste… Pitié ! Faites preuve d’originalité, avec votre niveau d’études et vos diplômes, vous en avez les moyens. Des machos aussi ? Allons donc ! Que de poncifs éculés à votre actif en si peu de mots ! Au moins on sait à quoi s’en tenir à propos du portrait robot du flic en vigueur dans votre institution…
  Vulgaire ? Mais c’est vous qui êtes vulgaire parce que vous avez une pensée commune, banale, stéréotypée. Pour qualifier mon registre, je préfère de loin la grossièreté à la vulgarité. Ou alors, vous êtes fâché avec les subtilités du vocabulaire usuel et vous ne faites pas la différence.
  A propos de diplômes, la remise en question du concours externe n’est qu’une affaire d’expérience, mais ça vous ne pouvez pas le comprendre, je le conçois et passe l’éponge sur cette ineptie. Voyez plutôt ce qui se passe ailleurs en Europe au lieu d’user de projections limpides sur vos potes flics surdiplômés. Ceci dit vos diplômes ne semblent pas être un gage de recul dans vos analyses. Le chiffre « opium de la police » vous a grave interpellé, dites-vous. Normal, le chiffre est votre fond de commerce, sans le chiffre point d’idéologie sécuritaire à distiller à l’envi mon pauvre monsieur… De profundis.
  Vous nous connaissez si mal, nous flics en tenue, et avez tellement de conclusions à étayer avant la moindre démonstration, que tout vous échappe. La peur de l’arme n’en était pas une, vous n’avez rien compris. Le copinage putes, travelos et consort n’est pas de bon aloi, il est banal et répandu. Parfois même une nécessité. Mais ne faisant pas partie des statistiques policières, il vous est et restera étranger. Aucune copine trotskiste ne m’a rembarrée, apprenez la lecture rapide pour éviter l’égarement dans la diagonale. Je vomis sur la maçonnerie policière. Oui, et alors ? Il y a blasphème ? Ça vous dérange ? Ça vous concerne ?
  Mon livre est un non évènement, c’est vous qui le dites mais vous n’avez aucune autorité en la matière. Et puis je m’en fiche, je n’ai pas vocation à être un évènement. Du reste, vos livres sont aussi des non évènements, mais la presse n’a même pas signalé qu’ils l’étaient. Mauvaise pioche. Je suis une vieille conne qui écrit pour les cons de tous bords un livre enfanté de mon cerveau sentimental. Là aussi vous n’aviez pas capté que ce livre n’est qu’un sentiment… Et quand vous parlez de mes sales motivations, vous ne frisez pas le ridicule, vous êtes en plein dedans.
  Et puis non, je n’ai décidément pas de projet, tout n’est pas calcul ni complot. Pas davantage de plan de carrière. Que dalle. A un moment de ma carrière, oui, j’ai commis l’extravagance de passer un concours, une légère ascension comme vous dites avec amusement. Et pourtant rien n’aurait mal tourné, ni par hasard ni à dessein. Vos ragots sont erronés, veuillez consulter vos sources. Ou mes collègues de l’époque, votre propos devrait les amuser. De plus ils font partie de mes lecteurs voyeurs poujadistes, et bizarrement me croient sur parole puisque ces histoires sont aussi les leurs. Incroyable comme démonstration, hein ?
  Vous n’avez rien appris et n’avez été étonné de rien. Vous êtes un érudit, monsieur, un intellectuel. Moi pas. Je n’ai rien à vous transmettre, vous savez déjà tout, preuve en est ce mépris qui n’épargne personne. Ni la police, ni les autres, ni la presse et pourtant que ne feriez-vous pas sans elle…
  Dans votre « critique », vous êtes allé trop vite en besogne et votre pétard mouillé n’a pas une once de crédibilité. Si j'avais eu ça en stock (un pétard), je vous aurais volontiers proposé de tirer dessus, ça vous aurait grave détendu.
  Votre mail était une saleté trop hargneuse et insultante pour être innocente, trop rapide après la sortie du livre pour ne pas être téléguidée. Sachez que même si j’écris pour des abrutis de lecteurs voyeurs amateurs de romans de gare, il y a certainement plus de satisfaction intellectuelle à être lue par des dizaines de milliers de personnes, dont certaines vous avouent avoir été réconciliées avec la lecture et d’autres déclarent regarder les flics différemment, que d’écrire sans plaisir des livres destinés à des lecteurs déjà convaincus de vos démonstrations besogneuses, et prétendument initiés à la question policière. Sur ce coup, vous n'êtes pas copain avec le chiffre, n'est-ce pas ?
  Alors au lieu de vous jeter comme un enragé sur la littérature modeste pour analphabètes, je ne saurais trop vous recommander de continuer à lire les livres que je ne suis pas parvenue à finir, vous savez, ceux qui se périment à peine sortis et qui coûtent cher en à valoir aux éditeurs. Mais également les ouvrages politiquement corrects et administrativement serviles.
  Ah oui, une dernière chose : vous avez méchamment sous estimé la date de péremption de FLiC.
 

Bénédicte Desforges, auteur de FLiC, chroniques de la police ordinaire

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B. Desforges

#vies de livres

25 Mars 2008

Bénédicte Desforges

#vies de livres

8 Mars 2008

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FLiC, chroniques de la police ordinaire a aujourd’hui un an.
Et il se porte très bien.
Il s’est très bien vendu (comme des ptits pains...) et continue de bien se vendre. 
Il a été édité en édition de poche en novembre, tiré à 20000 ex. et réimprimé trois semaines plus tard.
FLiC va encore avoir d’autres vies, mais j’en ferai état plus tard, quand des contrats seront signés.
Un peu de transparence maintenant.
Dans l’édition, c’est plutôt vulgaire de parler d’argent. On écrit pour le plaisir avant tout, n’est-ce pas... Et puis, il y a tellement d’écrivains maudits qui se font claquer toutes les portes du quartier de Saint-Germain-des-Prés au nez, alors qu’ils ont des carrures de Goncourt, qu’il ne faudrait fâcher personne, rester pudique et discret, avoir le succès modeste, et mettre des cierges devant la FNAC pour que le miracle perdure jusqu’à l'extinction d'un minimum syndical de treize générations d'ayants droit de l’auteur... (je déconne...)
Mais moi, je vais vous le dire, à vous qui avez suivi l’histoire de ce livre depuis sa naissance sur internet à aujourd’hui.
J’ai pris connaissance de mes droits d’auteur pour 2007.
Ils sont l’équivalent de plus de deux ans de ce que fut mon salaire de flic. 
Imposables comme un salaire, mais on ne va pas se plaindre, hein.

Alors bon anniversaire mon FLiC !

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Bénédicte Desforges

#vies de livres

6 Février 2008

  Ce week-end, avait donc lieu le Festival du Livre et de la BD de Bagnols-sur-Cèze. Comme on a fait beaucoup de jeux de mots foireux, autant commencer tout de suite : la Cèze est une rivière, et un roi (oui, on va dire que c’est un roi mais en fait je ne sais plus) traversant par un pont aurait dit « c’est très étroit » (prononcer tout haut) donnant ainsi son nom à la rivière. Voilà, ça situe un peu l’ambiance. À la fin du week-end, j’ai reçu le prix "coup de cœur" en catégorie Livres. Si je commence par la fin, c’est pour que vous commenciez à me jeter des fleurs pendant que je raconte la suite.
  J’ai pris le train avec Bob Garcia (Mais qui est ce Bob ?) et Hervé Nicolas, mais comme je ne les connaissais pas encore, je ne les ai évidemment pas vus. C’est donc un détail sans importance à ce stade du compte-rendu. J’ai voyagé seule avec La Boétie et son Discours de la Servitude Volontaire dont on ne se lasse pas.
  À la gare d’Avignon, on a retrouvé Jean-François, viticulteur bio et membre de l’association Pages-Cèze, et là aussi j’ai mis un temps fou à piger le jeu de mots (le surlendemain). Il nous a dropés à l’hôtel et ensuite on est repartis dîner en ville dans un resto tenu par un ex légionnaire russe tout balafré, où on a fait connaissance avec bon nombre des autres auteurs invités. Hervé, Bob (Mais qui est ce Bob ?) et moi, on est devenus inséparables autour du ti-ponch russe. Bob Garcia est un spécialiste de Tintin, de Sherlock Holmes, de polars, et il est l’auteur de très nombreux ouvrages (son site). Hervé Nicolas est l’auteur de L’Affaire Elfe (une aventure de Brakmâr le Viking). Bref, pas des feignasses comme moi.
  Le lendemain au salon, il y avait énormément de flics et de cruchots gendarmes qui se tiraient la bourre pour recruter un maximum de monde autour de leurs stands. Ils avaient chacun leurs méthodes. La police nationale présentait de grandes affiches avec de jeunes fonctionnaires très beaux, très lisses et très tronches-de-premier-de-la-classe, et les gendarmes avaient un Taser jaune et un faux cadavre blême. Au milieu de tout ça, il y avait deux artificiers démineurs qui n’ont eu de cesse de balader leur robot téléguidé, et manipuler des grenades offensives devant des enfants émerveillés.
  Gordon Zola nous a rejoints, et on a pu passer à la phase 2 de l’offensive loufoque. Gordon Zola est éditeur (Le Léopard Masqué) et auteur de plusieurs polars humoristiques et décalés (à paraître : La dérive des incontinents). Du coup on était quatre à la vie à la mort pour le week-end. Mais on n’a pas réussi à faire autant de bruit que N’Guyen Van Loc qui a fait rien que de piquer le micro de l’animateur pour crier que Le Chinois s’était vendu à un million d’exemplaires. Alors nous on faisait Pffff et on faisait comme si on ne le croyait pas. Pendant ce temps, les flics et les démineurs espionnaient le stand des gendarmes par-dessus la paroi avec des miroirs faits pour trouver des explosifs sous les voitures. J’en ai profité pour aller fumer une cigarette et coller un autocollant gendarmerie sur une voiture de police.
  Dans la soirée, Patrice Dard, fils et auteur de San Antonio, est arrivé. Avant le dîner, lui et André-Paul Duchateau (BD Rouletabille, Ric Hochet…) ont été capturés par les membres de la confrérie des Côtes du Rhône afin d’être enrôlés de force parmi eux après avoir fait des blind-tests de vins rouges. Ils ont été reçus et acceptés haut la main. Ça faisait comme un truc rituel de francs-maçons mais en plus rigolo, et putaing cong ils n’étaient pas tenus au silence ceux-là. De même que le saxo qui a fait une tentative de jazz in the vignoble complètement loupée, et c’est à ce moment que j’ai appris que Bob (Mais qui est ce Bob ?) était aussi contrebassiste et touchait sa bille en musique. Laurent Vicomte voulait qu’on aille fumer des clopes dehors, mais il faisait trop froid. Alors, on est tous rentrés dormir.
  Le lendemain, on a pris le petit déj tous ensemble, c’était sympa. Au petit matin, Gordon Zola et Patrice Dard étaient déjà déchaînés. La journée s’est déroulée épuisante et chaleureuse comme la veille, et mon petit FLiC a donc eu le prix.
  Le soir, nous sommes repartis à la gare quittant à regret l’équipe du Festival qui nous avaient si gentiment accueillis. La gare d’Avignon est très bizarre. Quand on est à l’intérieur, on se croirait dans Starship Troopers prêts à embarquer vers l’espace. Et il y a des femmes qui disent "embarquement immédiat" avec des voix de robots. Et quand on marche dans la gare, on a l’impression de monter alors que c’est plat. On était plus rassurés dans le TGV, revenant aux valeurs sûres avec des donuts Mac Donald’s dans le wagon-bar.
En arrivant à Paris, on s’est dit qu’on se reverrait.
Ça passe vite un week-end.
 

  

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Bénédicte Desforges

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