22 Septembre 2011

deuil

Vous n’êtes pas sans savoir les drames, les quatre suicides qui viennent d’endeuiller la police nationale.
Des suicides que l’administration attribuera pudiquement à des raisons personnelles, et que le syndicat majoritaire des gardiens de la paix a d’ores et déjà qualifiés d’actes "intimes et mystérieux".
Ça suffit ! MAINTENANT, ÇA SUFFIT !

Combien faudra-t-il encore de morts pour qu’enfin, vous médias et responsables politiques, considériez sérieusement ces suicides, non seulement comme des désastres humains, mais encore comme l’indicateur le plus épouvantable qui soit de la dégradation des conditions de travail des fonctionnaires de police, et plus globalement celle de la sécurité publique ?

Depuis 2007, nous tentons par tous nos moyens d’attirer votre attention sur ce problème dramatique. Nous n’avons pas de représentativité syndicale, ni politique, mais nous sommes la voix de centaines, de milliers de policiers qui en ont ASSEZ d’être déconsidérés, niés et qui en ont ASSEZ d’exercer leur profession en dépit du bon sens !

Écoutez les enfin ! Écoutez ce qu’ils ont à dire de ce métier, et de leur rôle pour VOTRE sécurité ! Écoutez leurs difficultés, elles vous concernent !

Comment peut-on imaginer, aujourd’hui, que les conditions de travail des policiers sont étrangères à ces suicides… Comment peut-on supporter sous la même casquette la réduction des effectifs, des brimades et soupçons insupportables, une impopularité exponentielle et la culture du résultat ? Comment ?

La police est là 24 heures sur 24 pour vous tous.

Aujourd’hui, les policiers ont besoin du soutien des médias et des citoyens pour changer leur avenir et celui de la sécurité publique, et qu’on n'ait plus à porter le deuil de nos collègues, morts en service... d’une façon ou d’une autre.

Alors nous vous le demandons clairement et sans arrière pensée : combien encore faut-il de suicides dans la police pour que vous, journalistes et responsables politiques, fassiez du problème de la sécurité publique et de ses ouvriers, une priorité ?


Bénédicte Desforges et  Marc Louboutin


Lettre envoyée ce jour à plusieurs centaines de journalistes et responsables politiques avec, à titre d'information, tout ce que nous avons écrit et fait à ce sujet, et bien d'autres sources et documents..

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Bénédicte Desforges

#actu police, #suicides

7 Septembre 2011

Il y a bientôt deux ans, le secrétaire général du syndicat majoritaire des gardiens de la paix, Unité-SGP-Police-FO déclarait que… et là, j’ouvre des guillemets émus et convaincus, tant la formule a fait date dans l’histoire récente du syndicalisme policier :

"Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat"

C’était sur une tribune, lors d’une manifestation de policiers à Paris, 2000 participants selon les organisateurs, 800 d’après la police, un chiffre officiel largement surestimé d’après moi. Énormément de revendications pourtant (je vous fais grâce de la liste, à peu de choses près, ce sont les mêmes depuis vingt ans) à un mois des élections professionnelles, et un pari réussi pour l’organisation syndicale qui remportera une majorité relative, mais forte de ses promesses, une majorité tout de même.

Donc, "Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat"…
Idiotement, je me suis dit que le Grand Soir des flics était pour bientôt.
Il y a des jours comme ça, où on est disposé à croire ce que l’on nous chante, d’autant plus quand le ton et la mise en scène s’y prêtent.

Et là, l’idée de ce poulet en colère qui, tel un pokemon rageux se métamorphosait en coq de combat, ça sentait bon la menace, la désobéissance utile, la lutte finale.

Un secrétaire général chaud comme un marron, une matière première revendicative prête à être transformée en mobilisation, des idées qui fusent, grèves du zèle, service minimum, et des fonctionnaires de police saturés de ras-le-bol n’attendant que le feu vert syndical pour bouger, défendre leur métier, œuvrer à restaurer les relations police-population, redonner du sens au caractère utile et républicain de la police, et privilégier la lutte contre la délinquance à celle de la sacro-sainte statistique.
On avait envie d’y croire.

"Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat", voilà ce qui s’est dit ce jour là, sous les fenêtres, non pas de la place Beauvau, mais du ministère des finances, le plus excentré de Paris, au cours de cette manifestation sage et discrète de poulets en colère qui avaient pour consigne de rester groupés et ne surtout pas défiler pour ne pas attirer l’attention ni semer le trouble dans ce quartier où il ne passe pas un piéton.
Et en plus il pleuvait.
Une manifestation pétard mouillé pour les médias, une aimable petite manif qui a fait parler d’elle jusqu’au lendemain à peine. Normal, il n’y avait eu ni casse, ni débordements, la réalité policière fait toujours moins d’audience que les spectacles de rue…

Les élections professionnelles ont donc eu lieu, et ont été remportées par Unité-SGP-Police-FO avec un cri de guerre qui avait fait mouche.
"Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat."

J’ai longtemps cherché à entendre l’écho de cet appel. J'ai guetté l’offensive syndicale dans une actualité où le débat sécuritaire excite la politique et les médias, à mesure qu’il épuise une police avec des moyens humains et juridiques inversement proportionnels à la somme des missions à accomplir et des résultats attendus.

La colère des poulets ne s’est pas dissipée, mais les coqs de combat ne sont jamais sortis de l’œuf.
Jusqu’à la semaine dernière...

Enfin il se passait quelque chose, des poulets en colère emmenés par le syndicat Unité-SGP-Police-Force Ouvrière (le dernier ferme la porte) passaient à l’attaque et manifestaient devant leur commissariat à Angers. Contre les privilèges indiquait la dépêche de presse.
La bonne odeur de contestation que voilà ! je me suis dit. On y est ! Enfin !

Fausse alerte. La révolte du jour était provoquée par l’affectation d’un gardien de la paix au commissariat d’Angers, pistonné par Alliance, le syndicat adverse.
Oui, vous avez bien lu…
Un gardien de la paix a été affecté à Angers – le rêve d’énormément de gens de par le monde – et il y a eu une manifestation.
Alliance aurait pistonné un type qui rêvait de bosser au commissariat d’Angers, et le syndicat majoritaire a jeté des fonctionnaires de police dans la rue pour crier leur colère. À Angers.
L’irréprochable Unité-Police-etc a identifié un coup de piston de la part de son adversaire syndical et a convoqué la presse à assister à sa rage.

On a touché le fond là, où il y a encore de la marge ?

Merci, merci à tous, merci Unité-SGP-Police-FO pour cette exhibition.
Les occasions et les motifs de sortir les banderoles et faire le mariole devant les appareils photo sont si rares, tout va si bien, l’avenir de la sécurité publique est si limpide, qu’il ne fallait effectivement pas louper une telle occasion.
Et puis c’est drôlement utile de contribuer à l’image d’une police solidaire, avide de défendre son métier et le service public.

Alors ? "Un poulet en colère peut très vite devenir un coq de combat ?"

On a vu ça…

Et on en est restés tout ébaubis.

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Bénédicte Desforges

#actu police, #syndicats

1 Septembre 2011

facade

   J'étais en stage avec les sapeurs pompiers.
   Un matin, nous avions été appelés pour un homme victime d’un malaise. À la porte d’un tout petit appartement, une femme très laide nous avait accueillis avec une serpillière posée sur le haut d’un manche à balai qu’elle tenait comme un drapeau. Elle nous avait expliqué avec un fort défaut de prononciation dû à une absence totale des dents de devant et sur tout le coté gauche, qui lui tordait la bouche en biais, que son mari était inconscient depuis son réveil.
   « Ah ! Alors il ne s’est pas réveillé, ou il s’est réveillé avant de s’évanouir ? lui avait demandé le sergent.
   — Non ! J’vous dis qu’il est dans les choux depuis son réveil ! Vous me comprenez à la fin ? Il bouge plus du tout et il fait cette tête-là ! »
   Et voilà qu’elle s’était mise à nous mimer l’état de son mari en renversant la tête en arrière, la bouche grande ouverte sur ses dernières molaires cariées.
   « Alors moi je l’ai laissé et j’ai continué mon ménage, car voyez-vous, cette nuit des pigeons sont rentrés dans la cuisine et ils ont chié partout… avait-elle poursuivi.
   — On va voir ça, madame. Dites-nous où se trouve votre époux. »
   Elle nous avait dirigés vers une chambre minuscule, si petite qu’on y tenait à peine, et qu’on lui avait demandé de bien vouloir rester à l’extérieur. Elle ne s’était pas faite prier, et était repartie gérer l’intrusion des volatiles avec son étendard en forme de serpillière.
   L’homme allongé sur le lit avait exactement la mimique qu’elle avait singée. Et il était raide mort.
   « On essaye de le réanimer ? On appelle un SAMU ? avais-je demandé.
   — Mais il est froid ! Il est mort depuis au moins hier soir ! Regarde-le ! »
   Les pompiers m’avaient gentiment charriée, et du fond de sa cuisine, on entendait la vieille pester contre les pigeons…
   « Tu sais faire un massage cardiaque ?
   — Mais tu viens de me dire qu’il est mort !
   — Raison de plus pour t’entraîner sur lui, tu ne peux plus lui faire mal. Viens, je te montre. »
   On avait descendu le mort de son lit, je m’étais placée au-dessus de lui, le pompier m’avait rappelé comment poser mes mains et m’avait donné le rythme du massage, me précisant qu’on s’épargnerait le bouche à-bouche…
   « C’est bien, c’est bien, flic ! T’as pas réveillé le mort mais c’est bien !
   — Il y a quelque chose qui a craqué…
   — Oui, j’ai entendu. Tu as dû lui casser deux ou trois côtes, ça arrive tout le temps. »
   On avait remis le mort dans ses draps, et on avait été prévenir son épouse du décès. Elle avait semblé soulagée…
   « C’était un poids mort, cet homme-là », nous avait-elle confié en s’essuyant le front avec sa serpillière.

texte extrait de Flic édition augmentée J'ai Lu

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Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire