SUICIDES DANS LA POLICE, ÇA SUFFIT !

22 Septembre 2011

deuil

Vous n’êtes pas sans savoir les drames, les quatre suicides qui viennent d’endeuiller la police nationale.
Des suicides que l’administration attribuera pudiquement à des raisons personnelles, et que le syndicat majoritaire des gardiens de la paix a d’ores et déjà qualifiés d’actes "intimes et mystérieux".
Ça suffit ! MAINTENANT, ÇA SUFFIT !

Combien faudra-t-il encore de morts pour qu’enfin, vous médias et responsables politiques, considériez sérieusement ces suicides, non seulement comme des désastres humains, mais encore comme l’indicateur le plus épouvantable qui soit de la dégradation des conditions de travail des fonctionnaires de police, et plus globalement celle de la sécurité publique ?

Depuis 2007, nous tentons par tous nos moyens d’attirer votre attention sur ce problème dramatique. Nous n’avons pas de représentativité syndicale, ni politique, mais nous sommes la voix de centaines, de milliers de policiers qui en ont ASSEZ d’être déconsidérés, niés et qui en ont ASSEZ d’exercer leur profession en dépit du bon sens !

Écoutez les enfin ! Écoutez ce qu’ils ont à dire de ce métier, et de leur rôle pour VOTRE sécurité ! Écoutez leurs difficultés, elles vous concernent !

Comment peut-on imaginer, aujourd’hui, que les conditions de travail des policiers sont étrangères à ces suicides… Comment peut-on supporter sous la même casquette la réduction des effectifs, des brimades et soupçons insupportables, une impopularité exponentielle et la culture du résultat ? Comment ?

La police est là 24 heures sur 24 pour vous tous.

Aujourd’hui, les policiers ont besoin du soutien des médias et des citoyens pour changer leur avenir et celui de la sécurité publique, et qu’on n'ait plus à porter le deuil de nos collègues, morts en service... d’une façon ou d’une autre.

Alors nous vous le demandons clairement et sans arrière pensée : combien encore faut-il de suicides dans la police pour que vous, journalistes et responsables politiques, fassiez du problème de la sécurité publique et de ses ouvriers, une priorité ?


Bénédicte Desforges et  Marc Louboutin


Lettre envoyée ce jour à plusieurs centaines de journalistes et responsables politiques avec, à titre d'information, tout ce que nous avons écrit et fait à ce sujet, et bien d'autres sources et documents..

Bénédicte Desforges

#actu police, #suicides

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Schneider laurence 11/10/2011 18:08


J'ai eu l'occasion de croiser le collègue de la BRF qui vivait à une rue de chez moi, il est intervenu alors que mon ami et moi nous faisons agresser devant notre domicile. Il aurait fait son
travail jusqu'au bout! Nous n'avions pas eu l'occasion de le remercier. Une pensée s'est imposée a tous ceux qui étaient présent, "si seulement nous avions pu savoir, nous lui serions venu en aide"
malheureusement personne ne peut savoir à l'avance....
Ce qui m'ecoeure, c'est que nous sommes traités comme de la merde à l'extérieur, ça encore, on s'y fait! Mais quand nous sommes traités comme des coupables, comme des moins que rien par nos propres
collègues, par notre hiérarchie... Que notre parole n'a aucune valeur, aucune face à des menteurs connus de nos services, j'ai honte de notre administration :(


Krugger 24/09/2011 16:23


Dans le même sujet (suivez le lien). Tout y est dit ... ou presque !

http://www.latribune.fr/opinions/20110923trib000651482/quand-la-police-est-confrontee-aux-risques-psycho-sociaux.html


Laurent 24/09/2011 15:48


Excellent commentaire-mise en abyme de Marc. Que faire que dire. Dire que la lecture de tes ouvrages a été le déclencheur d'un autre regard sur la police. Regard d'1 citoyen et j'imagine qu'il en a
été de même pour tous ceux qui vous ont lus toi et Marc. Bien entendu, ça n'est pas ça qui va faire avancer le schmilblick mais chaque éveil de conscience aussi minime soit-il est important. Je ne
vais pas t'apprendre que beaucoup de médias et journalistes pêchent par paresse voire incompétence.
Je crains hélas qu'il faille une situation bien plus urgente et catastrophique pour que les consciences s'éveillent véritablement et agissent.
Bon courage dans ton/votre combat. Que je soutiens modestement et sincèrement. RT FB bouche-à-oreilles et matraquage de journalistes...


bénédicte desforges 24/09/2011 15:51



Merci Laurent !



Isabelle 24/09/2011 09:14


bonjour,

j'avoue ne pas avoir lu les commentaires, donc désolée si je doublonne un avis déjà posé

j'ai juste deux choses à dire, une sérieuse et qui m'afflige, et l'autre d'un humour bien incertain...

1. comme j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire ici, je travaille à la DIPJ de Lyon : et bien PERSONNE n'a parlé de ces suicides cette semaine, PERSONNE ! et comme j'ai la fâcheuse tendance à ne pas
regarder le 20h et à glaner les infos ici ou là souvent avec du retard, c'est dans cet article que j’apprends ces tristes nouvelles...
comment peut-on ne pas en parler dans les DIPJ ? comment l'info peut-elle ne pas avoir circulé ? alors certes, je ne suis pas de celles et ceux qui traînent au bar ou à la cafèt', ou qui partent
fumer des clopes toutes les 1/2 heures en se plaignant d'avoir trop de boulot (forcément si on enlève 10min par clope chaque 1/2 heure, les 8heures de boulot sont bien entamées -je parle pour
CERTAINS personnels en bureau, pas tous, et je ne me permettrai jamais de tels propos sur les collègues en patrouille ou autre, dont je ne connais pas les roulements et fonctionnements, soyons
clairs)

2. c'est malheureux mais pour que les suicides soient pris en compte par l'opinion publique, z'ont qu'à aller bosser chez France Telecom (alors ok c'est super douteux ce que je viens d'écrire, mais
je suis tellement dégoutée par cet article, par son fond avec lequel je suis entièrement d'accord, donc je suis tellement triste de la situation que j'en dis des trucs super glauques, désolée c'est
mon fonctionnement... mais quand on y réfléchit, les suicides à FT ont fait la Une des médias, alors que les suicides dans la Police, ça ne heurte personne... moué... ça mérite réflexion ? non même
pas, c'est juste dégueulasse...)

voilà

je souhaite à ces collègues qui ont choisi de partir, d'avoir trouvé la paix qu'ils recherchaient... et tous mes sincères voeux de courage à leurs familles...

Isabelle - Lyon

ps : et puis désolée si je suis maladroite, mais ça me désole tout ça... vraiment...
et quand je vois qu'on nous bassine en ce moment pour faire des économies de papier, mais qu'en parallèle, ils ferment le parking extérieur pour ne pas que les riverains y viennent, et que ce
parking a un beau portail coulissant, mais qu'il ne fermera sans doutes jamais parce qu'il n'est pas prévu de l'automatiser que quelque façon que ce soit, donc du coup avec le va et vient
incessant, il restera toujours ouvert...
bref tout ça pour dire que les économies de merde, ça suffit !!
moi je veux bien faire super gaffe à ma conso de papier si les économies vont pour les collègues sur le terrain !!
et quand je vois un collègue en inter sur des constat qui s'est fait tirer dessus (par inadvertance, des gamins qui jouaient avec un 9mm 200m plus loin et qui n'ont pas vu le collègue...) et bien
l'administration ne le suivra pas dans sa plainte... ça aussi ça me fout en l'air !!! s'il veut donner suite, ce sera à lui de payer un avocat... ils étaient 4 ce jour-là, on leur à dit à tous les
4 la même chose....
alors sur le terrain, en direct, au devant des dangers, sur la ligne de mire de toutes les violences, ils n'ont pas plus de moyens (pas certaine qu'il y ait un gilet pare-balle par personne dans
les équipages...) bien sûr qu'ils ont le droit de flancher !!!
les flics ne sont pas des surhommes !!! ils sont des hommes et des femmes comme tout le monde, bordel !!!!!!!

ouhla, j'arrête, je commence à monter dans les tours....

j'espère que vous aurez de "bonnes" réponses, tenez-nous au courant :-)


Marc Louboutin 23/09/2011 16:42


Tiens Bénédicte, j'ai retrouvé cela par hasard en cherchant (je suis un éternel optimiste) si "lémedia" rebondissaient sur le sujet...(Inutile de chercher, c'est "non"...)
http://www.lepost.fr/article/2009/12/01/1819411_le-suicide-des-policiers-parlons-en.html
Ils en disent quoi les journaliste qui nous font des grands yeux offusqués en répondant des "Cépavré konenparlpa", la preuve, nous avons fait UN article l'été dernier..." ?
C'était fin 2009, il y a donc presque pile deux ans. Marrant les "états d'âme" des journalistes qui s'étonnent, ensuite, de la colère qui monte face à tant d'autisme de leur part et de celle des
responsables politiques. Je pourrais presque donner la même interview mot pour mot aujourd'hui. Cela changerait quoi ?... Ben rien....Visiblement. Un bon flic est donc un flic mort. CQFD


bénédicte desforges 23/09/2011 18:38



Le suicide des
policiers, parlons-en


 


Marc,
Comme je le disais ailleurs, peut-être faudrait-il se dire qu'il ne faut compter que sur soi-même. Qu'à force d'attendre des actions syndicales (des vraies, pas des shows de guignols) qu'à force
d'espérer des unanimités médiatiques (qui ne viendront jamais puisque la plupart de ces gens-là servent la soupe aux politiques, quand ils ne bouffent pas du buzz à en faire péter la panse de
l'opinion publique) peut-être faut-il passer au plan B, celui qui dit qu'on arrête d'attendre et de compter sur tout le monde et qu'on va bouger.. celui qui devient incontrôlable parce que hors
système. C'est peut-être par là qu'il vous faudra passer pour que "ça" change.



Harry Callahan 23/09/2011 15:18


Ce sont les patrouilleurs Sarkozy et Guéant qui font du chiffre.....


naguima 23/09/2011 13:50


Bonjour et Merci pour cet article rendant hommage aux policiers qui font leur travail dans les conditions très difficiles, sans considération aucune.
Depuis ce matin, je cherche à m'exprimer à ce sujet, seul votre site en parle.Certains journaux gratuits parlent "pudiquement" des suicides pour des raisons personnelles.
On prend la majorité des gens pour des imbéciles. Nous savons très bien les raisons de ces drames presque chacun ayant subi au travail les conditions inhumaines, politisées, les collègues apeurés
n'osant rien dire.

Toutes mes condoléances aux familles et merci, GRAND MERCI A VOUS d'avoir osé en parler et en expliquer des raisons.


Oscar 23/09/2011 13:03


Ce qu'il y a de pratique avec l'administration est qu'ils ont des formulaires d'enquête préremplis pour expliquer ces suicides. On gagne du temps, on optimise...


Alain. 23/09/2011 12:02


Quitte à choquer...Je ne suis pas extralucide,mais je pense que la Police entre dans une période très favorable,si tant est que son problème soit, le manque d'effectifs,les moyens et la
rémunération.
En effet,la période qui arrive, sera à n'en pas douter,agitée(chômage,pouvoir d'achat,impôts ,retaites,etc...)les élections ne règleront rien, et tous les pouvoirs, qu'ils soient de droite, de
gauche, d'extrême droite, d'extrême gauche, ont un besoin vital de leur police, dernier rempart avant l'armée et le K O final.
C'est dans ces périodes que la police obtient tout ce qu'elle demande . Et là ce sont les syndicats qui freinent, pour justifier leur présence future.(ex. 1968).
Je présente mes condoléances aux familles et amis des collègues disparus.


Marc Louboutin 23/09/2011 11:46


Réponse argumentée de ce matin à une journaliste qui trouvait notre message commun, avec Bénédicte, "agressif"et qui argumentait en disant qu'avant de mettre le côté professionnel en avant sur les
suicides de policiers d'hier, il fallait une enquête préalable :

"Madame,

Réponse rapide.

L'analyse des causes d'un suicide réussi est par essence un exercice difficile, les policiers le savent bien, les enquêtes systématiques sur ce genre de décès sont de leur domaine. Il n'y a jamais
de "cause unique" mais toujours une conjonction de facteurs, quels qu'ils soient.

Le taux de suicides dans la police, qui représente malgré les tentatives récurrentes de certains journalistes d'argumenter de manière à dire "finalement il n'est pas plus élevé que dans d'autres
catégories "socio-professionnelles", est une préoccupation causale majeure entre métier et bilan mortifère, qui est amoindrie, ou niée, depuis près de vingt ans.

Il est difficile de ne pas le constater, et la moindre des honnêtetés serait tout de même de le reconnaitre comme postulat de départ.

Ensuite, l'exemple de la policière de Cagnes sur Mer, s'il est un cas flagrant de lien professionnel, a été exploité, vous le savez aussi bien que nous, par une partie de la presse parce que ce fut
un levier indirect de dénonciation de la politique du chiffre. La démarche sous-jacente est alors politique, ce n'est pas notre combat.

Pour les autres, votre réserve l'illustre, vous vous attachez à la démonstration de l'acte et non à la fois à la typologie professionnelle et à la multiplicité des usures dans lesquelles nous
trouverons forcément un environnement professionnel d'un particularisme méconnu (pour ne pas dire ignoré) de la plupart des journalistes.

Les policiers, évidemment, peuvent avoir des soucis personnels comme tout un chacun. Ils ne sont ni exemptés de problème de couple, ni d'endettement, ni de failles particulières. Pourtant autant
les situations de stress et/ou d'usure qui s'y rajoutent naturellement de par leur fonction (pour les actifs) représentent d'évidence une pression supplémentaire et c'est bien de ce phénomène que
nous parlons, il est ancien et cela fait tout de même des années que nous travaillons, Bénédicte et moi-même sur le sujet, loin il est vrai des sphères administratives et/ou médiatiques et encore
moins des dits "experts". Mais que connaissent (ou imaginent avec pertinence) ces catégories autorisées du concret d'un vécu quotidien de "flic" ? Rien ou pas grand-chose, et cela avec
application.

Posez vous les vraies questions, lisez les ouvrages sur la réalité de ce métier, les bons abordent tous le thème du suicide (je ne parle évidemment pas des œuvres hagiographiques de forcément
"flics de choc" (c'est un autre sujet...;-)) et vous comprendrez sans doute quelles peuvent être les contraintes psychologiques de l'exercice d'un tel métier, et sans doute plus encore à l'heure
actuelle.

Cet été nous avons eu le droit (et c'était légitime) à une volée de reportages sur les structures d'accueil post-traumatiques pour les militaires revenant de théâtres extérieurs d'opérations. Le
parallèle peut sembler osé, mais à l'argument prévisible de l'intensité des trauma en zones de conflits, il faut prendre en compte la courte durée de l'exposition (quelques mois). Si les policiers,
loin s'en faut, ne vivent pas tous des stress d'une telle intensité (en notant qu'une intervention sur un vol à main armée ou une fusillade peut être aussi traumatisante qu'une embuscade), ils sont
exposés (pour les policiers de terrain) quasiment toute une carrière au fameux état de stress post-traumatique, (ESPT) que l'on a bien tort de ne voir que sous les uniformes kakis. Tout simplement
parce que de manière moins spectaculaire sans doute, ils font partie des rares à affronter de plein fouet l'ensemble des échecs de la société, que cela aille de situations sociales ou familiales
dont vous n'avez qu'une idée abstraite, d'une violence, constatée ou à leur encontre, qui là aussi sans doute vous échappe (A un journaliste de Radio Nova qui me taquinait au sujet des "bavures"
j'ai posé la question de son niveau de vécu de situations de violence réelle, il a bien franchement avoué qu'elle était nulle) et également à toutes les formes de décès possibles. C'est donc sur ce
dernier point une profession, et c'est important de le comprendre quand on aborde le sujet des suicides, pour laquelle il y a également, au delà des traumatismes de constations morbides, par la
répétition, une désacralisation de la mort, et également des suicides, ce qui n'est pas un moindre facteur dans la banalisation du passage à l'acte (de plus facilité par la disposition d'un moyen
létal efficace; l'arme de service)

A cela se rajoute, comme dans d'autres administrations, la pression quotidienne de l'obligation de production de chiffres que tout le monde connaît et dont l'absurdité devient de plus en plus
prégnante (en oubliant qu'elle est née avec la mise en place de la Police de Proximité, sous la gauche, même si depuis elle est devenue un dogme unique). A une population professionnelle exposée à
de multiples traumatismes inconnus des autres catégorie socio-professionnelles s'ajoute donc un management de type industriel, dont les seuls effets ont été identifiés lors des enquêtes sur ceux de
France Télécom ou Renault pour ne parler que de ces études. (Vous me direz que les pompiers aussi sont exposés. La différence est que leurs interventions sont quasiment toujours dans une démarche
positive de sauvetage qui s'arrête le plus souvent avec les constatations de décès et d'abandon donc, de leurs missions. Les policiers, eux, sont au contraire dans une démarche de constatations
d'échec. Là où des pompiers vont intervenir une heure pour tenter de sauver un accidenté de la route, l'équipe de policiers chargée des constatations va travailler des heures sur une carcasse
ensanglantée de véhicule (avec ou sans cadavres) et sur une autopsie, annoncer le décès à la famille, ect ect...

Quant à l'analyse se bornant à la partie émergente du suicide, elle risque tout bonnement d'être fausse car le plus souvent incomplète.

Je vais vous donner deux exemples : un de mes anciens collègues, enquêteur, s'est tiré une balle dans la tête devant sa femme l’accusant d'adultère et lui annonçant que vu ses absences répétées et
ses retours nocturnes elle quittait le domicile conjugal avec leurs deux enfants. Un autre, mon meilleur ami, s'est tiré une balle dans le cœur après un différent violent avec son épouse.

Dans les deux cas, l'administration c'est empressée de communiquer sur des causes personnelles évidentes.

Le premier était un des fers de lance d'un groupe d'enquêtes judiciaires et notre activité à l'époque ne connaissait pas d'horaires de bureau puisque calquée sur l'activité délinquante et
criminelle le plus souvent nocturne (cela m'a couté mon premier divorce), sa femme ne pouvant croire qu'un emploi administratif entraine une telle débauche horaire, tombée dans une suspicion qui
s'est avérée injustifiée (le soir du suicide il rentrait, épuisé, d'une surveillance nocturne sur des braqueurs de poids-lourds que nous menions depuis des nuits), le deuxième, ancien élément des
plus brillants de la BRI venait de faire l'objet de deux procédures disciplinaires particulièrement "mitonnées" selon le terme exact de son responsable syndical national dans un courrier de révolte
au Ministre de l'Intérieur en poste à l'époque.

Vous le voyez, de la cause "personnelle" aux possibilités d'un "trop plein" professionnel, l'analyse, si elle reste superficielle, oublie souvent l'essentiel.

Difficile, dès lors, de faire une enquête journalistique (ou administrative, ce sont souvent les mêmes...;-) en occultant la réalité des multiples pressions et stress de la réalité du métier de
policier. Je vous invite à lire les deux ouvrages de Bénédicte et mon dernier livre (Mon premier, interdit de fait, et pour le moment introuvable avant ré-édition dans les mois qui viennent, en
ayant récupéré les droits après deux ans de querelles avec mon précédent éditeur). Cela vous donnera sans doute un éclairage (nécessaire) pour mieux comprendre les contraintes de l'exercice de ce
métier, même si cela n'est pas très utile en tout dans une démarche qui serait politiquement partisane. Là encore, ce n'est pas le sens de notre engagement.

Bien à vous.

Marc Louboutin"


bénédicte desforges 23/09/2011 14:45



Elle est parfaite ta réponse...



eczistenz 23/09/2011 10:51


C'est dramatique, qu'un métier aussi important pour la vie en société, certainement de plus en plus dur puisque vous vous prenez dans la gueule toutes les horreurs générées par ce monde qui marche
sur la tête... La video issue d'une caméra cachée sortie récemment met aussi sur le devant de la scène, au-delà des "conditions concrète de travail" de la police, toute l'absurdité du "management"
actuel. Finalement, à part la "vocation", ce que porte en eux les flics qui y croient, quel soutien institutionnel ? Aucun.
Mais pourquoi en appeler aux journalistes et politiques ? Qui d'autre que vous pourra mettre les pieds dans le plat ? Si des collègues sont capables de se mobiliser pour un quart de rouge, vous
pourriez tout aussi bien vous mobiliser pour des causes plus graves...


Tuco 23/09/2011 09:17


Une fois de plus, même devant ce cas extrême de plusieurs collègues un même jour, le bon vieux réflexe est de sortie : "C'est un drame d'origine personnel !..." Alors bien évidemment qu'il s'agira
toujours d'un drame d'origine personnel mais comment peut-on invoquer cet argument, sans le moindre élément d'explication, pour se dédouaner de la sorte ?...
Oui il y en a marre...
Marre de ce mépris, de ces fausses marques de respect, qui enlèvent aux familles toute possibilité de compréhension, dans des drames déjà terriblement culpabilisant pour ceux qui restent ! Comment
ne pas se dire qu'on a raté quelque chose ? Comment ne pas s'en vouloir de n'avoir rien vu venir ?...
Le message de soutien aux familles de notre hiérarchie ? "C'est pas nous !" Sous entendu pour l’entourage, ça doit donc être vous... "
Ce n'est pas d'aujourd'hui...
Je me rappelle, la série noire de 2001, avant le Plessis Trevise qui avait mis le feu aux poudres. Au mois de juin de cette année particulière pour la Police, 5 collègues étaient mort en service
depuis le début de l'année... Il nous avait fallu apostropher notre Ministre de l'époque sur le fait qu'il avait fait 5 fois le même discours. Une lettre type, changeant juste le nom de la victime
et sa veuve et des orphelins lue dans la cour de 5 hôtel de Police...
Plus récemment, j'interpellais moi même notre ministre de l'époque, aujourd'hui Président, sur ce qu'il venait de dire à une assemblée de syndicalistes de tout bord et de tout grade à propos des
suicides de Policiers, considérant que s'il y avait plus de suicides dans la Police que dans d'autres professions (36% de plus tout de même selon l'INSERM... ) c'était, de son point vue,
exclusivement du au fait de l'arme.
M'inscrivant aussitôt en faux, lui demandant de régler le problème en nous désarmant si le problème était aussi simpliste (j'aurai pas du ce jour là)...
Je lui développais quelques arguments me venant rapidement à l'esprit et que, personnellement je trouvais que les horaires décalées, se trouver loin de sa famille parfois, avoir des problèmes
d'argent, la pression hiérarchique, le stress du boulot faisaient que, peut être, il en fallait moins à d'autres pour se suicider... Fâché il nous rétorqua à quelque chose près " Vous n'avez pas un
métier plus stressant que d'autres, il y a des métiers plus stressant que le vôtre...Prenez en exemple......Les caissières !"
Je me souviens encore, comme si c'était hier, de cette comparaison et du silence accablant d'une assemblée qui n'y trouva rien à redire... M. le Ministre de l'époque avait parfaitement résumé par
cette seule comparaison toute l'estime qu'il avait pour les Policiers et pour le métier qu'on est donc pas prêt de voir reconnaître comme difficile...
Alors perso je ne doute pas du fait qu'être caissière soit stressant, mais cette comparaison reste pour moi un grand traumatisme, tellement elle était péjorative dans un débat sur les suicides dans
la Police...
Voilà, hier encore nous avons bien entendu le Ministre botter en touche un éventuel début de commencement de réflexion en interne sur les causes du suicide dans la Police... Ne rêvons pas, la
réponse est toute trouvée... La faute revient à celui qui passe à l'acte et à son entourage...
Belle leçon de soutien, superbe démonstration de considération pour ceux qui, quotidiennement, risquent leurs vies pour les statistiques de leurs Patrons et pour la carrière politique des
autres...
Nos collègues n'ont pas la science de leur malheur, le malheur des uns faisant les bonheur des autres...
Personnellement ça fait longtemps que j'ai compris... Ca fait longtemps que j'ai levé le pied. Au train où ça va, avec la réduction de la dette, la RGPP, la baisse des budgets, ils feront payer la
balle à la famille... Après tout, il s'agit d'un drame personnel, notre métier et notre administration n'ayant rien à voir là dedans, pourquoi elle en subirait l'impact économique ?


Incognitototo 23/09/2011 02:09


Je comprends bien que cela soit intolérable, mais quand même il ne faut pas se tromper "d'ennemi"... Les chômeurs continuent à se suicider largement plus que toutes les catégories
socio-professionnelles réunies et d'autres catégories également beaucoup plus que les policiers
(http://www.invs.sante.fr/publications/2010/suicide_activite_professionnelle_france/rapport_suicide_activite_professionnelle_france.pdf)...

Il ne s'agit pas pour moi, de faire un concours de victimisation, chaque victime est une de trop, juste de rappeler que les réalités sociales sont terribles pour beaucoup.

Quel gâchis que tous ces humains, conduits au désespoir, se trompent d'objet de colère.


Booh 22/09/2011 22:27


Réaction immédiate de votre ancien ministre de tutelle (2009-11) : “Quand y’en a un, ça va, c’est quand y’en a plusieurs qu’il y a des problèmes”.

Saint-Pierre pour sa part, aurait déclaré en consultant son calendrier céleste : 22, v'là quat' flics !

Pardonnez cet humour douteux, c'est pour mieux masquer l'amertume. Il a fallu cette synchronisation tragique pour que la France se rende compte qu'il n'y a pas qu'à France Télécom ou chez Renault
que ça arrive. Que le malaise et le mal-être sont profonds dans vos rangs. Et le pire, c'est que ça ne changera rien, que le monde politique se servira des vivants et des morts pour justifier leurs
abus, que la presse s'en servira pour justifier ses postures, que le quotidien sera toujours aussi dur pour les porteurs d'uniformes qui arpenteront les rues demain.

Honneur et respect à la mémoire des 4 suicidés du jour, et à la foule de leurs prédécesseurs.


opera 22/09/2011 21:43


Je connais bien le problème. Flic et femme de flic. En avril dernier, notre vie a basculé. Mon époux a "fait une tentative". Seulement une tentative me direz-vous. Ouais, c'est vrai. Vouloir tout
arrêter, laisser 3 gosses, c'est quand même grave. 6 mois d'arrêt de travail, tout le monde savait que ça n'allait pas, à commencer par la hiérachie RESPONSABLE des faits. Quant aux syndicats, je
les ai alerté...sans réponse, sauf un "bah alors, t'as fait le con ?" sur le répondeur de mon mari le lendemain de son admission aux urgences.
Je ne sais pas quoi dire quand je lis ces articles. Je suis touchée, triste, écoeurée, dégoûtée. Je pense à leurs proches. Ils doivent se sentir seuls, tellement seuls au milieu de cette "grande
famille"...


sarah 22/09/2011 21:08


Qu'ils reposent tous en paix....
Pensées pour ceux qui restent.....


Martin 22/09/2011 20:45


Bonjour
Je comprend la douleur de policier, je comprend aussi et me mets dans la peau de la famille étant père de famille. J ai des amie qui essaye de ce reprocher par tous les moyens de leur proche de
leur famille, mais malheureusement pour eux, ils n arrivent plus a supporter la pression de la hiérarchie, de la nouvelle ville, je pense qui faut, leur accorder leur mutation au bout de 3 ans maxi
d années attribuer dans les villes de France est enfin les laisser et leur accorder une mutation vers leur proche.


Floup 22/09/2011 20:20


Triste ironie que ce jeudi noir survenu un 22.
A quand un moratoire, une reconnaissance réelle face à un problème qui n'est plus simplement le notre, mais celui de toute une société.
Quand une Police va mal, cela ne peut être que le reflet également de tout un système qui s'écroule, à l'instar de la bourse...
Le pire c'est que le "phénomène" n'est pas prêt de s'enrayer, tant qu'il n'y aura pas de prise de conscience de nos dirigeants et une réelle remise en cause de leur politique actuelle, cela quand
bien même le "phénomène" n'est en soit pas nouveau.
Je suis intimement convaincu qu'il tend inexorablement à s'étendre, sans compter tous ceux qui par lâcheté ou courage selon, ne passent pas, ou pas encore à l'acte, en se mettant "simplement" en
arrêt pour dépression ou pire se murent dans le silence...
Tout ceci est finalement fort logique et cohérent quand des hommes et des femmes se retrouvent face à l'incompréhension constante et grandissante de leur hiérarchie, qui en demande toujours plus,
avec de moins en moins de reconnaissance, mais aussi en raison de l'incompréhension grandissante dans les propres familles et proches des garants de la paix, qui en voulant la défendre perdre la
leur, intérieure.
Merci pour vos mots Madame Desforges, votre engagement, constant, à nos cotés, depuis toujours, et cela même au détriment de vos propres intérêts personnels et surtout professionnels...
Une énorme pensée pour ces quatre vies injustement brisées, ainsi que l'épouse de l'une d'elle, ainsi que leurs familles, proches, et collègues.
Et une pensée particulière pour toi Frédo, qui nous a quitté prématurément un matin de Janvier cette année, sans même dire au revoir, sans même savoir que tu n'étais pas seul.


liepascal 22/09/2011 20:13


Bel article. Pensons à leurs familles, amis et collègues. Pensons à eux car qui d'autre hormis nous pensera que la mort d'un flic n'est pas banale. Quelque soit les raisons de leur geste essayons
de les comprendre et de pardonner à nos collègues leur geste de désespoir.