Mouiller, baiser, se faire tuer... ou tout l'art de la douche.

23 Avril 2008


  La douche de cinéma, c’est une institution. J’ai vu trois films consécutivement où il y avait une scène de douche, c’est presque devenu incontournable dans un long métrage. 

  La douche de cinéma fait partie des clichés redondants supposés traduire une ambiance ou l’état d’esprit d’un personnage, annoncer la scène qui suivra, remplir d’eau tiède un temps mort, et parfois provoquer des soupirs de lassitude. À force de voir des douches au cinéma, on en finirait par y aller avec un savon et une serviette pour sécher le comédien, histoire qu’il passe vite à autre chose.

  Oh bien sûr, ce n’est pas le seul cliché prévisible. Au hasard, on peut aussi citer les scènes d’ascenseur, l'ascenseur historique, l'ascenseur absolu et originel du cinéma, le meilleur, reste celui qui menait à l’échafaud. Ou encore les scènes de de parking ou de ruelles désertes, pareillement propices aux ambiances de grande solitude, aux meurtres, aux regards angoissés, aux pas qui se pressent à grand renfort de bruitage de talons affolés, ou plus joyeusement aux roulages de pelle. Je vous épargne les scènes de coucher de soleil, rarement associées au crime - sauf au Japon où le savoir-vivre et le savoir-mourir ont encore de la gueule - mais le plus souvent placées juste avant le générique de fin sur fond de happy end. 

  Mais revenons un peu sous la douche.

  La douche au cinéma, c’est trois fonctions essentielles. Se mouiller, baiser, se faire tuer. 
Vous remarquerez que je ne mentionne pas qu’on puisse s’y laver, parce que c’est finalement assez rare. Le gel douche n’est pas une plus-value à la mise en scène, et le shampoing n’est pas compatible avec l'arc psychodramatique de base. Un personnage de cinéma ne se lave donc pas, il se mouille. Et pas n’importe comment. Il se mouille avec style, et sa douche délivre un message essentiel. 

  C’est par exemple le cas du héros épuisé - flic ou voyou, on va dire - que l’eau va laver des turpitudes et miasmes de la vie, le métier, la traque, tout ça quoi. Le voilà nu et vulnérable sous l’eau rédemptrice, pour que le spectateur comprenne qu’il n’est qu’un homme simple comme toi et moi, qui n’a jamais de problèmes de tuyau de douche à la con qui fait des plis, puisque chez lui il y a un splendide pommeau de douche en aluminium hors de prix, pas comme chez toi et moi. La caméra s’attarde sur l’eau qui jaillit et dégouline sur les muscles blindés d’acide lactique du pauvre héros éreinté qui a failli mouru dix-sept fois dans la même journée. Il a la tête basse, et son profil est magnifiquement mis en valeur sous la vapeur que dégage son corps ruisselant, tel un destrier fourbu qui attend le coup de grâce. 

  En général, ça veut dire qu’il vient de faire quelque chose de terrible. Genre, arrêter une météorite géante avec ses petites mains avant impact sur le siège social de Gaumont-production-distribution bientôt cotée au CAC40, tuer trois ou quatre truands recherchés depuis vingt ans par Interpol et paf ! c’est lui qui l’a pécho et pas Bruce Willis, ou interpeller Ben Laden dans un hammam de Barbès. Pas du bidon, du lourd quoi. Donc il se mouille pour oublier qu’il est mortel. Et souvent c’est là que sa femme arrive.
« Chéri ? Mais tu n’as plus de gel douche ? »

  Et là, on passe avec bonheur à l’usage numéro deux de la douche au cinéma. Il l’enlace fougueusement pour se prouver qu’il est en vie, l’embrasse et la baise sous l’eau pour ne pas avoir à répondre de l’absence de la savonnette, et de la mention "héros crasseux" inscrite dans le script. Et il lui dit un truc du style « Non, tu ne pourrais pas comprendre, tu découvrirais alors l’homme que je suis vraiment. » Alors, sous le charme de cette terrible réplique à haut pouvoir érogène, elle oublie de se déshabiller. Parce que s’il y a bien une constante des scènes de baise sous la douche au cinéma, c’est que l’un des deux protagonistes reste habillé. À ce jour, aucun scénariste n’a su résister à l’effet T-shirt mouillé… C’est incroyablement bandant et traduit à merveille le sentiment d’urgence de l’accouplement du héros avec sa femelle. De l’amour insensé au viol bestial, il faut bien reconnaître que l’eau qui coule sur deux corps en train de se secouer sur grand écran, c’est du meilleur effet, ça le fait vraiment.

  Donc, pour que ça cesse, il reste le dernier cliché de la douche cinématographique : le meurtre. Si Hitchcock n’avait pas existé, qui l’aurait inventé ? La douche, c’est le décor idéal de la scène de crime. La victime est seule, environnée de bruits et de vapeur d’eau.
  Dans ce cas de figure, elle peut se mouiller, se laver, faire de la mousse, chanter, etc. L’insouciance de la victime imminente tranchera avec maestria sur l’image de l’assassin approchant avec sa lame à la main. Ou son arme à la main si la production peut raquer pour un R supplémentaire. À peine un cri et le tour est joué. La victime dont les mains laissent des traînées de sang très photogéniques sur le plastique du rideau de douche, meurt en faisant des bulles de savon rougeâtres par la bouche, par le nez et par les blessures infligées par le méchant. Pendant ce temps, la douche continue de couler, ce qui tombe bien parce que l’ADN est soluble dans l’eau, et se barre dans le siphon avec toutes les autres traces et indices, en un gracieux tourbillon. Le petit plus de ce type de contexte meurtrier, est que le rideau de douche a des dimensions convenables pour emballer le cadavre, si toutefois l’assassin veut emporter un souvenir.

Et pourquoi je vous dis tout ça, moi ? 
Parce que très prochainement sur cet excellent blog, vous pourrez lire ma critique d’un film policier qui justement présente une scène de douche particulièrement grotesque. Comme les autres scènes, d’ailleurs. Et comme je suis très gentille (contrairement à ce que prétend la rumeur) je m’en vais vous conter ce film pour vous éviter d’aller le voir.
Que ne ferais-je pour toi, public chéri.

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A
Je visite ce blog rubrique après rubrique.
Là j'ai attaqué la rubrique ciné (logique j'y pose un commentaire).
Bref je tiens à remercier l'auteur, pour ce décryptage des scènes de douche. Qui m'a bien fait rire et ce qui m'a voulu des regards étranges de la part de mes collègues de boulot !
Je suis en train de tomber amoureux de ce blog ! moi qui déteste les blogs !!
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L


Merci Amon. Contente que ça te plaise.
Moi non plus je n'aime pas les blogs.. le plus souvent, un énorme courant d'air..



D
Ah, quel con : j'avais pas vu que c'était un ancien billet ! C'est d'la faute à Georges, pas taper...
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L


Georges a perdu le sens de l'orientation, il n'indique plus le Nord.



D
Tiens ! Nicolas II est de retour ! Ça va, toi, comme gars ?
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L


Non, il n'est jamais revenu.
Il s'est tiré du jour au lendemain pour passer un CAP d'évêque, et pfiouut disparu.
Le vin de messe a dû avoir raison de sa raison.



D
Mais comment il peut faire des bulles de savon rougeâtres, puisqu'il n'a fait que se mouiller et qu'il N'AVAIT PAS de savon, votre macchabée ?

Y a un défaut de scénar, là...

iPidigoux qu'est des Orfèvres
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L


Mouhahaha !
Y'a pas que le savon qui fait des bulles ! Un macchabée qui a eu les poumons perforés fait aussi des bulles. Vous voulez une photo ou quoi ?
°
°
°
° 
J
Moi aussi j'écoute des symphonies de Mahler dans mon bain !

Ça alors, ça doit vouloir dire quelque chose…
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L


Pour moi Mahler, c'est Mort à Venise.
Mais Mahler dans un bain, c'est presque un appel au suicide par noyade.



J
Bonjour !

J'essaie en vain de cliquer sur l'excellent blog, mais il ne se passe rien, il devient rouge, c'est tout.

Merci de bien vouloir m'expliquer comment on va sur cet excellent blog.

Sincèrement bloguamment vôtre,

Jérôme, prof de sieste gardoise et de pétanque en T-shirt mouillé.
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L


Bijour Jéronimo,
L'excellent(issime) blog se situe dans un pop-up, il faut donc les autoriser. Demandez ça à Renard de Feu, il a la tactique.
Pour voir le T-shirt mouillé, je pourrais bien monter dans le premier TGV. Gaffe.



G
Qu'est-ce que tu écris bien Bénédicte, et je ne parle pas de ta note précédente qui m'a laissé sur le cul.

Sinon tu m'as bien fait rire avec le "mugay" que tu viens d'offrir à Laurent, toujours le mot qu'il faut.

Et puis aussi merci de m'avoir rajouté dans tes liens, là je suis honoré.

Bon, il faut que j'aille voir si je suis un "connard prétentieux" ou pas.
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L


Merci GreG ! Et de rien pour le lien, tes photos sont à tomber à la renverse. Autant le faire savoir :o)
Pour le mugay de Laurent, tu sais, depuis ce jour, je ne recule plus devant quoique ce soit :D
Bon, je vais voir ce que tu fais au test...



J
Pationnant votre blog que je redécouvre de telmps en temps.
Bien amicalement
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L


Merci Jean-Marc :o)



J
Je confirme (pour le décolleté de Dom). A côté de ça, jresemble à un fax...
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L


Rôôôôô... vazy Petra, arrête de faire ta mijaurée, t'es bien mieux qu'un fax ! A Romans, tous les blogueurs influents ne voyaient que toi :D



N
Pour la douche, j'en ai déjà pris une ce matin. Donc, pour aujourd'hui c'est râpe. Mais, bon, je vais bien réfléchir à tout cela. Ok ?
(Concernant Dom : elle veut faire du lancer de nain avec moi, mais refuse de participer à un concours de t-shirt mouillé, va savoir pourquoi...)
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L


Elle est mauvaise joueuse que veux-tu. Mais bon, entre nous je peux te dire qu'elle a le plus beau 95B de toute la Loire Atlantique. Ca t'en bouche un coin, hein ?



D
>> Mélina :
Un énorme et unique noeud au dessus de la tête :

cela s'appelle un casque Hello Kitty et ça coûte un bras.
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L


Arrête de troller Mélina, c'est un élu du peuple.



D
Cherche pas t'y es.



Mouah ah ah .
Je pleure.


Bon, et Nicolas, tu peux VRAIMENT oublier les tee shirts blancs.
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L


Ca fait deux fois que tu pleures aujourd'hui, ton rimmel est waterplouf ?
Et c'est quoi cette histoire de t-shirt blanc ?
Tiens, tu te souviens du t-shirt blanc de Marlon Brando dans Un Tramway nommé Désir ? :p



N
Bah comme d'hab' : keutch !
(pourtant le mobile il fonctionne bien : il est tout neuf et j'ai un forfait qui coûte bonbon, j'comprends pas !)
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L


O_o


On s'téléphone, on s'prend une douche ?



N
Merci pour le passage.
A bientôt j'espère

PS Je ne regarde que les films avec un passage de douche : le Corniaud, le Cerveau, etc.
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L


J’aime beaucoup ce que vous faites.




Et sinon, vous faites quoi samedi soir ?



G
Que pourrait faire un réalisateur pour inverser les codes de la douche ici magistralement décryptés ?
Pour ce qui est de l'ambiance nuiteuse-parking-chat qui miaule- musique vavavoum ça fait peur, se rappeler que Hitchcock a tourné LA scène de l'avion qui poursuit Cary Grant dans le désert en inversant exprès tous les codes par toi évoqués : il y fait grand jour, il n'y a aucun recoin, pas de musique, on attend, il ne se passe pas grand chose pendant un bon moment, mais on obtient le même effet. Une scène d'anthologie !
Pour la douche comme les autres clichés, on attend de voir (pour mémoire : les draps s'enroulent naturellement autour des corps nus, jamais rien ne s'empêtre mais comment font-ils; à la première scène de zizipanpan l'introït est immédiat et sans aide manuelle jamais au grand jamais et en plus elle jouit à chaque fois c'est magique ; un chauffeur de taxi ne rend pas la monnaie, trop long coco ; et j'en passe).
Merci pour ta chronique.
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L


Merci Gabian. Bien vue aussi, ton observation des clichés. On devrait en faire un listing tiens, au moins pour les films policiers. Et on arriverait au nanar absolu :o)



N
Et dans les films, la pomme de la douche doit impérativement être fixe (= fixée au mur). C'est pour faire plus glam.
(Je suis arrivé ici, suite à l'effet subliminal d'un comm laissé chez les Ménagères)
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L


Hé hé.. monsieur est un connaisseur ! Bien sûr, fixation dans le mur genre douche de piscine, ça laisse les mains libres pour se mouiller, baiser ou se faire tuer.



K
C'est moins drôle, mais c'est le décryptage de la fin de la scène de la douche de "Psychose" opéré par mes p'tits doigts, même que ça s'appelle "L'oeil de la spirale du vertige de la douche de la mort qui tue" et c'est par là (si ce machin accepte les liens à rallonge) :
http://laboiteaimages.hautetfort.com/archive/2007/09/05/l-%C5%93il-de-la-spirale-du-vertige-de-la-douche-de-la-mort-qui-t.html
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L


Je le remets là pour le clic
C'est génial l'analyse de la spirale. Et le spirographe ! j'ai toujours le mien, ça fait des années ! :o)



J
Et les bains, ah les bains... La nana bien brushée qui étire langoureusement son mollet parfaitement épilé au-dessus d'un nuage de mousse, ahlala... tout un art...
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L


Oui ben quoi Petra ? C'est tout à fait moi ce que tu décris.
Non je blague. Je suis flic, donc je prends un air désespéré sous la flotte en écoutant une symphonie de Mahler :D



N
C'est trop marrant de vérité cette analyse. Que je partage sans conteste... Un très bon détricoté. J'adore ce pommeau impayable, anti-calcaire et sans entretien qui nous laisse toute liberté d'action dans la vie.
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L


Coucou Paulo ! Oui, la liberté de ne pas se laver c'est trop cool ! J'adhère !



M
J'aime bien aussi quand la douche se fait entièrement au savon, très sportivement, on se savonne le dessous de bras, on fait bien mousser et on fait remonter la mousse sur la tignasse.
Mais là où c'est du CI-Né-MA, c'est que la tignasse, elle reste souple et soyeuse dans le film, pas comme chez nous où après le savon, c'est de la paille incoiffable, un énorme et unique noeud sur le sommet du crâne, qui te donne envie de hurler devant la glace et de tuer.
Des bizettes.
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L


Trop fort ça, le coup de la nana qui a des noeuds dans les cheveux, et qui du coup pète un plomb et devient céréales killer pour se venger. Les producteurs devraient s'inspirer sur les blogs sans
dec, on se ferait peut-être moins chier au cinéma à mater des scénarii (hi hi) pour débiles mentaux.
Des bizoux.