Ton écriture

17 Avril 2008

  Ton écriture ressemble à une femme endimanchée et trop maquillée. Elle se croit belle, virgule après virgule, et entre points qui s’exclament ou s’interrogent en battant des cils, elle se persuade de sa séduction.
Elle se tortille et s’étale à coups de mots précieux et étudiés. Elle se couvre de bijoux d’une rhétorique de toc, ignorant la distinction du mot solitaire. Elle se croit riche et pourvue, mais à la lumière du sens, elle n’est que verbeuse et fardée de synonymes.
Elle voudrait sans doute avoir la grâce d’une madone, mais elle ne raconte que la coquetterie d’une syntaxe pucelle, aguicheuse et bavarde.

  Ton écriture pense que l’habit fait la phrase, mais elle ignore encore que nue, une gueuse peut être belle.
À l’heure de la plume pubère qui jouit de l’étreinte des textes autres, et du hasard des proses, ton écriture déjà esclave d’un sujet roi, du sujet toi, n’a pas voulu se laisser baiser par Lagarde et Michard, elle a fait le choix de la conjugaison atrophiée et de la stérilité. Elle aurait pu être grosse, métissée de mots millénaires, mais branlant son ambition contre l’enceinte d’une inspiration à la première personne, elle s’est trouvée obèse de lettres asservies à ta majuscule.

  Si ton écriture était un métier, à l’enchère du vocabulaire, elle serait commerçante et vendrait de l’assurance d’émotions primaires et d’images grossières. Elle cèderait au chaland l’objet direct de bons sentiments faciles, pétris à la crasse de ton nombril.

  Ton écriture, c’est ta danseuse, ta prétention qui ne servira pas tes prétentions. C’est ton miroir muet des mots menteurs. L’écrit exhibé quand à l’oral on implorerait le bâillon. La forme délétère qui jamais ne touche le fond.

  Ton écriture, c’est de la merde bien emballée.

Bénédicte Desforges

#ailleurs...

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Σ
Jub ! Jub !

Peut importe l'emballage ! c'est bien le caca qui importe.
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P
J'en connais plein à qui cette lettre pourrait être adressée. Hmmm, ça fait du bien.
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L


Oui, mais ils ne se reconnaîtront pas. Mais puisque (a priori) l'écriture est faite pour être lue...



V
C’est vrai que c’est une méchante note. Mais elle est aussi drôlement bonne.
Il ne nous reste plus, modestes scribouillards, qu’à éviter le piège du « faire joli » et ne rester que dans l’étroit sentier qui « fait du sens ». Plus facile à écrire qu’à mettre en œuvre…
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L


Le truc - de mon humble avis - c'est de ne pas se regarder écrire. Comme je disais plus haut, je crois que l'écriture masturbatoire ne peut pas donner du plaisir au lecteur très longtemps.
Mais ce n'est pas au libertin que vous êtes que je vais expliquer ça :o)



J
C'est - hélas - vrai de nombreux "auteurs". Mais c'est aussi la rançon du succès d'Internet : chacun peut publier ces textes, ce qui ne signifie pas que chacun a du talent. Le danger, ce sont ceux qui ne le reconnaissent pas. Qui confondent profondeur et lourdeur, et croient gommer l'absence de style en alignant des mots pompeux dont ils ne maîtrisent pas le sens. Mais tu l'as très bien dit dans ta note, et avec assez d'humour et de style pour que le message passe ;-) A bon entendeur...
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L


Merci Jessica. C'est certain qu'internet galvanise ce genre de chose. Et si tu rajoutes des images pour l'ambiance, des commentateurs flatteurs pour la claque, et que tu bidouilles du classement
pour laisser penser que tu joues à guichets fermés, tu peux très vite t'y croire ;)



G
Je réponds trop en retard mais bon c'est que d'aujourd'hui que j'ai vacances. Les algèbres c'est pas de moi, c'est d'un grand monsieur qui se la pétait à donf jusqu'à ses brouillons mêmes mais sauf que par rapport à plein d'autres lui il avait de sacrées bonnes raisons de le faire. J'aurais dû mettre des guillemets. Tiens d'ailleurs je vais voir aussitôt si ça passe :
"des virgules, sinon rien." j'en veux bien (et j'accepte volontiers le conseil préalable). :-)
Orgie, oui. :-)
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L


Non non, c'est de toi. J'ai cherché les algèbres fucking in the heaven dans googueule, et je retombe sur ton commentaire. Donc c'est de toi et voilà. Tu peux grave te la péter maintenant.
@ dans qlq jours Gilda ! :o)



L
On s'interroge un peu, puis on se laisse prendre aux accents de ta plume... Du bout de ton fleuret bien aiguisé, le Z balafre les scribouilles égotiques. Sa pointe dévoile le verbe squelettique sous la fourrure et les bas résilles, déchire les toiles tissées en guépières douteuses... Avec toi, l'acerbe est beau (ça donne envie d'en faire une contrepèterie mais je m'abstiens)
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L


Merci Lita. C'est vrai qu'en mode napalm, ça aurait été moins joli à regarder qu'une égratignure au fleuret. On préfèrera voir s'épuiser ces écritures, et s'asphyxier les inspirations, sous la
chape du narcissisme.
Plus c'est long, plus c'est bon.



B
Combien se gargarisent souvent de grands et jolis mots pour ne rien ou pas grand chose... employer le verbe exact, au bon moment, au bon endroit n'est pas donner à tout le monde....
Il parait pourtant simple de rester "simple" dans son écriture sans vouloir prendre l'habit trop large ou trop grand de celui que l'on croit être...
Belle façon de règler un compte ou des comptes ...
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L


Salut Béa :o)
Je crois que ces simulacres de figures littéraires viennent en réponse à la la peur du vide, voire la vacuité du contenu. Mais ça fait plaisir, que veux-tu. C'est une sorte de masturbation
de l'écrit. Faut laisser faire sinon, il y a traumatisme MDR (si je puis me permettre)
Bizoux Béa, et ravie d'avoir fait ta connaissance. A bientôt j'espère !



K
Grande illusion ou grande désillusion ?
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L


Pour qu'il y ait désillusion, il faudrait y avoir cru ne serait-ce qu'un instant.
Ou se laisser éblouir facilement.



J
C'est le fait d'être juré au festival de Romans qui t'inspire ces réflexions essentielles ?

Il faut toutefois ne pas se méprendre: parfois (mais parfois seulement), derrière un style ampoulé se cache une grande ironie.
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L


Que nenni Jo ! ça n'a rien à voir :o)
Et je ne me méprends pas non plus. Ceci dit, sur les blogs, le style ampoulé est plutôt au service de la grande illusion que de l'ironie.



G
Peu importe dans le fond de quelle écriture il s'agit, c'est le billet lui-même (et ta première réponse, joli souffle parodique, Pâle, ivre d'ignorance, ébloui de ténèbres, Voyant dans l'infini s'inscrire des algèbres (quelque chose comme ça (?))...) qui est bien écrit.
Et puis je sais pas les autres mais moi des fois je pense ça de mon propre travail, surtout de ce que je ponds après une journée d'usine, et j'aimerais savoir l'exprimer de cette façon là.
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L


Ah ! L'inscription des algèbres, c'est terrible ! Avec ta permission, je te l'emprunterais bien, c'est tellement facile à placer dans une conversation ou un récit du quotidien routinier, que
j'aurais du mal à m'en passer maintenant. Un truc du genre "inscrire des algèbres au firmament de ses incertitudes" par exemple, ça pète bien.
Sinon pour les retours d'usine, t'es un peu condamnée (de la terre) aux alentours du style Zola (Emile, pas Gordon), la rédemption de la fresque sociale dans la brutalité prolétaire,
l'instrumentalisation littéraire de la misère, faut que tu tentes le coup Gilda. Mais avec des virgules, sinon rien.
Bon, on se voit à l'orgie de Franck j'espère. Bizoux !



M
Bon, qui c'est qu'on donne du taf à son dentiste?
Des bizettes
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J
dans un premier temps, j'ai pensé à l'un de tes fans désabusés, ou virés...

sinon ton texte est superbe, je connais, sur un autre site une dame qui aurait le même style
continue...
bises
jcl
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L


Mais non, ce n'est pas un règlement de compte.
Et ce n'est pas non plus une devinette.
:o)



G
Superbe texte, je l'avoue, Béné... mais on ne peut s'empêcher de se demander à qui il s'adresse...
Je ne connais aucun Jean Clume.
Tu veux pas faire un peu de délation ?
Ou alors tu es adepte de l'adage, "qui se sent morveux, se mouche."
Un roman vitriolé et drôle pour le léopard masqué, tu n'as pas ça en stock ?
A plus, biz et bonne route...
Amitiés
GZ
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L


Merci, merci, monsieur Zola (ptin, encore un fils de) ce compliment me touche d'autant plus de la part d'un éditeur, et je vous invite à le réitérer tant que vous voudrez :D
Ooooooh ouiiiiiii ! flatte-moi, et empiffrons-nous de chamallows !
Dis, t'imagines si on bossait ensemble ? ce serait affreux, il faudrait devenir actionnaires chez Aspro.
Bizoux Gordon !



L
??????
Je n'ai pas l'heur de comprendre.
À qui t'adresses-tu ?
J'essaie de lire entre les lignes (c'est pas là ?) ....
Mes pôves tits neurones s'embrouillent.
Quoi ? y'a rien à comprendre ?
Répondre
L


Non, non il n'y a rien à comprendre.
Mais tel un grand écrivain éternel et solitaire, contemplant un ciel d'orage du haut d'une falaise battue par les vents d'automne, et par une pluie glaciale, à la tombée d'un jour qui n'en
finissait pas d'éteindre la lande déserte de toute âme vive ou défunte, où seuls quelques grands arbres désespérés, dénudés, tels de sombres démons agités, témoins du temps qui avait passé
sur la vie des hommes, n'effleurant qu'à peine la roche grise qui émaille le paysage de crocs granitiques, j'ai eu ce besoin soudain, brusque, irrépressible, forçant mon esprit tourmenté,
d'exprimer sans ambages et avec la brutalité du ressenti qui s'imposait alors à moi, quelque chose que je pourrais résumer ainsi : j'ai joint l'utile à l'agréable.
Tu me suis ?