1 Décembre 2010
“au jour le jour”
13 Octobre 2010

Omerta dans la police est d’abord un coup d’éditeur.
Une couverture rouge, un titre putassier, et un auteur bankable.
Omerta dans la police, c’est ensuite un règlement de comptes qui n’en finit pas, au prétexte de dénoncer racisme, homophobie, sexisme, et abus de pouvoir dans la police (zoophilie et cannibalisme, c’est pour le tome 2)
Du moins c’est comme ça qu’est présenté ce livre par son éditeur, et donc par la presse souvent plus prompte à lire les quatrièmes de couverture que les livres, et charognarde dès qu’on lui présente un os de flic à ronger.
Omerta dans la police est le produit honteux de magouilles et exactions de quelques flics, couvertes par l’administration, et qui permet qu’à terme soit publié ce type de torchon outrancier qui salit à dessein toute une profession.
L’argumentaire qui a fait le tour de toutes les rédactions prévient donc que la face cachée de la police et les coulisses d’un système vont être dévoilées comme jamais elles ne l’ont été. Rien que ça.
Ce qui n’y est pas dit, c’est qu’il ne s’agit que d’un service de police qui a déjà fait parler de lui il y a deux ans – la Police de l’Air et des Frontières d’Orly.
C’est ce qui est laborieusement développé dans le livre... bien que l’omerta sur la PAF ait déjà été levée administrativement, judiciairement et médiatiquement.
Je ne mets pas nécessairement en doute tout ce qui y est dénoncé. Quelques faits, oui, clairement, d’autres non. Même sans preuve. Même avec des plaintes classées sans suite. Non, le problème n’est pas là.
Le problème est que, à coups de plans médias racoleurs et elliptiques, la promotion de ce livre s’entend distinctement comme l’accusation de toute une profession.
Le procédé est minable mais pas vraiment nouveau : d’un constat particulier, on fait le postulat de base d’un procès en sorcellerie dirigé contre les flics dans leur ensemble.
Et l’autre problème est donc la croisade poussive et aveuglée de Sihem Souid contre une police qu’elle ne connaît PAS.
Mais qu’elle présume coupable d’à peu près tout ce qui se termine en "phobe" à hauteur de 30% de ses effectifs.
Sihem Souid est présentée comme fonctionnaire de police et major de sa promotion. Pas de quoi se relever la nuit, on parle là d’une ADS.
Un ADS est un contractuel de la police nationale – ex emploi-jeune – formé en 3 mois à coups de lance-pierre pour renforcer des effectifs anémiques. Major de promo c’est mignon, mais ça flatte moins l’ego que le 50 mètres nage libre sans couler, il faut avoir un narcissisme bien malade pour le marteler à tout bout de champ.
Sihem Souid a donc trois ans de police en tant qu’ADS à la PAF, et quelques mois en tant qu’adjoint administratif dans un bureau. Autant dire qu’elle n’a pas vu grand-chose à part un service du genre à répugner toute authentique vocation tant les missions y sont inintéressantes et monotones.
La vraie police, la délinquance, ne l’ont jamais intéressée, elle n’a jamais mis un pied sur le terrain, ni dans la rue, ni sous la pluie en tenue d’uniforme, ni dans un véhicule de patrouille. Rien de tout ça. PAF et encore PAF même quand elle a eu l’occasion d’être mutée.
Sihem Souid était cadre à la Brinks, avec - dit-elle - cent personnes sous ses ordres, beau CV, bon salaire, mais par passion – dit-elle - pour la police et les valeurs républicaines, elle est partie faire non pas le gardien de la paix, mais ADS de carrière à la PAF. Il manque un épisode, mais bon.
Sihem Souid détaille dans ce livre la conspiration occulte qui gangrène la police, dont le but est l’avènement des discriminations de tous genres.
De l’iGS aux ministres, en passant par tous les grades hiérarchiques, les syndicats, le médecin-chef, associant même quelques journalistes dont on ne sait pas s’ils sont idiots ou scélérats, et des immigrés sous influence, tous sont les ignobles complices d’une machination dirigée contre les policiers d’origine maghrébine et Sihem Souid en particulier.
Voilà la trame du livre.
Nourrie des faits initiaux – ceux qui ont été signalés à la Halde – l’auteur va également faire le récit paranoïaque de ses observations, lesquelles seront sans aucune exception interprétées à travers le prisme d’un racisme supposé, et de la persécution de tout ce qui n’est pas hétérosexuel d’origine française, parfois au point de paradoxes grotesques.
Un seul, rien qu’un seul : un flic doublement handicapé par le fait d’être femme et d’origine maghrébine, fait des pieds et des mains pour obtenir la prime au mérite, laquelle est accordée principalement au vu du nombre d’expulsions pratiquées. Il faut savoir ce qu’on veut, où on veut en venir, et ce qu’on dénonce...
Toute gueuse de type caucasien que je suis, j’aurais fait en sorte d’être une passoire aux frontières au gré de ma conscience, l’excès de zèle m’aurait filé la gerbe, et la prime au mérite, ils se la seraient carrée profond. Chacun voit ses idéaux à sa porte après tout. Les miens sont plus chers qu’une prime au mérite… et les incohérences que conjugue Sihem Souid pour faire tenir sa thèse de la discrimination systématique appliquée à ses collègues d’origine étrangère, et des ravages des quotas sont comiques...
Pour l’illustration du propos de Sihem Souid, chaque cas exposé est assorti d’une description physique outrancière pour que le lecteur présumé déficient mental comprenne bien où elle veut en venir. Ainsi, le flic d’origine maghrébine a un sourire doux et triste, ou un corps à affoler les garçons, sa bonté est extrême et il est compétent et volontaire. Tandis que le flic bêtement français, forcément queutard, de ceux qui se bousculent pour escorter Le Pen, un bon gros s’il s’en sort bien, a souvent les traits tirés par la colère, des petits yeux de prédateur, une haleine tabagique ou un teint de suaire. Avec ça, si on ne pige pas qui sont les gentils et qui sont les méchants...
L’auteur qui pourtant ne tarit pas d’éloges envers elle-même et répète avec délectation les quelques témoignages de satisfaction obtenus pendant sa courte carrière de Wonder Woman de l’Air et des Frontières, ne fait pas dans la finesse.
Pas plus pour ses tentatives littérateuses du style C’est l’heure indécise où il ne fait plus nuit mais où le jour hésite encore, et quelques ponctuations d’ordre météorologiques pour distraire cette écriture hystérique et lui donner un semblant de dramaturgie.
Le lecteur est tenu en haleine par des petites phrases courtes et audacieuses comme Je vais vous raconter, Je vais vous dire autre chose, ou J’arrête là parce que je m’énerve en écrivant. Quand ce ne sont pas des redondances exaspérantes pour recentrer le sujet entre de pénibles guillemets "bougnoules", "gouines", "nègres", "bougnoules", "gouines", "nègres", "pédés", et ainsi de suite à chaque chapitre.
Et si Sihem Souid a très souvent envie de hurler, on apprend toutefois avec amusement qu’à l’occasion d’un délire policier, les gendarmes, traités comme les nègres, font l’objet d’un racisme similaire concernant leurs PV de stationnement dont les numéros sont scrupuleusement rapportés dans le livre.
Le nègre, flic ou clandestin, est donc mangé à toutes les sauces, sans oublier celui qui a contribué à l’ouvrage, et que par précaution on nommera "assistant d’écriture issu des diversités" pour ne pas attirer l’attention du MRAP.
Ce livre est, dans son intention, la mise en scène par elle-même de l’auteur dans une histoire déjà épluchée par la presse. Un besoin de visibilité flagrant, une quête de reconnaissance évidente qui oscille entre mégalomanie et mythomanie.
Un regard de néophyte sur un métier, mais des affirmations péremptoires. Les métiers de la sécurité privée sont plus risqués que la police...
Une passionaria-de-Poulaga auto-proclamée qui brode à l’infini une sale histoire déjà racontée, les cas isolés de fonctionnaires de police dont elle aimerait faire croire qu’ils sont légion, des caliméros qui ignoraient que le métier de policier requiert un peu de rigueur, une histoire en fait confinée dans un très petit environnement professionnel.
Et la suggestion que le moindre doute émis quant à ce qu’elle avance serait une preuve supplémentaire du complot contre elle.
Il ne manquait que la conclusion de Sihem Souid en forme de trois pauvres chapitres – les plus courts, faute d’argumentaire et d’une réflexion nourrie d’expérience à défaut de convictions crédibles – qui proposent une solution miracle, une trithérapie pour restaurer cette police nationale toute moisie à 30%.
Une hausse des effectifs, une formation scolaire à la discrimination pour tous ces crétins admis aux concours de police avec leur racisme, leur homophobie et leur sexisme en guise de bagage intellectuel, et un comité d’éthique pour vérifier le tout. Les petites considérations populistes sur la banlieue et poncifs sur l’immigration ayant été énoncées en préambule de l’œuvre, ainsi que les banalités d’usage sur la politique du résultat.
Tout ça pour ça.
La police est xénophobe, homophobe, sexiste et abuse de son pouvoir.
Et c’est le préalable à un bon déroulement de carrière.
Rien à ajouter ?
On se débrouillera avec.
Car finalement, peut-il exister révélation plus conformiste et politiquement correcte que celle-là.
à lire aussi :
- Sihem Souid, etc. (l'autre histoire)
2 Juin 2010
C'est vraiment comme ça que ça se passe..
Prudence sur la route.

3 Mai 2010
J'avais découvert ce texte en 2007. Il est rédigé par des fonctionnaires de police.
Cet appel n'a eu aucun écho et c'est dommage.
Dans ces lignes, aucune complaisance corporatiste, mais un message qui va bien au-delà, vers la police et les institutions.
Avec de l’espoir et un rappel salutaire des fondamentaux du métier de policier.
Sans résignation.
J’aimerais rentrer en contact avec ce qui reste de ce collectif...
Appel (extraits) d’un collectif de policiers républicains (*).
L’organisation, les méthodes et les objectifs de la police nationale ont subi ces dernières années des remaniements de grande ampleur qui ont rendu notre travail plus pénible et plus dangereux, en même temps qu’il en devenait de plus en plus contre-productif. La « culture du chiffre », la notation « au mérite », le mépris envers les « crapauds » enseigné dans les écoles de police, un esprit de corps dévoyé en véritable loi du silence, la suppression de la police de proximité et de la plupart des actions socioculturelles ont transformé notre mission de protection de la population en affrontement quotidien avec celle-ci. Les nouveaux délits de voie publique et l’obligation de résultats chiffrés ont transformé la lutte contre le trafic de drogue en chasse au petit consommateur de shit (…), la lutte contre la délinquance et la criminalité violente en recherche d’outrage-rébellion par la provocation gratuite et délibérée (…).
Si les comportements les plus graves (violences, rackets, racisme) sont le fait d’une petite minorité de fonctionnaires indignes de la République, leur couverture systématique à tous les niveaux de la hiérarchie, allant jusqu’à la falsification des procès-verbaux, et la répression des collègues cherchant à s’y opposer, font rejaillir leur faute sur l’institution tout entière. De plus, les pressions hiérarchiques, désormais privées de contre-pouvoir judiciaire par la fusion des corps d’OPJ et de gardien de la paix, sont telles, l’appréhension des réactions du public si grande, la formation des jeunes collègues et leur encadrement sur le terrain si défaillants, qu’aucun de nous n’est désormais à l’abri d’un dérapage ou d’une perte de contrôle de la situation (…).
La police nationale est subséquemment de plus en plus considérée par la population, et jusque dans les rangs de certains de nos collègues les plus inexpérimentés, comme une force étrangère à la population, qu’elle devrait « mater » et non protéger (…). Notre travail consiste aussi à réunir des preuves indiscutables contre les délinquants et les criminels, et pas seulement à les amener menottés devant le procureur : la culture du résultat, de la quantité de procédures, s’avère ici contre-productive puisque, en amenant des délinquants endurcis à être libérés faute de preuves, elle induit chez eux un sentiment d’impunité qui les conduit à repousser toujours plus loin les limites de la violence, à l’endroit du public comme des fonctionnaires de police.
Nous avons choisi ce métier mus par un idéal de service, pour faire respecter les lois de la République, protéger la vie, les biens, les droits de nos concitoyens. Nous sommes fiers de cet idéal que nous portons chevillé au coeur, nous sommes fiers d’être policiers. Mais nous avons honte de ce qu’on nous fait faire, de l’image que donne d’elle-même notre institution (…).
Nous ne signons pas ce texte et le regrettons sincèrement. Nous constatons, non sans tristesse, que les circonstances actuelles ne le permettent pas (…).
Les « brebis galeuses » ne sont plus aujourd’hui les fonctionnaires corrompus, violents, racistes ou gravement - alcooliques, mais ceux qui s’opposent à leurs agissements (…).
Nous gardons cependant bon espoir : de même que la grande majorité des fonctionnaires de police souhaite accomplir son noble voeu de protection des biens et des personnes dans la dignité et le respect des lois de la République (…), de même la grande majorité de la population souhaite vivre en paix et respecter la loi et ses représentants. Nous entendons contribuer par ce texte au sursaut républicain qui rendra à la police nationale son honneur, sa fierté et la sympathie de la population, et réaffirmons notre confiance dans l’esprit républicain du peuple français, de ses représentants élus et de ses fonctionnaires de police (…).
(*) Une trentaine de fonctionnaires de police, pas ou peu gradés, en tenue ou en civil, affectés sur la voie publique, CRS, BAC, en région parisienne, Rhône-Alpes et Nord-Pas-Calais.
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