“au jour le jour”

19 Mai 2011

DSK

Quelle sale affaire !
C’est accablant. Dégueulasse.

Il y a un faisceau de présomptions qui enfle à mesure qu’on en parle, qu’on en apprend et qu’on en sait un peu plus. Ce n’est pas une vue de l’esprit et sans cet incessant brouillage médiatique, tout ça pourrait très vite devenir limpide.
Et puis, ce n’est pas très nouveau. Il faudrait de temps en temps ne plus avoir la tête dans le guidon de l’information en flux tendu, parce qu’à force, on sait tout, on sait tout le temps, on sait trop et on ne comprend rien. Quelques flash-back dans l’histoire récente, s’autoriser à réfléchir sans être guidé par les éditorialistes accrédités, et un coup d’œil dans les archives pour s’en convaincre, oui DSK pouvait s’y attendre.

Aujourd’hui, les preuves manquantes pourraient bien se trouver dans tout ce qu’on ne lit pas, tout ce qui est dissocié de l’actualité pour ne pas ouvrir les possibilités d’un faisceau de doutes.
Et ne me faites pas rire avec cette fucking tartuferie de présomption d’innocence quand elle n’est qu’un jeu de jolis mots pour législateurs frileux. Ni présomption, ni innocence !
Culpabilité ? Oui, et plusieurs fois. Ooowww sweet America
Récidive ? DSK n’est pas un coup d’essai, mais c’est un coup de maître.
Le complice ?  Une information en trompe-l’œil au service d’une justice-spectacle.
Les preuves ?  L’amnésie, la culture du scoop et la mise en scène.
Remember… Julian Assange, Eliot Spitzer… deux exemples fermement attrapés par les couilles. Et explosés en plein vol dans le ciel américain.
L’un établit que l’information est prisonnière de la raison d’État, l’autre, un incorruptible besogneux, entreprend un ménage de printemps à Wall-Street, et dévoile des responsabilités dans la crise des subprimes. L’un et l’autre deviennent un peu trop encombrants. Qu’à cela ne tienne, il y a un pays merveilleux où la crédibilité de n’importe qui ne tient qu’à un fil de caleçon. Baissez votre braguette, on s’occupe de tout. Viol, prostitution, and what else ?

Oui, le faisceau de présomptions, celui qui aura valeur de preuve sans aveu ni flagrance, désigne ceux qui avaient un intérêt à faire trébucher DSK.
Un faisceau de présomptions – comme ils disent – qui à force d’accabler le directeur du FMI et favori socialiste français, et d’être une somme d’évidences qui à chaque heure, se sont cumulées comme autant d’années de prison clamées avec jouissance par les tribunaux populaires du jour, et rendrait n’importe quelle vérité suspecte.
Il se pourrait bien que cette sale histoire mette deux victimes dos à dos.

Storytelling.
Dans le blockbuster DSK, le casting est impeccable. L’arche narrative des personnages est calibrée. Presque trop beau pour être vrai.
Lui, une bonne gueule de catharsis. Un coupable idéal. Trop riche, trop puissant, trop d'avenirs, trop bien marié, trop aimant ou trop amant, trop à droite ou trop à gauche, trop européen, trop français ou trop atlantiste aussi…. De ceux qu’on rêve de voir un jour, au moins une fois, mordre la poussière.
La victime est victime jusqu’au bout des ongles. Imparable.
Le décor : Une Amérique au bord de la ruine, qui a plongé la planète dans une crise financière qui n’en finira pas de métastaser. Toujours en guerre quelque part, qui envoie ses soldats se faire sauter sur des mines qu’elle a elle-même fabriquées et vendues à ses alliés d’hier, ennemis d’aujourd’hui. Une Amérique audacieuse, qui n’a peur de rien, même pas d’exhiber au conseil de sécurité de l’ONU des clichés d’armes de destruction massive qui n’ont jamais existé. Une Amérique qui jette sa prise de guerre arabe par-dessus bord, et exhibe son trophée européen deux semaines plus tard. Une Amérique à la mémoire aussi courte que son histoire, qui ne laissera pas son dollar se faire grignoter par un euro qui reprend du poil de la bête. Et In God we trust, dit le dollar arrogant à l’euro. Et l’euro de lui répondre sobrement qu’il en aura bien besoin parce qu’en effet, tout l’accable.
Le public sera au rendez-vous, on ne réfléchit pas trop, on s’émeut, on joue d’empathie et de haine, choisis ton camp camarade, pas besoin de sous-titres, ça sera un succès. Le scénario est creux, il ne tient pas debout, mais ce n’est pas grave. Plus c’est gros, et mieux ça passe.
Anyway, le public en a déjà pris plein les yeux avec la bande-annonce. On lui avait promis de l’obscénité, il en a eu jusqu’à la nausée en direct live.
L’hypocrisie qui consiste à confondre égalité de traitements judiciaire et médiatique est obscène.
Une justice expéditive et accusatoire, c’est obscène.
Un système où les juges sont subordonnés à leurs électeurs et au financement de leur campagne, c’est aussi obscène.
La valse des rumeurs, des bruits de chiottes et des opportunistes est obscène.
And so on.

Pour le reste, le cinéma fait son affaire des invraisemblances afin que le crime soit plus que parfait.
Si c’est pas une preuve ça, what the fuck !
 

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Bénédicte Desforges

#au jour le jour

7 Avril 2011

RER


Quand elles se produisent dans les transports en commun, les agressions ont la particularité d’être une sorte de huis clos qui met en scène des comportements humains de façon assez transparente.

La plupart du temps, il y a trois types de personnages : les agresseurs et les témoins (le plus souvent au pluriel pour ces deux groupes) et les victimes (plutôt au singulier, même si le pluriel des autres est plus nombreux que nécessaire).

Les agresseurs sont prévisibles. Ils ont un chef de meute, ils harcèlent, ou cognent, ou volent, ou tuent s’ils sont en forme et motivés.
(l’agresseur peut être vieux, mais il est statistiquement jeune parce qu’il court plus vite.)
L'agresseur évolue en bande virile, il aime l’argent et existe socialement à travers les biens de consommation. La violence est son mode d’expression privilégié, et il jouit de la vulnérabilité d’autrui. Il est donc volontiers sexiste. Souvent raciste – voire, tribaliste – ça peut être un argument de poids dans le choix de sa cible.
C’est généralement un parfait abruti qui peine à s’exprimer avec des mots intelligibles, une sombre merde, ce qu'il assume avec arrogance.

Le témoin, c’est celui qui aurait voulu ne pas être là.
Dans le cas le plus courant, c'est le type qui veut savater tout ce qui bouge quand il en parle, mais qui ne bouge plus quand ça savate sec autour de lui. Le témoin, c’est la grande gueule de la veille, en fait.
Ce qu’il y a de pénible avec lui, c’est que souvent il n’a rien vu.
Ça réduit considérablement le travail procédural de la police, et ça ne fait pas avancer l’enquête.
Le témoin est donc généralement un aveugle impotent. Même s’il n’est pas vieux.
S’il n’est pas aveugle, il est très mobilisé par l’observation attentive du paysage ou la contemplation de ses pieds.
Le témoin est également sourd : il n’est pas réceptif aux fréquences sonores générées par les bruits de coups et par les cris. C’est donc un poly-handicapé au même titre que la victime, sauf que lui c’est un préalable à la scène quand pour l’autre c’est une conséquence.

Pour la victime, c’est plus simple. C’est un objet.
Sur elle se jouent la prise de pouvoir et la violence des uns, et la distanciation des autres.
Elle n’est plus vraiment quelqu’un au moment de l’agression.
Sur elle, s’impriment l’indignité et la lâcheté humaines...
C’est difficile à vivre et à surmonter.
Sauf si la victime est l’agresseur ou le témoin de l’avant-veille, et dans ce cas elle peut tenter de se faire une raison.


L'agression : travaux pratiques

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Bénédicte Desforges

#au jour le jour

25 Février 2011

robot-chicken

  C’est quand même drôle – façon de parler – parce que si tout le monde s’accorde à se persuader que la sécurité est un enjeu majeur et déterminant pour le bien-vivre et le bien-voter, l’opinion semble ne pas voir qu’elle se laisse balader en absolue insécurité médiatique.

  Je ne sais pas ce qui est le plus anxiogène, en fait.
  La presse ? On ne sait pas trop si elle est asservie et à quoi, médias et politique sont un couple qui se cocufie autant qu’il sait s’entendre. On peut aussi douter, pour la plupart, de l’aptitude à un exercice autre que la paraphrase de dépêche AFP, la dentelle de faits divers, et le copié-collé de projets de lois. En revanche, aucune ambiguïté quant à l’appétit pour les particularités à transformer en généralités, ça aide à bien des démonstrations bancales.
  L’opinion ? la sécurité c’est – en apparence - aussi simple que le bien et le mal, alors elle avale tout sans sourciller, et piaille de bon cœur et en chœur non-non-non ou oui-oui-oui quand on lui sert un poulet grillé ou sa soupe sécuritaire.

(Volontairement, j’appelle le citoyen l’opinion car parlant de presse (et de politique) un citoyen n’est plus qu’un objet d’influence susceptible de restituer l’impact d’un discours par une attitude (et un vote))

  Le préalable absolu de ce qu’il est convenu d’appeler de l’information, c’est le suivisme de la presse, envers et contre toute pertinence, interdisant le temps de l’information véritable, de la connaissance, la mémoire, la réflexion, bref de la rationalité et la raison.

  Il suffit d’avoir un tout petit domaine d’expertise – j’ai la prétention de dire que la police ne m’est pas tout à fait inconnue - pour se rendre compte qu’on se fait bourrer le mou à longueur de temps. Pas toujours sciemment, pas à coups de mensonges délibérés, non, mais par péché d’immédiateté, souci d’audience, par parti pris de principe, lacunes et déficit de synthèse.
  Il est plus simple de donner du relief à un fait qu’à une idée.
  Plus simple aussi d’être dans le commentaire que dans l’analyse.

  Les ficelles des marionnettistes sont parfois énormes.

  Mais l’opinion s’en contente. Il est attendu d’une opinion qu’elle réagisse, c’est tout. Un individu peut réfléchir, pas une opinion. Et c’est bien pour ça que la sécurité est à la fois un enjeu et un outil idéologique idéal.
  Et à propos de sécurité, l’opinion est très réactive. Qu’on parle de délinquance ou de police, le réflexe épidermique et la posture prennent le pas sur le raisonnement.

  Pourtant si on retrace sommairement quelques chronologies de faits et d’annonces, et les priorités journalistiques qui guident les choix de titres à glisser dans les rubriques Sécurité ou Police, il y a de quoi s’interroger.

  À propos de déontologie policière par exemple :
  Phénomène médiatique, tout le monde a entendu parler d’elle. Celle qui a dénoncé de fâcheuses atteintes déontologiques, que la hiérarchie de la PAF et l’administration ont cru bon de ne pas sanctionner, peut-être pour générer ultérieurement un écran de fumée sur lequel la presse se précipiterait comme la misère sur le monde pendant que le démantèlement du service public police serait mis en oeuvre (eh oui, moi aussi je suis capable d’imaginer des machinations…) dans une quasi indifférence de l’opinion.
  Elle a dit d’elle-même qu’elle fut dans son service d'affectation l’Arabe de service. Je crains qu’elle soit aujourd’hui l’Arabe de service de beaucoup de monde qui, malgré des poses compassionnelles et empathiques très affectées, l’aura complètement oubliée quand les feux journalistiques se seront éteint et que son sort sera soumis à d’autres lois que celles de l’audience et de la visibilité.
  Les hommes politiques sont comme ça, friands de cautions morales, d’étendards volontaires, de bonnes consciences par procuration. Et ils oublient vite.
  Les journalistes y trouvent leur compte aussi, ce genre d’affaire est simplissime à décliner sur le mode des-gentils-et-des-méchants et de la-police-qui-a-tous-les-vices. Un grand classique. Puis ils se lassent vite, ils ne parlent pas deux fois de suite de la même chose parce que l’audience s’émousse.
  Et pour parfaire la péremption d’un fait d’actualité, l’opinion est ainsi faite qu’elle n’a pas plus de constance que de mémoire. Il suffirait donc à l’administration police de programmer un conseil de discipline au milieu d’une actualité bien chargée pour que personne n’en parle. C’est le jeu des médias, il est donc de bonne guerre. Je défie quiconque de faire entendre une cause juste – ou pas, d’ailleurs - entre les deux tours d’une élection présidentielle. Par exemple.

  À propos des armes, autre exemple :
  De façon récurrente, l’usage des armes non létales – flashball et Taser – est remis en cause. À chaque accident, ou bavure selon qui commente. Et aussi régulièrement, il se trouve des associations pour démontrer que la police française figure sur le podium des tortionnaires. L’opinion éminemment informée par la presse, prône la suppression de ces armes. On ne garderait que le 9mm, et chaque légitime défense recevrait donc la même réponse. Mais là, il faudrait éclairer l’opinion d’un peu de droit pénal, et ça se corse pour les journalistes-à-tout-faire.
  Quand on évoque l’armement des policiers municipaux – de plus en plus impliqués dans la lutte contre la délinquance – sous impulsion médiatique, l’opinion frissonne d’effroi.
  Mais quand le ministre Hortefeux annonce une modification de la législation sur les armes, arguant que « la législation sur les armes est inefficace, car trop tatillonne pour les honnêtes gens, impuissante face aux trafiquants » (24 juin 2010 - Seine Saint-Denis) personne ne relève, ni se pose la question de savoir qui sont ces honnêtes gens qui pourraient profiter de cette toute nouvelle deuxième catégorie d’armes soumises à autorisation. Pour l’opinion, un honnête gens est certainement moins attentatoire à la sécurité qu’un policer municipal armé ou qu’un flashball. Bah tiens. En tout cas la presse a négligé cette petite phrase pas-anodine-du-tout de la déclaration du ministre, et autant dire qu’elle est passée comme une lettre piégée à la poste.
  Plus récemment, une loi a été votée stipulant que la réserve civile renforçant les effectifs de police accueillerait désormais en plus des retraités policiers, des citoyens volontaires. Lesquels, après une courte formation pour un emploi qui reste à déterminer précisément, se verraient remettre une arme. À feu.
  La presse - à grande audience en tout cas - n’a pas eu grand-chose à en dire. Et l’opinion non plus, du coup. Trop technique ? Trop juridique ? Trop énorme ?
  Il n’en reste pas moins que cette milice citoyenne armée suscite beaucoup moins de débat que le flashball, mais apporte la preuve lumineuse que la sécurité cesse d’être un métier de spécialistes, et que les valeurs et garanties républicaines sont solubles dans l’amateurisme.
(Et en outre, je tiens le pari aujourd’hui que la détention d’arme sera bientôt étendue à certaines professions. Pour commencer.)

  Bref. Pendant que se prépare l’éparpillement de la gestion de la médiatique et sacro-sainte sécurité, entre des policiers municipaux plus ou moins armés selon les budgets et le bon vouloir des élus, des citoyens volontaires qu’on éduque déjà à la délation avant de les armer, des "professionnels" de la sécurité privée (200 000 en 2012, autant que de policiers et gendarmes), des caméras de vidéosurveillance ; pendant que la police nationale se réduit comme une peau de chagrin abandonnant ses prérogatives républicaines et ses missions régaliennes aux mains du bizness, de simulacres de rentabilité et d’ambitions personnelles, de vocations de la dernière pluie, au détriment de la lutte contre la délinquance et de la sécurité publique, avec quoi occupe-t-on l’espace médiatique ? Un livre à scandale. À se demander s’il n’est pas co-édité par le ministère de l’Intérieur. Tout ça est dérisoire. Décourageant...
  Voilà ce que je reproche à la presse. D’ignorer un essentiel parce que son traitement est un peu plus compliqué - mais tellement nécessaire. De prétendre parler de police et de service public en évoquant en boucle une lamentable histoire, de résumer la police à cette histoire, d’en faire un arbre qui cache la forêt qui nous arrive dessus comme une déferlante à emmerdes. Parce qu’avec les prochains flics en plastique de la dernière tendance légiférante, il y a fort à parier que vous allez en manger de la bavure et de l’atteinte aux droits de l’homme. Et de la sévère.
 

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30 Décembre 2010

friend
© Trendhunter

Bonne année.
Bonne année.
Et puis, un an plus tard : « bonne année ».
Et puis, encore un an plus tard : « bonne année ».
Et puis, encore un an après : « bonne année ».
Vous comprenez ce que je veux dire ?
Si chaque année on se souhaite une bonne année, c’est un peu comme si chaque jour on se souhaitait une bonne journée. Faut être con pour croire que toutes les journées peuvent être bonnes.

Les gens qui te souhaitent une bonne année, ils espèrent quoi ?
Est-ce que les gens, ils pensent vraiment que tu vas passer une bonne année juste parce qu’ils te le disent ?

C’est marrant quand même : le 31 décembre y’a jamais personne qui vient te demander si la bonne année qu’il t’avait souhaitée s’est bien passée. Tout le monde s’en fout. Personne veut savoir si t’as passé une bonne année.

Les gens qui te souhaitent une bonne année, tu devrais avoir le droit de leur casser la gueule si t’as passé une mauvaise année.
 

(Extrait de La Vie Rocambolesque et Insignifiante de Brad-Pitt Deuchfalh)

Pas mieux.

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