“actu police”

24 Décembre 2008

Ou le fatal de l’arme...

Collègue gendarme,

Toi l’auteur malgré toi de cette œuvre d’art post-contemporain, de cette destruction ô combien involontaire de matériel administratif, de cette atteinte définitive à l'intégrité physique de ton pétard,
Toi qui voulais bien faire et qui t’es laissé distraire, homme insouciant que tu es,
Toi qui as vraiment un putain de four de compétition à flinguer les flingues, et qui ne dois pas cuisiner bien souvent pour à ce point ignorer le temps de cuisson des choses simples de tous les jours,
Toi gendarme, dont l’existence vient de rentrer dans l’histoire des forces de sécurité intérieure (comme ils disent) de ce pays, toi dont le numéro de série de feue ton arme est marqué en rouge dans ton dossier administratif, 
Sache que tu as mon soutien dans l'épreuve, et toute ma fraternelle sympathie.
Parce que quand même, c'est drôle, quoi.
Et moi, je ne trouve pas ça si grave que ça.

Mes sincères condoléances au Sig.
(même s'il n'a pas dû souffrir longtemps)

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23 Septembre 2008

Le Taser, j’avais réussi à ne pas en parler.
Et puis la question est arrivée ici en commentaire :

« Que pensez-vous de la polémique sur le Taser ?
Vous l'employez ?
Citoyennement vôtre. »

Très courageusement, je réponds :

« Ni pour ni contre, bien au contraire. »

Là-dessus arrive le rouquin, celui qui a des cheveux qu’on dirait qu’il a mis les doigts dans une prise électrique :

« Moi le Taser, j'adore ! J'aime hurler avant son emploi : "Par la foudre de Zeus !"
Ça donne un élan tragique qui apporte un certain cachet à l'intervention. Parfois nous passons dans la foule avec nos casquettes pour quelques pièces en échange de nos qualités de dramaturges. Et puis, à force d'entendre "Va niquer ta mère", on finit par se croire dans la tragédie d'Oedipe Roi de Sophocle.

Sinon dites-vous bien que l'alternative au Taser, c'est le 9mm Parabellum. Alors outre le fait d'être potentiellement plus mortel que notre gégène mobile, ça n'exclue pas en plus une contamination au plomb... Et filer le saturnisme à un mec qu'on tue, je trouve ça limite sadique :D

Alors comme on nous retape de la modernité à toutes les sauces, voilà donc un exemple de modernité. À l'âge du tout électrique et bio, vaut mieux un coup de Taser qu'un polluant défouraillage...
Et puis c'est devenu d'un vulgaire l'arme à feu... »

Forte de ce témoignage d’un gardien de la paix de terrain (quand j’étais GPx, on n’avait pas l’électricité) je me sens obligée d’en rajouter :

« J'ai croisé les doigts pour que tu viennes en renfort sur ce sujet qui t'a toujours inspiré :D
Le Taser foudre divine, j'adore !
Ceci dit, on ne peut pas en vouloir à ceux qui se fient aux videos américaines et canadiennes, où on voit les collègues autochtones faire un usage du Taser par rafales. Forcément, les cibles de faible constitution lâchent côté palpitant...
Quant à confier des Taser aux polices municipales, je suis contre parce que je suis pour la dissolution complète, définitive, et sans retour de toutes les polices municipales. Je sais, l'argument est léger, mais c'est comme ça. »

Et heureusement, il y a un moment où son discours devient rationnel et réaliste.
Paroles d'un flic (roux, gaucho et lettré, rendez-vous compte...) :

« Je rajouterais et clôturerais mon propos sur la foudre divine à dotation administrative collective (nom administratif de la foudre de Zeus portative) qu'il s'agit aux USA notamment, d'un outil de soumission de l'individu récalcitrant. En gros, dans certains états, le simple refus de se soumettre à une injonction d'un policier, et c'est plus physique mais électrique pour périphraser un chanteur québécois.
En France, le Taser est une arme qui se plie comme toutes les autres au cadre de la légitime défonce... Défense pardon !
En gros, le Taser est utilisé contre un individu pouvant blesser sérieusement un policier ou (surtout) autrui.
Or, avant le Taser, il y avait le tonfa, le gaz lacrymo (qui scotche autant le flic que le "fouteur de trouble" :P) et enfin le plomb. Du coup, je trouve le débat en France sur le Taser complètement con, démago voire d'un populisme (de gauche cette fois) du plus bel effet. Parce que face à un individu armé et instable, nous avons maintenant l'alternative du Taser pour faire cesser l'agression. Avant, c'était une bastos et généralement le mec à la morgue ou avec des séquelles définitives.
À moins d'utiliser un flashball à quasi bout portant, ce qui fait franchement plus mal qu'un Taser.

Le Taser en France est utilisé pour neutraliser l'individu dangereux. Une fois neutralisé, il est menotté et basta.
Alors qu'une infime partie de la population délinquante voulant porter atteinte à l'intégrité d'autrui puisse mourir d'un coup de Taser, je dirais que c'est balot madame Michu, mais le parabellum est probablement plus létal, donc à choisir...

Ce que je trouve désolant, c'est d'entendre un leader d'un parti politique extrêmiste dire tout et n'importe quoi, alors qu'il ne s'est même pas renseigné sur le cadre d'utilisation de cette arme. Le drame étant qu'il est écouté par certains journalistes également mal informés (pour des journaleux, ça la fout mal).
Les morts par Taser rejoindront les faits divers nécrophiles à l'instar des accidents de bus, des enfants crevant abandonnés dans les bagnoles, et des épidémies de chutes dans l'escalier... Ce ne sont que des microphénomènes qui cachent des faits bien plus importants dont on ne parle jamais. C'est l'information "moderne" ! »


Le truc en plus :
J’apprends à l’instant (source : France-info) que les polices municipales vont pouvoir se doter du Taser. Je suis contre.

What else ?

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Bénédicte Desforges

#actu police

22 Septembre 2008

Écrit en souvenir de Philippe Fivet et de François Klein,
tués en service le matin du 30 mai 1985.


le mur du CP18

  Quand c’est arrivé, je commençais à devenir flic en banlieue. J’avais appris la nouvelle à la radio. Banalement. Aux infos. Juste avant la météo. Rubrique des faits divers.
  Ça avait été dit en quelques secondes, d’un ton neutre, égal et monocorde, qui ne faisait pas la différence avec le reste. Comme pour une information que l’on oubliera en même temps qu’on coupe le son. Quelque chose qui ne fera pas date, sans mémoire, dont on ne reparlera pas. Juste un fait divers...
  Mais pourtant... j’avais porté les mains à mon ventre avec comme une envie de vomir. À cause de l’impact. Insupportable fait divers. Malgré moi, l’anxiété projetait derrière mes yeux, juste là où il ne sert à rien de les fermer pour ne pas voir, une scène, des images, du son...
  Là-bas, j’avais des amis. Et à la radio, ils n’avaient pas donné de noms.
« Attaque d’un convoi de fonds en plein Paris. Sur le dix-huitième arrondissement. Ce matin. Les braqueurs qui ont pris la fuite ont abattu un convoyeur et deux fonctionnaires de police. »

  Quelques années plus tard, je passais tous les jours devant leurs portraits accrochés au mur. Deux sourires en noir et blanc et en uniforme, deux jeunesses figées entre deux dates, le temps d’une mise à mort.
  Je connaissais bien l’endroit où le drame avait eu lieu, à l’angle de deux rues dans un quartier à l'avenir délabré, dont le seul charme était les habitants, mes voisins. C’était tout à coté de chez moi, et je passais souvent devant les impacts de balles laissés dans le béton, en forme de rafale, très précisément d’en bas à gauche vers la droite en haut. Le mur était resté tel quel, tout comme un trou dans un poteau où une balle était restée prisonnière. Ils étaient tombés là.
  L’intervention n’avait pas duré très longtemps. Les braqueurs étaient lourdement armés, et très organisés. Il y a eu un échange de coups de feu, et les collègues ont été touchés.
  Le premier a pris une balle en pleine tête, sa boite crânienne avait éclaté, éjectant son cerveau à plusieurs mètres de là. Le second, déjà atteint d’une balle et gravement blessé, tentait de se mettre à l’abri quand un des malfaiteurs s’était approché de lui. Avant d’essuyer une rafale, il avait eu le temps de passer un dernier message à la radio. « Dis-leur que ce sont des tueurs, et qu'ils m'ont achevé sur place… »
  Un autre était parvenu à ramper sous un véhicule qui stationnait là. Avant de prendre la fuite, un des hommes avait mis un genou à terre, il avait aligné son pistolet mitrailleur très près du sol, et presque à bout portant, il avait tiré, ne transperçant que la manche de l’uniforme. Les autres avaient tenté une progression désespérée au milieu des coups de feu et des vitres de voitures qui volaient en éclat, incapables d’arriver jusqu’à cet épouvantable râle du collègue qui mourrait, perdant tout son sang sur le trottoir.
  Les braqueurs avaient réussi à prendre la fuite, et peu après, avec la cohorte des enquêteurs et commissaires, le préfet de police était arrivé sur place. Il s’était ému du fait que les policiers intervenants n’avaient pas le képi sur la tête, et en avait fait la remarque à un officier…

  Tous les ans, à la date anniversaire, on organisait une minute de silence, au pied de ce mur criblé de balles. A plusieurs reprises, il avait été réclamé l’autorisation d’accrocher là, une petite plaque avec les deux noms de nos collègues. Et à chaque fois, on nous opposait un refus. Le mur appartenait à la SNCF m’avait-on dit, et ils ne voulaient pas qu’en y mettant une plaque, on le saccage, qu’on fasse des trous dedans.
  Alors on a gardé les deux noms au chaud avec nous, sur le mur du poste de police, à coté des autres flics morts.

extrait de Police Mon Amour

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2 Septembre 2008

Le FLiC, il y en a qui l’ont aimé pour diverses raisons.
Toi ou moi, on ne se laisse pas attraper par les mêmes mots.
C’est une histoire d’écho. Les mots ne font pas le même bruit pour tous, ils ne rebondissent pas sur les mêmes images.
Mais les histoires de ce FLiC, si les non-flics les ont appréciées parce qu’ils ne savaient pas grand-chose de tout ça, les flics les ont aimées parce qu’ils les connaissaient déjà toutes.

S’il y a des messages qui ont un goût particulier, celui de l’affection, de la fraternité, une presque intimité, ce sont bien ceux de mes collègues.

J’en ai reçu un ce matin.

  Un petit message avec le sourire.

  3 h 51
(je ne savais pas comment m'y prendre, alors le décalage de sommeil aidant, j'ai choisi d'écrire un peu)

  Impossible de mettre une date précise sur cet évènement, mais le printemps n'était pas encore tout à fait là.

  Je me rappelle en effet du chef de poste, qui portait encore le pullover par dessus sa chemise "bleu glacier" (pour ne pas dire "bleu pompiste" ou "bleu salissant"). Il était assis là, paisible, attendant la relève en lisant.
  Je n'ai pas retenu un léger sourire en constatant que j'avais déjà lu ce livre.
  Ce livre qui vous sautait aux yeux jusque dans les supermarchés, ce livre qui faisait passer la brème pour une pâle carte de visite, affichant fièrement son "FLIC" en couverture.

  Étonnement, on le voyait rarement dans la rue, encore moins dans les transports en commun où aucun collègue n'aurait osé le sortir de son sac.
  Mais ce jour là, ce "FLIC", j'allais le voir.

  Je commence mon service, laissant le chef de poste dans ses lectures, et passe saluer l'opérateur radio.
  Nous sommes le matin, il est tôt et c'est encore calme.
  Je trouve donc l'opérateur lui aussi les yeux rivés sur le papier. Pas d'une sombre mention de service, non, lui aussi se crève les yeux sous la lumière blafarde que connait tout commissariat en déchiffrant les lignes du "FLIC".

  Échanges de quelques banalités sur le livre, l'heure matinale ne nous poussant pas à un débat plus philosophique, avant que je monte sentir l'odeur du café froid dans les bureaux des OPJ de nuit.

  À défaut de café froid (bu depuis longtemps bien entendu) c'est encore un "FLIC" que je trouve, un marque-page glissé entre les dernières lignes du livre.

  Et ma journée a été rythmée par ce "FLIC", comme si nos interventions n'étaient pas encore d'actualité, mais que ces résurgences d'un passé que nous autres "bleus" n'avions pas connu étaient plus importantes et plus actuelles.
  Chacun y allait de sa paraphrase sur le "FLIC", qui ayant déjà vécu telle situation, qui ayant ri aux éclats à tel passage ou ressenti avec légitimité la même détresse, la même émotion, à la lecture d'un autre.

  Tout le service l'avait côtoyé, ce "FLIC", et cela oscillait entre bouffée d'air pur et nostalgie.

  Fin de service, je rends la radio à la relève.
  J'entends encore parler de lui, ce "FLIC"... et pourquoi à ce moment-là précisément, je ne sais pas, mais je comprends.

  Je comprends que cet engouement n'est pas seulement dû à un talent littéraire ou à un goût pour les anecdotes (commun à chaque collègue.)
  Je comprends que plus qu'un récit de famille, c'est une page de la Police que nous venions tous de revivre. Une page de son Histoire, que nous n'avions pas vécu et ne vivrons probablement jamais.
  Certes, nous nous sommes tous retrouvés dans le "FLIC", et nous avons tous vécu un peu de son histoire, mais il y a toute une partie de lui qui est morte avec le temps, avec les réformes, les politiques...
  Il y a surtout toute une partie de lui que nous ne connaitrons pas, ou alors avec de la chance ou le hasard.
  Cette partie là, c'est son auteur.

  Car loin des mémoires de Broussard, loin des faits d'armes, loin des revendications du "Gpx" Blondin, il y a chez ce "FLIC" une chose étonnante.
  Ce "FLIC" là est humain, ouvert, généreux, efficace, professionnel, curieux, revendicateur... et ce n'est pas devant la machine à café ou dans les confinements d'un bureau qu'il se confie, mais dans un livre... public... et comme si cela n'était pas suffisant, et surtout, ce "FLIC" là est Officier, si l'on cherche à voir sa tête on la trouve encadrée de doubles barrettes rectilignes...

  Alors au final j'ai compris, plus que de revivre une page de l'Histoire de notre métier, nous étions surtout tous conscients que ce "FLIC" là, nous ne travaillerions pas avec, et qu'à part avec de la chance, nous n'aurions pas le plaisir de recevoir des ordres d'un tel Officier.

  Cela peut paraitre trop, ou peut être éloigné de la réalité, mais le flic que je suis se devait de raconter au "FLIC" cette petite histoire (vécue), afin de le remercier d'avoir parlé (comme d'autres) d'avoir montré ou expliqué (comme d'autres) mais surtout d'avoir été ce "FLIC", à qui il aurait été (pas comme à d'autres) un honneur de rendre compte des faits suivants /... /


Merci, mon collègue. Merci.

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