La bavure
26 Juin 2006
L'appel tombe vers vingt-trois heures. Cambrioleur en action. C'est une voisine qui a prévenu. Le locataire d'au-dessus est parti en vacances, et lui a confié ses clés jusqu'à son retour pour l'arrosage des plantes. Elle a entendu des bruits de coups dans une porte, puis celle-ci qui grinçait. Elle est donc montée, a trouvé les verrous cassés et aperçu de la lumière sous la porte. Et elle a aussitôt composé le 17.
On arrive silencieusement et on constate que les trois verrous sont arrachés ou forcés. On écoute derrière la porte et on entend des meubles qu'on déplace et un bris de verre. On pousse la porte, l'entrebâilleur est mis. « Police ! Ouvrez ! » On attend. Rien. On recommence, toujours rien.
La porte vole en éclats, on rentre dans l'appartement et un homme bondit de derrière une porte et nous saute dessus. Courte bagarre, on le maîtrise, il a l'arcade sourcilière qui saigne et un collègue s'est pris un coup de tête. L'appartement est sens dessus dessous. Des verres cassés jonchent la cuisine. Je vais prendre la radio pour prévenir le central que le cambrioleur est arrêté, et qu'on le ramène au poste, mais il me faudrait son identité pour vérifier dans le même temps s'il ne fait pas déjà l'objet d'une fiche de recherche. Je plonge la main dans la poche de son blouson, je prends ses papiers, et là, j'ai dû blêmir d'un coup.
Et merde... Le type qui était devant moi, menotté et amoché, n'était autre que le locataire des lieux.
Il était rentré de vacances plus tôt que prévu, et il était tellement bourré qu'il avait oublié que ses clés étaient chez la voisine. Comme il avait encore soif, et qu'il était pressé de s'en jeter un petit dernier derrière la cravate, il a ouvert lui-même sa porte avec un tournevis. Il avait dû chercher quelque chose chez lui, et avait retourné tous les tiroirs, et avait fini à la cuisine en cassant quelques verres avant de parvenir à s'en servir un. Et, comme il était sourd comme un pot, il ne nous avait pas entendus taper et brailler à sa porte.
Concours de circonstances, bavure inévitable.
texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire
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