“actu police”

8 Mai 2012


Alors que tous les syndicats du monde du travail sont capables de s’allier, et quand la cause l’exige, concevoir des manifestations unitaires, les organisations syndicales policières, elles, s’appliquent à faire bande à part.
Malgré les protestations de l’immense majorité de leurs adhérents qui leur demandent d’unir leurs forces, au moins une fois, exceptionnellement, et de marcher main dans la main comme les policiers l’ont fait spontanément ces jours-ci, quasi quotidiennement, dans toute la France, et de manière souvent spectaculaire.

Rien à faire. L’un décide d’une date, et le second décide aussitôt d’organiser des rassemblements la veille. Consternant. Surfant l’un comme l’autre sur une colère qui avait jusque là été rigoureusement autonome, et que seules l’urgence et le sentiment d’injustice avaient guidée.
Ces flics-là, sans banderoles, libres de leurs slogans, sincères, solidaires comme jamais, n’avaient rien calculé. À force de déni, à force de se perdre à tenter de comprendre l’éternelle hibernation syndicale, ils ont choisi de porter seuls et sans attendre leur parole dans la rue.
Et ce fut une totale réussite.
Un mouvement qui fera date dans l’histoire de la police nationale.
Une fierté.

Quand on sait que la police est la profession qui peut afficher le plus haut taux de syndicalisation de France (pas loin de 80% contre 7 à 8% pour l’ensemble des salariés) on ne peut que déplorer un tel gâchis de forces, de volonté, de potentiel mobilisable… à croire que le but de ce syndicalisme éléphantesque n’a jamais été une mobilisation, bien au contraire.

Ces syndicats ne sont pas vraiment des représentants du personnel. À moins qu’il ne s’agisse de porter devant les commissions paritaires des dossiers de mutation et d’avancement triés selon des équations qui leur sont propres. Non, ces syndicats ont un fonctionnement pyramidal inversé : l’adhérent est prié de recevoir la parole du système, de l’accepter, et de constater la distorsion entre ses légitimes revendications - celles qui touchent essentiellement ses conditions de travail (politique du chiffre, effectifs, etc) qui n’ont cessé de se dégrader - et des victoires syndicales très relatives. Mais aussi écouter des promesses à long terme, ou celles qui sont tellement dites et redites qu’on finit par douter qu’elles ne se réalisent jamais, le temps de cotiser dans le vent quelques années de plus.

Tout ça ne peut plus fonctionner très longtemps. La crédibilité s’étiole. La "manif monstre" promise par le syndicat majoritaire n’aura jamais eu lieu, ou plutôt si mais sans lui. Il n’y a rien à regretter, lors du dernier rassemblement parisien, les consignes étaient de ne pas traverser la rue pour ne surtout pas gêner, et de rester muet devant les médias à moins d’être pourvu d’un mandat syndical.
Autant dire que le cortège sur les Champs-Élysées et les gyrophares des villes de France relevaient ce jour-là de la science-fiction...

Jamais le syndicalisme policier n’aura été plus ridicule qu’en mai 2012.
La preuve est aujourd’hui aveuglante que la préoccupation de ces gens-là est bien moins d’écouter ceux qui leur donnent un mandat, que de protéger le pré carré de leurs prérogatives systémiques. Et peu leur chaut de faire passer les flics pour des cons, divisés par leurs propres représentants, aux yeux de la population et des médias.

Jamais proposition aussi grotesque n’aura été faite que celle de réunir deux jours de suite sous des banderoles différentes, des professionnels pourtant animés du même état d’esprit et de la même urgence à vouloir préserver leur métier et dire haut et fort les difficultés à l’exercer.

Syndicalistes, une chose est certaine : quelque soit la mobilisation lors de vos rassemblements dissociés, le message que vous vous apprêtez à inscrire sur vos banderoles, et à dicter dans vos slogans, le message qui tentera de restaurer votre légitimité de représentation, le message de la difficulté à être flic, ce message-là est déjà passé.
Sans vous.

Bravo et merci aux quelques sections locales qui ont décidé, malgré la volonté des appareils syndicaux, de s'unir et placer leurs banderoles côte à côte le même jour.


mise à jour n°1:
(diffusion par mail, reçu ce soir)

lettre ouverte-syndicats


mise à jour n°2:

À cette question " Est-ce que tu viens aux manifs SGP et Alliance ? " :

Non je n’irai pas. Ni à l’une, ni à l’autre, ni aux deux. Pour moi, ces rassemblements n’ont pas de sens, ou plutôt si, un seul : pirater à bon compte l’énergie dégagée ces jours-ci et la portée des messages de colère.
En d’autres termes, c’est la quintessence de la récupération, et accessoirement le constat rassurant pour eux que vous pouvez ENCORE avaler des couleuvres et des slogans syndicaux, en vous rangeant sous leurs banderoles.
Parce qu’après tout, qu’est-ce qui les oblige à passer par la case manif pour se charger de vos revendications ? Rien. Absolument rien. Sinon, avoir le dernier mot, la dernière médiatisation, être les derniers interlocuteurs, et clore le mouvement.
C’est adroit, d’un coté ils rejoignent leurs adhérents dans la rue pour regagner leur cœur, opération séduction, d’un autre ils indiquent à l’administration qu’ils reprennent la main. Opération communication.
Parce que des manifs, c’est pas ça qui a manqué ces jours-ci, alors deux de plus où il vous faudra de surcroît applaudir des syndicalistes de bureau, je ne vois pas l’intérêt. Vous avez fait le job.
Leur urgence à eux, aurait été de se prendre par la main et de se poser autour d’une table entre syndicalistes, et avec l’administration, histoire de discuter, se demander comment on a pu en arriver à ce degré de ras le bol, pratiquer le difficile exercice de l’autocritique, et trouver des ébauches de solutions.
L’urgence n’était nullement de se proclamer porte-parole "pour tous et partout de la colère des policiers" - je dirais que ça va sans dire, qu’ils sont payés pour ça, et ça aurait fait l’économie d’un slogan de trop dans une frénésie de tracts - mais de l’être véritablement et sans attendre.
Les banderoles qui reniflent la naphtaline sont totalement superflues.
L’urgence syndicale est aujourd’hui une obligation de résultat allant dans le sens des revendications qui ont été dites tant de fois, qu’il n’y a pas besoin d’un seul gardien de la paix de plus dans la rue en guise de caution, avant de se mettre au travail, pas plus qu’il n’y a de temps à perdre à se tortiller sur les chaînes d’infos.
La logique aurait voulu un boycott total.
Le constat est un quinquennat d’insignifiance et d’immobilisme syndical avant un réveil contraint.
Vous êtes encore bien gentils de vous prêter à ce jeu de dupes.
Boycott.

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Bénédicte Desforges

#actu police, #syndicats

26 Avril 2012

Par SOLIDARITÉ avec les collègues du 93 :
Appel national à ne plus faire d’IRAS et de contraventions,
afin qu’ils puissent ENFIN se faire entendre.

Faire suivre à tous vos contacts policiers.


(texto à diffusion massive reçu aujourd'hui)

manifestation-policiers-Noisy-le-Sec avril2012 1
 

manifestation-policiers-Noisy-le-Sec avril2012 2

et enfonçage de clou par Marc Louboutin à midi sur Radio France :


manif DDSP93 24avril2012
Bobigny DDSP93 - 24 avril 2012


revendications-avril2012


manifestation-service-minimum-avril2012


manif Nice 27avril2012
Nice - 27 avril 2012 [video]


manif Montpellier 27avril2012
Montpellier - 27 avril 2012 - opération gyrophares [lien]

 

RASSEMBLEMENTS PRÉVUS :

. lundi 30 avril, 15h : Bobigny à l'ancienne DDSP93
mise à jour : Plus de 300 collègues étaient sur place (78, 75, 92, 93, 94, et aussi des policiers municipaux) Le collectif a été reçu par le préfet du 93. Une commission constituée de collègues sera mise en place. Les syndicats présents mais en retrait ne sont pas intervenus, laissant "le collectif 93" gérer.
. mardi 1er mai, 18h : Nice, 3ème mobilisation ! [Nice Matin] [France 3]
. mardi 1er mai : Evry devant la pref 91 [NouvelObs]
. mardi 1er mai : Lyon place Bellecour [NouvelObs]
. mercredi 2 mai, 13h : Nanterre devant la préfecture
. mercredi 2 mai, de 12 à 14 h : Marseille devant la préfecture
--- rassemblement en civil et sans gyrophare---
. mercredi 2 mai, 22h30 : Toulon place de la Liberté
. jeudi 3 mai, 13 h : Bordeaux devant le commissariat


Merci à Police-info pour son flux d'infos en temps réel !


Je compléterai cet article rapidement, et y rajouterai les compléments d'information nécessaires.
Les collègues sont évidemment libres s'ils le souhaitent, d'apporter les infos dont ils disposent, ou d'exprimer leur opinion dans les commentaires.

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Bénédicte Desforges

#actu police, #syndicats

6 Avril 2012

Mohamed Merah

Quand ça a commencé à flinguer, ils ont attendu le néonazi. Un nostalgique, un tueur d’Arabes et de Juifs qui aurait été élevé à l’hideuse mamelle de la sale Nation française. Et bercé tout contre le mur au chant de l’hymne raciste. Et qui aurait appris à parler avec un ministre de l’Intérieur. Ah ça ! On peut dire qu’ils l’ont espéré de toutes leurs forces, de toutes leurs intimes convictions ! Ça aurait été une affaire tellement simple à raconter, et des responsables si évidents à accabler. Un décryptage presque enfantin. La première balle n’était pas encore engagée dans le canon qu’ils savaient déjà tout de lui.
À ce moment de l’affaire, chacun était déjà expert en profilage criminel.

Et puis, méchant coup de théâtre dans les crânes, rétropédalage et tragédie à Boboland, le néonazi s’est effacé sur la pointe des rangers pour laisser toutes les scènes de crime à Merah, un garçon au sourire ahuri qui aimait bien faire des dérapages contrôlés en BMW. Wesh wesh et vos races, bande de blaireaux, vous ne l’aviez pas vu venir celui-là.
Il a fallu faire la bascule du 3ème Reich au djihad en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Mais suffisamment de temps pour que chacun devienne comportementaliste et expert en psychologie, capable d’expliquer comment la société, la politique, la télé-réalité, les boissons gazeuses et les jeux vidéos, avaient pu engendrer un tel monstre.

Pendant ce temps, le RAID tentait d’attraper cette raclure vivante et consentait, le jour passant, à ses ultimatums successifs. En fait, tout le monde était très impatient qu’il se fasse refroidir. La presse attendait la bonne nouvelle au fond d’une rue de Toulouse, et nous autres sur BFM-TV qui tuait le temps en invitant des gens qui n’avaient rien à dire. À un moment de la nuit, on y a cru. BOOOM ! Le journaliste qui était en train de meubler l’attente avec des considérations météorologiques a disparu de l’écran, on a cru qu’il était mort, mais en fait non, il avait plongé à terre au son d’une grenade à bruit du RAID. Le cameraman est resté debout, lui.
La matinée suivante, une trentaine de petites heures après que Merah se fut retranché, le RAID a donné l’assaut. Et a liquidé Merah qui leur tirait encore dessus tout en sautant par la fenêtre. À moins qu’il n’ait été jeté par-dessus le balcon par des flics d’élite, c’est vrai quoi, on ne sait jamais avec ces gens-là.
À partir de là, tout le monde est devenu spécialiste en techniques de police et interventions.

Le gendarme Prouteau, riche de ses souvenirs des Irlandais de Vincennes - ce bon vieux temps où il suffisait aux pandores de planquer armes et indices chez des gens pour en faire des terroristes - des écoutes illégales de l’Élysée, et des condamnations en justice que tout ça lui avait coûté, le gendarme de circonstance donc, est aussitôt venu claironner qu’il aurait fait bien mieux que le RAID à coups de grenades lacrymogènes et de sabre laser. La seule performance de Prouteau est d’avoir assuré le baby-sitting de la fille cachée de Mitterrand pendant les deux septennats du boss. Depuis, il fait le meuble dans tous les salons du livre avec le récit de cette belle aventure. Mais bon, il était content Prouteau, has-been mais comblé, ça faisait longtemps qu’il n’avait pas fait de télé, et c’était une aubaine pour se placer en pole position de la liste des innombrables opportunistes et experts du jour.
Après lui dans les médias et au-delà, une génération spontanée de petits gendarmes Prouteau sont venus à leur tour donner des leçons de police et expliquer à quel point les effectifs du RAID sont des baltringues qui ne connaissent rien du job.
Si ces bleu-bites avaient été aussi solidement burnés que leurs détracteurs et autres commentateurs frénétiques, ils seraient entrés chez Merah par la cheminée, une bonne tarte dans sa gueule, et hop ! menottes-police-prison.
Un expert israélien a aussi ramené sa science, mais c’est vrai qu’après avoir fait mai 68 à Gaza, tous les coups sont permis, phosphore blanc, uranium appauvri, etc, mais pourquoi diable n’a-t-on pas balancé une bombe sur l’immeuble de Merah, quels petits bras ces Français, j’vous jure.
Mais bon, comme tout ça avait été assez brutal, et Merah terriblement seul, sans gaz ni électricité contre la horde noire cagoulée, certains scrupuleux ont mis un point d’honneur à se la jouer procédurier dans le texte, et le terroriste mort est devenu un tueur présumé. Pendant que d’autres, très émus, transcendaient leur humanité dans le culte du bad-boy victime, efficacement servis par la monomanie des médias qui n’ont trouvé qu’une image pour illustrer la série de massacres, celle du sourire crétin du tueur, une valeur ajoutée au matraquage pleine de sensibilité.

Et puis, est venu le temps du doute.
Le père ne peut pas y croire, forcément il nie l’implication du fils. Puis arrive l’avocate en charge de déposer plainte contre le RAID pour assassinat, et qui se livre à un enfumage de presse derrière une table couverte à ras bord de codes pénal, civil, code du travail, code de la famille, des ponts-et-chaussées, etc, pour faire plus vrai, et dit avoir toutes les preuves d’un complot.
Mais en fait, si tout n’était qu’une machination policière ? Et si Momo était un copain du squale, un agent double, triple ? Et si la DCRI passait son temps à organiser des tournois de tarots avec la DGSE plutôt qu’aller à la chasse aux renseignements ? Et si dans tout ça, Merah n’y était pour rien ? D’ailleurs, j’vous pose la question, est-ce que Merah a une tête de terroriste ?
Alors bien sûr, tout le monde est devenu spécialiste en renseignement, sécurité intérieure et terrorisme.
À ces gens-là, il ne fallait surtout pas dire que ce sont des actes qui définissent le terrorisme, que suspicion et présomption ne sont simples que sur le papier, et que tant qu’il n’y a pas d’acte, il est relativement délicat de capturer un non-coupable de rien, et qu’un terroriste, ce n’est pas visible à l’œil nu.

Alors forcément, est arrivé le temps de la peur.
Si les services de renseignement et la DCRI, les incompétents de la veille donc, n'ont pas les moyens d'arrêter tous les terroristes avant qu’ils ne passent à l’action, s’il n’y a pas de phénotype unique dans cette catégorie criminelle, pas plus que de mode opératoire standard, alors c’est qu’il faut à tout prix abaisser le curseur du risque à zéro en menant une révolution sécuritaire.
Quand cette cause a été entendue, la trouille au ventre, l’opinion publique est devenue fasciste. D’une seule voix citoyenne, bien plus fort qu’un Patriot Act à la française, elle a réclamé l’instauration d’un état policier. Et alors quoi ! Les caméras de vidéosurveillance, c’est pas fait pour les chiens ! et puisqu’elles sont là, qu’attend-on pour leur demander la détection par reconnaissance faciale ? Fermeture des frontières dans les deux sens ! Flicage général ! Et puisque des gens pensent mal, parlent mal, ont de sales fantasmes, pourquoi ne pas inscrire le délit d’opinion au code pénal ?
Une fois le concept lancé, et acceptant tacitement qu'un totalitarisme, par définition, s’applique à tous, beaucoup de gens étaient devenus des gymnastes de compétition à force de grands écarts idéologiques entre l’avant et l’après Merah.

Dans le même temps, quelques spécialistes en pompes funèbres transméditerranéennes ont estimé que l’idée d'envoyer Merah moisir sous la terre de ses ancêtres était une intention délicate. À ça l’Algérie a fait sobrement savoir que ce type étant français, eh bien, chacun sa merde.

Et ici ça parle, et ça parle encore.
Ça bavasse, ça jacte, ça critique, ça expertise, ça s’interdit l’humilité. Les mots se sont empilés en montagnes de conneries, d’indignations extravagantes, d’explications péremptoires, de circonstances atténuantes, de faux procès, de conspirations, d’opportunismes indécents.

S'ils pouvaient seulement devenir, maintenant, des virtuoses du silence.

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Bénédicte Desforges

#au jour le jour, #actu police

22 Mars 2012

JJ.Urvoas

Jean-Jacques Urvoas, député, vice-président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, et secrétaire national du PS chargé de la sécurité :

"Si je comprends bien le RAID n'est donc pas capable en 30 h d'aller chercher un individu seul dans un appartement ?"
 

Non monsieur, vous ne comprenez pas, vous ne comprenez rien, et ce que vous avancez est scandaleux.
Et vous seriez bien inspiré de vous en expliquer auprès des fonctionnaires de police du R.A.I.D.
Mais bien sûr, vous êtes un spécialiste de la sécurité...
Allez, bon tweet !
 

BRAVO et MERCI à tous les collègues intervenants à Toulouse, et au RAID en particulier. Et prompt rétablissement aux blessés.

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B. Desforges

#actu police