“chroniques d'un flic ordinaire”

26 Juin 2006

  Nuit ordinaire, on est en orbite sur l'arrondissement quand la radio nous envoie sur un accident de voie publique, précisant simplement qu'une voiture est sur le toit au milieu de la chaussée. Il s'agit d'un boulevard sans aucune voie transversale, et chemin faisant, je me demande comment on peut faire un tonneau sur une telle ligne droite.
La voiture est en vue, pas d'autre véhicule en cause, un témoin qui n'ose s'approcher se tient sur le bord du trottoir. Moi aussi, je me demande ce qu'on va découvrir dans cette tôle froissée qui a raclé le bitume de tous les côtés avant de s'aplatir les roues en l'air.
On descend de voiture. Dans le même temps, on voit un homme s'extirper de la carcasse en rampant. Il se relève, époussette sa veste et refait le pli de son pantalon calmement. Il sort un paquet de cigarettes, s'en allume une, et contemple sa voiture d'un air perplexe. À nos questions, il répond qu'il va très bien, qu'il n'a rien du tout, qu'il voudrait juste faire remorquer sa voiture et appeler un taxi. Tout est cohérent, mais s'agissant d'un accident, je lui demande de bien vouloir se plier à l'Alcootest. Il rechigne un peu... Positif.
Les mesures étant prises sur place, on l'emmène à la direction de la PJ pour souffler dans l'éthylomètre qui donnera l'alcoolémie exacte. Cinq grammes. La machine doit être déréglée. Je souffle dedans, mon collègue aussi : zéro. Correct. Je vais chercher un inspecteur qui est en train de dîner : 0,1... normal. Un autre vient, le garde-détenu qui s'emmerde près des gardes à vue avec son bouquin et sa bière, 0,2, logique. Le type souffle à nouveau, cinq grammes. La prise de sang ultérieure confirmera le résultat.
Il n'avait vraiment pas l'air ivre, il était imbibé au point d'être adapté à une telle alcoolémie. Cinq grammes d'alcool injectés dans un organisme sain le tueraient, ou au mieux le plongeraient dans le coma. Lui, il ne titubait même pas.
Il avait juste fait trois tonneaux en ligne droite.

texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

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Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire

26 Juin 2006

  Le talent d'un dealer d'héroïne d'envergure moyenne est avant tout de cacher efficacement sa came. C'est cher, ça dégage de la plus-value à la revente, la demande est supérieure à l'offre, et c'est illégal. Se faire saisir le stock est redoutable de conséquences pour un dealer : garde à vue, dépôt, trou, perquisition qui entraînera le dépôt de bilan de la petite entreprise, et donc des problèmes de trésorerie.
Il convient donc de déployer ruses et astuces pour mettre toute cette merde à l'abri, non seulement des flics, mais aussi des toxicos dont le dealer dira qu'ils sont peu scrupuleux et mauvais payeurs.
Pour pouvoir dire en cas d'interpellation, qu'il n'est que simple consommateur, le dealer n'a généralement sur lui qu'une à trois doses. S'il les a emballées sous forme de bonbonnes, il peut les avaler, mais ce procédé plutôt réservé à l'urgence, empêche l'immédiateté de la vente.
Mais le reste de la came n'est jamais loin. Les cachettes standard sont les compteurs collectifs EDF, les poubelles, les boîtes aux lettres, etc., bref tous les endroits qui ne sont à personne en cas d'irruption intempestive de la police, et à tout le monde en cas d'heureux hasard pour un toxico.
Si le dealer a une voiture, il dispose de plusieurs possibilités de planque. Il peut par exemple scotcher la came derrière les enjoliveurs.
Tout ça reste très classique et très ébruité. Il y a chez les dealers de véritables virtuoses de la cachette.
Dans une cité, il y avait un type craint de tous à cause de son énorme rottweiler. On ne lui connaissait pas d'activité “ stupéfiante ”. Un jour pourtant, je ne sais plus quel soupçon ou dénonciation nous a amenés vers lui, et on a découvert des dizaines de doses d'héroïne dans le collier du chien.
Un peu plus loin, il y avait un autre gars qui, lui, était plaint de tous à cause d'un handicap qui l'obligeait à marcher avec une béquille. Et un jour, je ne sais plus ni pourquoi ni comment, on a découvert une centaine de doses dans la béquille.
Etc.

texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

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26 Juin 2006

  La chasse à la voiture volée nous emmène au cœur de la cité, entre les barres d'immeubles. Le jeune homme pile brusquement au milieu de l'allée et descend de voiture. Arrogant, souriant, il pose nonchalamment le coude sur le toit en nous dévisageant. À quelques mètres, silencieux, une trentaine de jeunes observent la scène.
Un jeune collègue perd son sang-froid, dégaine son arme, et la pointe sur l'homme en criant : « Mets tes mains sur le capot et ne bouge pas ! »
Les jeunes nous entourent, toujours sans rien dire.
L'homme décroise doucement les jambes, et d'un mouvement lent lève les deux mains au-dessus de sa tête. Puis, il fait face à sa voiture et nous présente son dos. Il reste immobile quelques secondes dans cette position, et tourne simplement son regard vers le jeune flic. « Eh bien, tire maintenant... »
Nous sommes remontés en voiture, et nous avons quitté la cité.
Le brigadier s'est retourné vers le collègue, et lui a mis une baffe.
 

texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

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