26 Avril 2008

B.Desforges

#ailleurs...

23 Avril 2008


  La douche de cinéma, c’est une institution. J’ai vu trois films consécutivement où il y avait une scène de douche, c’est presque devenu incontournable dans un long métrage. 

  La douche de cinéma fait partie des clichés redondants supposés traduire une ambiance ou l’état d’esprit d’un personnage, annoncer la scène qui suivra, remplir d’eau tiède un temps mort, et parfois provoquer des soupirs de lassitude. À force de voir des douches au cinéma, on en finirait par y aller avec un savon et une serviette pour sécher le comédien, histoire qu’il passe vite à autre chose.

  Oh bien sûr, ce n’est pas le seul cliché prévisible. Au hasard, on peut aussi citer les scènes d’ascenseur, l'ascenseur historique, l'ascenseur absolu et originel du cinéma, le meilleur, reste celui qui menait à l’échafaud. Ou encore les scènes de de parking ou de ruelles désertes, pareillement propices aux ambiances de grande solitude, aux meurtres, aux regards angoissés, aux pas qui se pressent à grand renfort de bruitage de talons affolés, ou plus joyeusement aux roulages de pelle. Je vous épargne les scènes de coucher de soleil, rarement associées au crime - sauf au Japon où le savoir-vivre et le savoir-mourir ont encore de la gueule - mais le plus souvent placées juste avant le générique de fin sur fond de happy end. 

  Mais revenons un peu sous la douche.

  La douche au cinéma, c’est trois fonctions essentielles. Se mouiller, baiser, se faire tuer. 
Vous remarquerez que je ne mentionne pas qu’on puisse s’y laver, parce que c’est finalement assez rare. Le gel douche n’est pas une plus-value à la mise en scène, et le shampoing n’est pas compatible avec l'arc psychodramatique de base. Un personnage de cinéma ne se lave donc pas, il se mouille. Et pas n’importe comment. Il se mouille avec style, et sa douche délivre un message essentiel. 

  C’est par exemple le cas du héros épuisé - flic ou voyou, on va dire - que l’eau va laver des turpitudes et miasmes de la vie, le métier, la traque, tout ça quoi. Le voilà nu et vulnérable sous l’eau rédemptrice, pour que le spectateur comprenne qu’il n’est qu’un homme simple comme toi et moi, qui n’a jamais de problèmes de tuyau de douche à la con qui fait des plis, puisque chez lui il y a un splendide pommeau de douche en aluminium hors de prix, pas comme chez toi et moi. La caméra s’attarde sur l’eau qui jaillit et dégouline sur les muscles blindés d’acide lactique du pauvre héros éreinté qui a failli mouru dix-sept fois dans la même journée. Il a la tête basse, et son profil est magnifiquement mis en valeur sous la vapeur que dégage son corps ruisselant, tel un destrier fourbu qui attend le coup de grâce. 

  En général, ça veut dire qu’il vient de faire quelque chose de terrible. Genre, arrêter une météorite géante avec ses petites mains avant impact sur le siège social de Gaumont-production-distribution bientôt cotée au CAC40, tuer trois ou quatre truands recherchés depuis vingt ans par Interpol et paf ! c’est lui qui l’a pécho et pas Bruce Willis, ou interpeller Ben Laden dans un hammam de Barbès. Pas du bidon, du lourd quoi. Donc il se mouille pour oublier qu’il est mortel. Et souvent c’est là que sa femme arrive.
« Chéri ? Mais tu n’as plus de gel douche ? »

  Et là, on passe avec bonheur à l’usage numéro deux de la douche au cinéma. Il l’enlace fougueusement pour se prouver qu’il est en vie, l’embrasse et la baise sous l’eau pour ne pas avoir à répondre de l’absence de la savonnette, et de la mention "héros crasseux" inscrite dans le script. Et il lui dit un truc du style « Non, tu ne pourrais pas comprendre, tu découvrirais alors l’homme que je suis vraiment. » Alors, sous le charme de cette terrible réplique à haut pouvoir érogène, elle oublie de se déshabiller. Parce que s’il y a bien une constante des scènes de baise sous la douche au cinéma, c’est que l’un des deux protagonistes reste habillé. À ce jour, aucun scénariste n’a su résister à l’effet T-shirt mouillé… C’est incroyablement bandant et traduit à merveille le sentiment d’urgence de l’accouplement du héros avec sa femelle. De l’amour insensé au viol bestial, il faut bien reconnaître que l’eau qui coule sur deux corps en train de se secouer sur grand écran, c’est du meilleur effet, ça le fait vraiment.

  Donc, pour que ça cesse, il reste le dernier cliché de la douche cinématographique : le meurtre. Si Hitchcock n’avait pas existé, qui l’aurait inventé ? La douche, c’est le décor idéal de la scène de crime. La victime est seule, environnée de bruits et de vapeur d’eau.
  Dans ce cas de figure, elle peut se mouiller, se laver, faire de la mousse, chanter, etc. L’insouciance de la victime imminente tranchera avec maestria sur l’image de l’assassin approchant avec sa lame à la main. Ou son arme à la main si la production peut raquer pour un R supplémentaire. À peine un cri et le tour est joué. La victime dont les mains laissent des traînées de sang très photogéniques sur le plastique du rideau de douche, meurt en faisant des bulles de savon rougeâtres par la bouche, par le nez et par les blessures infligées par le méchant. Pendant ce temps, la douche continue de couler, ce qui tombe bien parce que l’ADN est soluble dans l’eau, et se barre dans le siphon avec toutes les autres traces et indices, en un gracieux tourbillon. Le petit plus de ce type de contexte meurtrier, est que le rideau de douche a des dimensions convenables pour emballer le cadavre, si toutefois l’assassin veut emporter un souvenir.

Et pourquoi je vous dis tout ça, moi ? 
Parce que très prochainement sur cet excellent blog, vous pourrez lire ma critique d’un film policier qui justement présente une scène de douche particulièrement grotesque. Comme les autres scènes, d’ailleurs. Et comme je suis très gentille (contrairement à ce que prétend la rumeur) je m’en vais vous conter ce film pour vous éviter d’aller le voir.
Que ne ferais-je pour toi, public chéri.

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17 Avril 2008

  Ton écriture ressemble à une femme endimanchée et trop maquillée. Elle se croit belle, virgule après virgule, et entre points qui s’exclament ou s’interrogent en battant des cils, elle se persuade de sa séduction.
Elle se tortille et s’étale à coups de mots précieux et étudiés. Elle se couvre de bijoux d’une rhétorique de toc, ignorant la distinction du mot solitaire. Elle se croit riche et pourvue, mais à la lumière du sens, elle n’est que verbeuse et fardée de synonymes.
Elle voudrait sans doute avoir la grâce d’une madone, mais elle ne raconte que la coquetterie d’une syntaxe pucelle, aguicheuse et bavarde.

  Ton écriture pense que l’habit fait la phrase, mais elle ignore encore que nue, une gueuse peut être belle.
À l’heure de la plume pubère qui jouit de l’étreinte des textes autres, et du hasard des proses, ton écriture déjà esclave d’un sujet roi, du sujet toi, n’a pas voulu se laisser baiser par Lagarde et Michard, elle a fait le choix de la conjugaison atrophiée et de la stérilité. Elle aurait pu être grosse, métissée de mots millénaires, mais branlant son ambition contre l’enceinte d’une inspiration à la première personne, elle s’est trouvée obèse de lettres asservies à ta majuscule.

  Si ton écriture était un métier, à l’enchère du vocabulaire, elle serait commerçante et vendrait de l’assurance d’émotions primaires et d’images grossières. Elle cèderait au chaland l’objet direct de bons sentiments faciles, pétris à la crasse de ton nombril.

  Ton écriture, c’est ta danseuse, ta prétention qui ne servira pas tes prétentions. C’est ton miroir muet des mots menteurs. L’écrit exhibé quand à l’oral on implorerait le bâillon. La forme délétère qui jamais ne touche le fond.

  Ton écriture, c’est de la merde bien emballée.

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Bénédicte Desforges

#ailleurs...