28 Mai 2008


C'est alors que se connecta le renard.

- Kikou, dit le renard.
- Kikou, répondit poliment le petit prince, qui actualisa mais ne vit rien.
- Je suis , dit la voix, dans le cache de Google.
- Qui es-tu ? asv ? dit le petit prince. Tu as un bien joli design...
- Lol, je suis un renard, dit le renard.
- Viens bloguer avec moi, lui proposa le petit prince. J’ai si peu de visites et de commentaires...
- Je ne puis pas bloguer avec toi, dit le renard. Tu ne m’as pas linké.
- Ah! pardon, fit le petit prince. Mais, après réflexion, il ajouta :
- Qu'est-ce que signifie "linker" ?
- Tu n'es pas de la blogosphère, dit le renard, que cherches-tu ?
- Je cherche les blogueurs, dit le petit prince. Qu'est ce que signifie "linker" ?
- Les blogueurs, dit le renard, ils ont des classements mensuels et ils chassent. C'est bien gênant ! Ils élèvent aussi des copiés-collés. C'est leur seul intérêt. Tu cherches à être dans le Top100 de Wikio ou bien ?
- Non, dit le petit prince. Je cherche des amis. Qu'est-ce que signifie "linker" ?
- C'est une chose très convoitée, dit le renard. Ça signifie "créer des liens"...
- Créer des liens ?
- Bien sûr, dit le renard. Tu n'es encore pour moi, qu'un petit blogueur tout semblable à cent mille petits nolifes. Et je n'ai pas besoin de toi. Et tu n'as pas besoin de moi non plus. Je ne suis pour toi qu'un renard semblable à cent mille renards. Mais, si tu me linkes, nous aurons besoin l'un de l'autre. Tu seras pour moi utile à mon référencement. Je serai pour toi un avantage pour tes statistiques...
- Je commence à comprendre, dit le petit prince. Il y a une putafrange... je crois qu'elle m'a linké...
- C'est possible, dit le renard. On voit dans la blogosphère toutes sortes de choses...
- Oh! ce n'est pas dans la blogosphère, dit le petit prince.
Le renard parut très intrigué :
- IRL ?
- Oui.
- Il y a des trolls, sur cette planète-là ?
- Non.
- Ça, c'est intéressant ! Et des influents ?
- Non.
- Rien n'est parfait, soupira le renard...

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Bénédicte Desforges

#ailleurs...

26 Mai 2008


 

Vidéo dédiée aux saisonniers de la bien-pensance, qui trouvent que c’est hype d’être bouddhiste, et qui participent à des happenings entre bobos sur la Place des Droits de l’Homme en attendant la prochaine émotion collective.

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22 Mai 2008

  Cet instant dont il ne restera rien, mais c'est un instant définitif.
  Que l’on confondra et qu’on noiera dans le temps, parce qu’il appartient à l’avant et à l’après.
  Cet instant entre l’avant et le rien. Entre le bruit et le silence. Entre le cri et le silence. Cet instant du hasard, d’un fil de temps en trop, en retard, en avance. Le temps attendu, le temps qui surprend, ou le temps qui trahit. On dit le sort, on dit le destin, on dit que c’était l’heure, ou un mauvais hasard. Le destin n’a rien signé, on ne croit pas au sort ni au hasard, et je n’ai pas toujours regardé l’heure. Mais j’ai vu l’instant. Hors du temps. Rien n’avait bougé, personne ne s’était approché. Pas encore. Mais j’étais dans l’instant. Avant, il y avait la fenêtre. Là, un suicide. Je ne sais pas s’il est mort. Rien n’a bougé. Avant, la route. Ici, l’accident. Mais je n’ai pas encore regardé. Je n’entends rien d’autre que les craquements du métal tordu. Avant, il y a eu la haine, la colère. Et à mes pieds, un ventre ouvert. Je ne sais pas s’il est mort. C’est encore dans le silence de l’instant. Rien n’a bougé.
  Après cet instant, parcelle de l’avant, tout est fini et le temps peut prendre son temps. On ramasse, on note, on mesure, on met des gants et on sort ce qu’il y a dans les poches des morts. On prend notre temps. On gagne du temps. On devine l’avant et on constate l’après. L’instant n’a pas de nom, il est la cause et la conséquence. L’instant est au carrefour, ou dans le fil d’un couteau. L'instant s'injecte. L’instant est expiré par le choix d'un après.
  Quand l’avant veut retenir le temps, l’instant laisse une trace. Ce sont les objets qui tombent des morts. Dans sa chute, un défenestré a perdu sa chaussure. Une pauvre chaussure de plastique qui s’était fendue plus que son crâne. Une chaussure de misère qui racontait la cause et la conséquence. Une chaussure sans lacets, l’autre en avait. Du plastique qui faisait semblant d’être du cuir, mais le cuir ne se fend pas, et il reste aux pieds des morts. Et cette femme qui serrait dans sa main morte une photo déchirée. C’était l’image de l’instant, qui, en quatre morceaux, contenait le temps de l’avant et le temps de l’après. Et il y avait cette fille morte et belle. La shooteuse est encore dans son bras, le piston est poussé à fond de rêve. Accident de moto. Le gant est posé dans le caniveau, indifférent à l’eau et à l’immondice, il a la courbure de la main. Une main nonchalante dans un gant vide.
Objet, intime morceau de rien qui résiste encore, qui retient le souffle d’avant l’instant.
Posé à coté de l’après.
  Comme un tout petit témoin inutile.

à texte extrait de Police Mon Amour

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Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire