20 Août 2008

Parce que c'est l'été, qu'il n'y a pas grand monde, et que je ne vois pas pourquoi je ne ferais pas un hors sujet de temps en temps. Ou un truc imbécile sans intérêt.
Parce que les blogs c'est surtout aussi ça.

  Laurent et moi, tous les deux, faisons parfois des pauses dans la journée. On se retrouve sur Blog-it express, une sorte de café du commerce virtuel pour blogueurs oisifs, une petite page défilante format papier Q, où nous discutons agréablement et courtoisement.
  À l’heure du café, ça donne ça :

Bon... J’admets volontiers que c’est complètement con.
Passons.

Une petite histoire ?

  C’est l’histoire d’un type à la piscine. Il est assis sur le bord, les pieds dans l’eau, et regarde avec fascination une nageuse qui crawle, brasse et papillonne dans le bassin. Il se dit qu’elle est très belle, et qu’elle nage merveilleusement bien. Elle fait aller-retour sur aller-retour, et cabriole gracieusement au bout de chaque longueur sans montrer aucun signe de fatigue. Elle est inlassable décidément, et il ne peut détacher son regard de ce corps de sirène qui, d’un bord à l’autre, va et vient dans l’eau.
  Elle finit par sortir de la piscine, elle retire son bonnet de bain et secoue sa longue chevelure. Elle est vraiment jolie. Lui, n’y tenant plus, lui dit :
  « Mademoiselle, depuis tout à l’heure je vous regarde nager. Vous avez du style et de l’endurance, c’est incroyable. Vous êtes une nageuse chevronnée. Vous préparez une compétition peut-être ? »
  Et elle de répondre :
  « Non, je suis pute à Venise. »

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16 Août 2008

mise à jour du 17 mai 2010 :

Il faisait partie des premiers dégâts collatéraux des ennuis de Chapour Bakhtiar.
Aujourd’hui, il n’est plus là pour s’énerver des bizarreries diplomatiques.
Et c’est pas plus mal...

Remise en liberté et retour en Iran de l'assassin de Chapour Baktiar
 

  Bernard est mort.
  Il avait 51 ans.
  Je l’ai appris d’un collègue tout à l’heure.
  Bernard était rentré dans la police nationale en 1978, et il avait été affecté à la CDI92 (compagnie départementale d’intervention).
  Il avait 22 ans quand il a été très gravement blessé par balles lors d’un attentat terroriste commis contre Chapour Bakhtiar, ancien premier ministre du Shah d’Iran, opposant de Khomeiny, en exil en France.
Cette tentative d’assassinat à couté la vie à Jean-Michel Jame, fonctionnaire de police, et une civile de l’immeuble suite à une "erreur" de repérage des terroristes. Bernard a reçu une rafale de mitraillette dans le dos et, paralysé à vie, a passé le restant de ses jours dans un fauteuil roulant.
  Le chef du commando terroriste, Anis Naccache, d’origine libanaise, et ses quatre complices sont arrêtés, jugés et condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité, et à vingt ans pour l’un d’entre eux.
  Ils seront néanmoins tous graciés par le président de la République française en 1990, soit dix ans après les faits, dans le cadre d’une négociation entre la France et l’Iran.
  On a vu Bernard à ce moment-là, il faisait une drôle de tête…
  Surtout quand la clique de Naccache lui a proposé deux millions de francs (me semble-t-il, mais sans certitude) à titre de dédommagement du préjudice subi. Bernard n’a jamais voulu de cet argent. Jamais. Il a vécu d’une modeste pension.
  Chapour Bakhtiar a finalement été assassiné en France, dans les Hauts-de-Seine, un an après la libération de Naccache et de ses complices.
  Anis Naccache vit aujourd’hui à Beyrouth. Architecte-décorateur de profession, premier terroriste se réclamant d’une mouvance religieuse extrémiste, il est à présent un homme d’affaire reconnu et conseiller en stratégie.
  La santé de Bernard a continué à se détériorer. Il devait voir un kiné tous les jours, et faisait de multiples séjours à l’hôpital pour des complications de son état, de plus en plus souvent et de plus en plus longs et douloureux.
  Ses anciens collègues ont continué à lui rendre visite, fidèlement. Il vivait dans les Hauts-de-Seine, et il n’était pas rare de voir une patrouille s’arrêter chez lui. Mais sa vie était un enfer de douleur.
  Bernard est mort.

 
 J’aurais envie de dire beaucoup plus. Sur lui, sur l’inutilité du sacrifice de sa santé, de sa vie, sur tout ce que cette terrible blessure, ce handicap ont empêché… Sur les vies qui comme la sienne, font partie des pertes et profits de la République. Mais à quoi bon… 

  Personne ne sait qui est Bernard Vigna.
  Mais Bernard, ses yeux bleus, ses cheveux longs, son rire, son putain d’appartement dans sa cité Picasso pourrie, son fauteuil roulant, tout ça vit encore dans mon souvenir, et celui des collègues.

  Adieu collègue, j’aurais voulu te revoir avant le grand départ.

  En souvenir d’un des bons moments passés avec Bernard, j’avais écrit un texte :
  La blessure

Les commentaires de ce billet ne sont a priori ouverts que pour les collègues.
Merci de laisser des messages sans haine, et sans appréciation "politique" des faits.
Si quelqu'un de la CDI92 ou de l'UMS92 passait par là, et avait en sa possession une photo de Bernard, j'aimerais bien...

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Bénédicte Desforges

#actu police

11 Août 2008

le parc

  Si on ne l’avait pas vue, on n’aurait rien su.
  Une petite fille sur une bicyclette, qui pédalait à perdre haleine sur le chemin qui longeait le parc. Elle devait avoir une dizaine d’années. Penchée sur son guidon, elle peinait dans la montée, mais elle avançait de toutes les forces de ses petites jambes sur son vélo trop grand. On la regardait faire, amusés par son effort et le cartable qui rebondissait en mesure sur son dos. Elle semblait faire la course, mais il n’y avait personne derrière elle. On se disait qu’elle était en retard, qu’elle avait trainé à la sortie de l’école, et qu’elle rattrapait le temps perdu pour éviter les gros yeux de son père. On se disait qu’elle ne voulait pas rater le début de son feuilleton du soir. On se disait plein de choses futiles quand on l’a vue se retourner avec l’air inquiet, et manquer de perdre l’équilibre et de tomber. On ne se disait plus rien quand son écharpe s’est envolée, qu’elle l’a remarqué, mais qu’elle ne s’est pas arrêtée pour la ramasser.
  On s’est rapprochés du petit chemin sur lequel elle semblait fuir quelque chose qu’on ne pouvait voir, et c’est en l’attendant, à quelques mètres face à elle, qu’on a vu son regard affolé sous son front pâle et en sueur.
  D’où on était, on lui a fait signe, paisiblement, comme pour jouer à la police qui arrête une voiture, avec de grands gestes lents et exagérés. Elle a mis pied à terre, elle avait du mal à reprendre son souffle, et elle a encore une fois regardé derrière elle.
  « Hé bien, où vas-tu si vite, mademoiselle cycliste ? »
  Elle n’arrivait pas à parler, ses lèvres tremblaient, elle était livide.
  « Quelqu’un te poursuit ? D’où viens-tu comme ça ?
  - Nulle part ! Nulle part ! » a-t-elle crié d’une voix suraigüe.
  Elle grelotait.
  « Écoute. On le voit bien que quelque chose ne va pas, il faut nous dire. Il faut nous dire ce que tu as vu, et de quoi tu as peur. Et après, on te suivra jusqu’à chez toi pour qu’il ne t’arrive rien, tu es d’accord ?
  - Oh non ! Je vais me faire disputer si je ne rentre pas tout de suite !
  - Explique-nous d’abord, et on te promet que personne ne te grondera ce soir. »
  On a du insister un peu pour qu’elle parle. Elle s’est mise à pleurer en hoquetant sans pouvoir prononcer un mot, elle m’a laissée faire quand je l’ai serrée contre moi, et que je lui ai remis ses cheveux en ordre et son écharpe autour du cou. Elle m’a réclamé un mouchoir, et je lui ai demandé de raconter.
  Elle avait traversé le parc pour gagner du temps en rentrant de l’école, et un homme l’avait hélée. Sans se méfier, elle s’était approchée, il l’avait saisie par l’épaule, et sa bicyclette était tombée. Elle s’était débattue sans parvenir à se libérer de sa poigne pendant qu’il dégrafait son pantalon, et il s’était masturbé tout contre elle en grognant des insanités. Un instant, il avait relâché la pression de ses doigts sur elle, et elle s’était précipitée sur son vélo. Il l’avait aussitôt rattrapée, l’avait insultée, serrée contre lui, et obligée à le regarder faire.
  Elle n’avait pas bien compris.
  « Il a fait pipi devant moi » nous avait-elle dit.
  Vite, il fallait faire vite.
  « Comment était-il habillé, tu t’en souviens ?
  - Un pantalon gris, des chaussures noires, et une culotte blanche, c’est tout ce que j’ai vu de ses habits.
  - Et il était plutôt vieux comme ce policier, ou jeune comme celui-ci ?
  - Plutôt jeune comme celui-là, avec pas beaucoup de cheveux. »
  On a fait monter la fillette dans la voiture, et tant bien que mal, on a mis son vélo dans le coffre.
  « On va rentrer dans le parc, on va essayer de le retrouver. Ne t’inquiète pas, s’il est encore là, on ne s’approchera pas de lui avec toi, il ne te verra pas. »
  Au bord d’un chemin, il était là.
  « C’est lui, là. C’est lui… »
  Une trentaine d’années, bien habillé, il fumait une cigarette, arborant l’air nonchalant du promeneur du soir en jouant avec les clés de sa voiture, garée tout près, le long du même chemin. A l’arrière, il y avait un siège d’enfant.
On a laissé la fillette dans notre véhicule, et on est allés à sa rencontre.
  « Bonsoir. Que faites-vous ici dans ce parc ?
  - Mais rien ! Rien du tout ! Je me promène ! C’est interdit ? »
  Sa braguette était ouverte.
  Je n’ai pas pu m’empêcher. Je n’ai pas pu…
  « Monsieur, personne ne vous attend à cette heure-là ? Une femme à la maison ? Des enfants ?
  - Oui, ma femme et mes enfants, et alors ?
  - Enculé, sale pervers, ordure, tes enfants t’attendent et tu te branles comme un sale porc sur une petite fille dans un bois ?
  - Vous êtes folle !
  - Non connard, je ne suis pas folle, ta braguette est descendue et tu as encore du sperme sur ton pantalon. Et probablement le même sperme de fils de pute dégénéré sur le manteau de la petite fille. »
  Je ne pouvais pas parler autrement, je ne pouvais pas lui parler normalement, je voulais lui en dire plus encore. Je voyais ses mains blanches, propres et potelées, avec sa grosse alliance en or et sa gourmette, et je les imaginais, l'une sur l'épaule frêle de la petite, et l'autre sur sa queue. Et dans le même temps, je refreinais une envie terrible de lui balancer mon genou dans les couilles. Je sentais une sorte d’influx nerveux de mon pied d’appui jusqu’à mon genou droit, en passant par la hanche, qui me dictait, muscle par muscle, comment lui envoyer un coup à lui faire sortir ses organes génitaux par les yeux.
  « Pauvre sombre merde, crevure, sale chiure de pédophile qui mérite d’aller au trou se faire ravager le fion par ses codétenus, espèce de gros… »
  Je l’ai insulté jusqu’à ce qu’un collègue me demande de me taire, et lui passe les menottes.
  On a demandé du renfort pour transporter l’homme au poste. La petite fille l’avait reconnu, et il était sale des traces de son outrage. Ce n’était pas la peine qu’elle recroise son regard ce soir-là.
  Plus tard, bien plus tard, après qu’il ait été entendu par un officier de police judiciaire, je ne sais pas si je l’ai rêvé ou pas, mais je crois que je suis allée faire un tour dans la garde-à-vue pour encore l’agonir d’injures.

récit extrait de Police Mon Amour

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Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire