9 Décembre 2010

flic2rue

 
 Les histoires de Fred de Mai, c’est de la police comme si on y était.
  Patrouiller dans les pages de ce Flic de rue, c’est être son collègue, voir et entendre la réalité de ce flic de terrain, partager ses coups de cœur et ses colères.

  Au fil de ces anecdotes, des tragédies quotidiennes à la comédie humaine, on fait beaucoup de rencontres, on croise monsieur-tout-le-monde, des mal en point, des morts, des délinquants et des flics, hauts en couleur ou ordinaires, odieux ou amusants, mais toujours décrits avec la sincérité et le recul de ceux qui marchent dans la vie les yeux grands ouverts, sans préjugés ou arrière-pensées.
  A travers ces textes, Fred de Mai parle de la vocation de flic qui n’a jamais cessé de l’animer. Même dans les coups durs, même au cœur d’une machine administrative toute dévouée à la hiérarchie et aux notes de service, quand lui ne renonce pas à l’enthousiasme de mettre sa tenue de flic.

  Un simple flic ce "flic de rue"  ? Non. Rien n’est simple dans la police, et c’est ce qu’il raconte avec la grâce de celui qui ne cherche pas à tout expliquer ou juger, et avec l’humilité d’un homme qui se voit d’abord comme un citoyen parmi les autres.

  Flic de rue est écrit par un policier en activité.
  C’est une mosaïque de petits bouts de vie de flic, ponctuée par de belles photos en noir et blanc réalisées par l'auteur, un livre dans lequel la police peut être à la fois synonyme d’épreuve et de passion.


Flic de rue, 188 pages – 11,40 € sur Amazon

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Bénédicte Desforges

#ailleurs...

1 Décembre 2010

Bénédicte Desforges

#au jour le jour

26 Novembre 2010

  C'était une petite galerie marchande comme il y en a parfois au pied des cités. La moitié des magasins étaient fermés, les rideaux de fer, désormais couverts de graffitis, étaient baissés depuis longtemps sur des commerces qui ne tenaient pas longtemps face à la précarité et à la délinquance. Il restait un bazar tenu par un Pakistanais, quelques enseignes inconnues qui vendaient des vêtements à bas prix, un cordonnier et un bar ouvert sur la rue, avec ses quelques tables en plastique délavé et des parasols déployés en toute saison pour avoir l’air plus gai. Tout au fond de la galerie, il y avait un petit supermarché où nous nous rendions ce jour-là pour y chercher un voleur qui avait été arrêté en flagrant délit par des vigiles.
  Les quelques adolescents qui traînaient là, adossés aux murs des magasins morts, nous regardaient passer, le regard mauvais, en marmonnant des mots auxquels nous préférions ne pas prêter attention. Ils devaient avoir une vague idée de la raison de notre venue et de nos pas pressés dans l’allée crasseuse de leur havre de fortune.
  Nous sommes passés au-delà des caisses du supermarché, et un grand type arborant le badge d’une société de sécurité nous a invités à le suivre jusqu’au bureau du directeur du magasin, où le voleur avait été conduit. Nous avons monté un escalier et sommes entrés dans une pièce dont l’unique fenêtre donnant sur les rayons et les caisses était masquée par un store à lamelles.
  Assis sur une chaise, face au bureau et à l’écran d’une caméra de surveillance, un tout petit enfant sanglotait. Il avait six ans.
  « Où est le voleur ? avons-nous demandé.
  – C’est lui, ont répondu d’une même voix le directeur du magasin et le vigile, en désignant le gamin.
  – Qu’est-ce qu’il a volé ?
  – Une boîte de thon.
  – Une boîte de thon ?
  – Oui, une boîte de thon qu’il a mise dans sa manche. On a tout vu. On l’a chopé à la sortie.
  – Il était tout seul ?
  – Tout seul. Pas de complices. Sale petit con. »
  On regardait tous la boîte de thon sur le bureau.
  Une boîte de thon sans marque, vendue à l’unité, de ces produits qu’on place tout en bas des rayons parce qu’ils sont les moins chers, que l’emballage est laid et ne donne pas envie.
  Le gamin continuait à pleurer et hoqueter, avec plein de larmes et de morve sur le visage.
  « Monsieur, on va emmener le môme. Affaire sans suite, on est d’accord ?
  – Ah mais non, certainement pas ! J’en ai ras-le-bol de tous ces merdeux, ces nègres et ces bougnoules qui viennent me faire chier et me piller tous les jours ! Je vais déposer plainte.
  – Ce n’est qu’une boîte de thon, vous n’avez pas mieux à vous mettre sous la dent comme voleur ? On va s’emmerder à faire une procédure pour une boîte de thon piquée par un mioche qui pisse encore au lit ?
  – Mais j’en ai rien à branler, moi! C’est votre boulot ! »
  On est repartis avec l’enfant.
  J’ai attrapé sa main, mais il s’est senti prisonnier.
  On a traversé ainsi toute la galerie marchande dans l’autre sens vers la sortie.
  Le petit pleurait, essayait de m’échapper. Mais il fallait bien l’emmener pour le rendre à ses parents.
  Les jeunes nous ont encore regardés, mais ils ne disaient plus rien. Seuls leurs yeux nous tiraient dans le dos.
  Moi, je regardais vers nulle part, j’avais juste un voleur de six ans à mes côtés, un voleur de boîte de thon, qu’aucun mot ne calmait et qui, la bouche grande ouverte sur une dent de lait manquante, hurlait « maman! »
  Dans la voiture, en route vers le commissariat, il s’est un peu calmé, on l’a rassuré comme on a pu, on a essayé de le faire rire. Et c’est là qu’il nous a dit qu’il avait faim.


récit extrait de Police Mon Amour

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Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire