24 Janvier 2012

« C'est en faisant n'importe quoi qu'on devient n'importe qui. »
Rémi Gaillard

la suspendue de la République


Le nouveau livre signé Sihem Souid est une sorte d’agenda linéairement fastidieux relatant les tracas administratifs, et tentatives médiatiques et politiques, qui ont ponctué le laps de temps écoulé entre ses deux publications aux éditions du Cherche-Midi.

La construction est donc chronologique, et dans les faits, on n’apprend pas grand-chose de plus qui n’ait déjà été relaté et monté en épingle dans une presse fidèlement attentive au buzz Sihem Souid.

Même la promesse faite en quatrième de couverture de révéler tout des négociations secrètes, rendez-vous discrets avec l'institution et autres intrigues de coulisses, n’est pas tenue.
Au mieux y trouve-t-on comme amusante révélation un rendez-vous cordial avec Nicolas Comte, secrétaire général du syndicat majoritaire des gardiens de la paix, dans un café de la place de la Bastille (plus hype et plus discret qu’au siège du SGP Unité Police ?) Des dires de Sihem Souid, leur conversation les met si bien en phase, qu’il lui demande de faire partie de la liste de ses soutiens publics, lequel soutien est en effet réaffirmé dans les colonnes du JDD dix jours plus tard. Homme d’engagement versatile et petites peaux de bananes entre amis, il la privera néanmoins de son appui et de celui de son syndicat, suite à un tract moqueur d’Alliance le syndicat adverse, qui en aurait été récompensé sous-entend Sihem Souid.
L’auteur semble pourtant lui pardonner cette faiblesse, loue l’action syndicale de Nicolas Comte, et conclue son chapitre par l’attente d’un mea-culpa de celui-ci.
Et aussi, pour amuser les vrais flics sanctionnés pour bien moins, le récit de la rencontre avec le commissaire divisionnaire Jacquème, directeur adjoint de l’IGS, affable et souriant, qui après son audition portant sur le non respect du devoir de réserve, blague, la félicite sur la qualité de ses interventions médiatiques - « Nous avons vainement visionné vos rushes pour chercher la faille » (on croit rêver NDR) - insiste pour obtenir une dédicace auprès d’une Sihem Souid qui se fait prier, et ne cachant pas son enthousiasme, la remercie chaleureusement.

Bref, rien de réellement palpitant ou instructif dans ce livre mal écrit et vite lu.
Énormément d’autosatisfaction, et autant d’approximations et d’imprécisions qui tombent à pic. Ce qui est toutefois intéressant d’y observer est la recette de cette soupe fade, parce qu’il fallait tout de même noircir 200 pages.

Une soupe froide cependant. L’électroménager ayant rejoint les rangs des ennemis de la République, Sihem Souid dénonce page 130 une sorte de feu de casserole, dont elle suggère lourdement qu’il put être d’origine criminelle.

Les ingrédients de ce futur bad-seller sont donc les suivants :

1/4 de copies d’extraits du press-book de l’auteur, et autres lettres de soutien moult fois déjà diffusées, dont on comprend que si les signataires accordent un soutien de façon quasi pavlovienne, ils adhèrent bien davantage à une cause qu’à celle qui se présente à eux comme le porte-drapeau de celle-ci, et dont ils ne savent finalement pas grand-chose sinon qu’elle peut, à première vue, incarner un concept très vendeur médiatiquement.

1/4 de carnet d’adresses où elle cite consciencieusement les noms de tous les éditocrates qu’elle a pu croiser, et surtout de tous les parlementaires et politiques et qui lui ont été présentés pour la plupart par le très efficace ex-responsable de ce qu’elle nomme pompeusement son comité de soutien. Manière tape-à-l’œil et grossière d’associer nommément des gens à fort potentiel de visibilité, à son destin - et peut-être un jour à son discrédit. Vulgarité des gens ambitieux et sans talent qui parlent toujours trop fort, et comme d’amis véritables, de leurs relations de salons.

1/4 de règlements de compte, de calomnies, où entre autres, l’utile meneur du fan-club, déchu une fois sa mission marketing remplie, tombé de haut pour avoir approché et compris la part d’ombre de Sihem Souid, et ayant tenté une vaine marche arrière à son engagement, s’en prend plein la figure, de façon abjecte, insultante, ignoble, l’auteur n’hésitant pas à se livrer - comme dans son premier livre - à un exercice de description physique humiliante et superflue, et reproduire une série de textos sans aucun intérêt comme le ferait une adolescente revancharde.

1/4 de non dits et c’est bien sûr en creux que nous avons exploré ce livre, aussi elliptique que le premier, si toutefois cette paire d’ouvrages relève bien du témoignage et pas du roman.

Nous avions commencé à suivre le Souid-show comme un mauvais feuilleton surjoué.
Gênés par quelques invraisemblances, nous nous sommes intéressés à cette affaire de plus près, et avons continué à suivre notre icône en carton comme un fil conducteur à travers une presse totalement partisane et menteuse par d’opportunes omissions ou par facilité d’interprétation de ce qui aurait pu être une histoire exemplaire.
Nous avons pris un certain nombre de contacts qui nous permettent de dire que si le combat contre la discrimination et pour l’éthique est juste, il a été accaparé par Sihem Souid pour servir la seule cause de son ambition. Ses alliés de la première heure se sont tous désolidarisés, c’est dire... Il s’agissait pourtant des véritables victimes de discriminations.
Nous sommes également allés jusqu’à l’Assemblée Nationale pour apprendre que la crédibilité de Sihem Souid est très loin de faire l’unanimité, et que si elle se targue d’un certain nombre de soutiens et d’entretiens avec des parlementaires, ceux qui ont refusé de la recevoir sont nombreux, et leurs réticences sont très explicites.

Comme le disent les journalistes encartés, nous avons pu consulter un bon nombre de procédures et d’auditions. Nous avons, nous aussi, nos sources policières.

Sihem Souid affirme depuis un an avoir les preuves de toutes les exactions qu’elle dénonce. Comme par exemple, celles de viols collectifs ayant eu lieu dans un commissariat de police, faits qu’elle a rapportés dans plusieurs médias, et dont nous n’avons plus jamais entendu parler. Dommage, ce deuxième livre aurait été l’occasion de consacrer à ces crimes - dont elle dit que l’administration les a couverts - un chapitre croustillant.
D’autant plus que le viol est un thème vendeur, un viol constitue un préambule accrocheur.
Un viol est tellement tabou qu’aucun journaliste n’ose poser de question, ce serait reçu comme un autre viol.
Parler d’un viol dans le premier chapitre d’un premier livre, rend le lecteur vulnérable, perméable, lui interdit de douter des pages suivantes. Il ne peut pas se permettre de s’interroger sur le moindre détail d’un tel récit sans en disqualifier l’auteur.
Ce chapitre tabou de l’Omerta dans la police, « Le viol », qui s’accommode de toutes les vérités et d’une dramaturgie particulière, d’un dîner chez des amis, d’une rue déserte, et toujours de la pluie qui tombe sur le crime, ces vingt pages supposées démontrer in fine la réalité d’un acharnement policier sur Sihem Souid sont un écran de fumée.
Paradoxalement, dans un témoignage plus que dans un roman, les mots ont un sens. Et surtout, la contrainte de l'exactitude et de la sincérité.
Ainsi ce viol sous une pluie torrentielle à nouveau évoqué dans le second livre n’a jamais existé.

Les journalistes que nous avons contactés le savent comme nous. De même qu’ils savent un grand nombre d’invraisemblances et de manigances, et de quelle façon la déontologie de la presse est à son tour mise à mal.

Mais ils ont préféré la version officielle, l’imposture médiatique, celle de l’icône de la police irréprochable dont l’uniforme d’ADS n’est jamais sorti à l’air libre de la rue, celle qui a des preuves invisibles, illisibles, celle qui pleure dans ses livres et éructe en textos, celle qui gambadait à la suite d’Arnaud Montebourg à la fête de l’Huma (Arnaud Montebourg aurait-il fait un aussi bon score aux primaires socialistes sans Sihem Souid ?), celle d’une Sihem Souid borderline victime d’un complot visant à la faire taire, mais après tout pourquoi ne pas y croire… c’est tellement vrai qu’elle raconte… n’importe quoi.

Pour finir, deux mots de la "préface" de Stéphane Hessel, le pape contemporain de la bobolution. Celui-ci - dont elle dit qu’il a eu l’honneur de préfacer son livre ( !) - indique avoir suivi le parcours [de Sihem Souid] pendant plusieurs années… Il n’y a que deux explications possibles à ça. Soit il l’a fait sauter sur ses genoux quand elle était gamine, soit il s’agit d’une préface type et forfaitaire selon le nombre de signes espaces compris.

Tout cela et le reste nous indigne au plus haut Point.fr.


Bénédicte Desforges & Marc Louboutin

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23 Janvier 2012

suicide-77 conseil-de-discipline

La semaine dernière, il y a eu deux suicides dans la police nationale.
Arme à feu et médicaments. Suicides qui intéressent la presse et l’opinion. Ou pas.
La précarité de la vie d’un flic est un sujet anxiogène.
Qu’il s’abîme ou s’ôte la vie lui-même, ou que la délinquance s’en charge, c’est à chaque fois la sécurité publique et ceux qui la font qui en souffrent.

Le contexte de la disparition tragique d’un fonctionnaire de police ce week-end, dont il y a lieu de penser qu’il était à plus d’un titre fragile et vulnérable, indique une fois de plus à quel point la prévention est essentielle.

Il faut absolument éviter de résumer le suicide dans la police au débat de sa justification.
Tenter d’y distinguer des motifs personnels ou professionnels est un faux débat. Un débat malsain. Un débat qui prend la fuite sur des postulats de base erronés quand on sait à quel point, dans la police en particulier, l’exercice du métier peut gangrener la vie privée, et que dès lors, il peut parfois devenir compliqué d’identifier l’élément déterminant d’un suicide, et quel événement de la vie d’un flic a pu entraîner sa descente aux enfers.

D’ailleurs, Le Livre Blanc Sur La Sécurité Publique remis le 26 octobre 2011 au Ministre de l’Intérieur suggère dans son premier chapitre consacré aux "principales propositions" d’unifier les régimes sociaux de prise en charge familiale en cas de suicide de policier ou de gendarme, en abolissant la distinction entre motifs rattachables à l’activité professionnelle et motifs rattachables à la vie personnelle.

Dans ce métier, il n’est pas simple du tout de laisser son uniforme au vestiaire. Quoi qu’on fasse, et même si on s’en défend, chaque jour rapporte un peu plus de bleu à la maison.

Voilà la lettre que nous avons fait parvenir aux élus et à la presse en septembre dernier :

 

Lettre ouverte aux élus et aux médias

 

Bonjour,

Depuis des années, l’un comme l’autre, lors de nos carrières respectives de policiers puis au cours de nos activités d’auteurs de livres spécialisés sur la police, nous n’avons eu de cesse de nous préoccuper de manière active du phénomène des nombreux suicides dans l’institution policière.

Nous avons tous les deux écrit de nombreux articles et participé à de multiples interviews pour alerter publiquement sur ces décès dont la moyenne reste désespérément stable (entre 45 et 50 par an) malgré la mise en place après le pic de l’année 1996 du Service de Soutien Psychologique Opérationnel (SSPO).
Notre but n’est pas la polémique partisane, une telle utilisation serait indécente pour la douleur des familles et des proches des victimes qui, même des années plus tard, reste vive.

Les quatre suicides du 22 septembre dernier sont un nouvel appel, terrible par sa répétition, à une réaction la plus déterminée et prompte possible.

L’urgence pour les policiers, mais aussi, nous en sommes persuadés, pour la majorité des citoyens, n’est plus au constat mais à une recherche volontaire de solutions novatrices de prévention, attendues depuis des années par les effectifs, pour endiguer enfin de manière sensible cette hécatombe.

Nos ouvrages, nos contacts quotidiens avec les milliers de policiers qui font partie de nos réseaux, nous ont permis, avec eux, de rédiger une série de propositions pertinentes pour agir avec volonté et plus d’efficacité dans la prévention des suicides qui endeuillent trop souvent la Police Nationale.

Merci à vous d’en prendre connaissance, de relayer ces préconisations, complémentaires au dispositif existant, peu onéreuses et faiblement mobilisatrices en personnel, et de rejoindre les policiers dans cette volonté de préserver des vies, la leur comme celles de leurs collègues.
 

Marc Louboutin et  Bénédicte Desforges  
 

PRÉCONISATIONS POUR LA PRÉVENTION DES SUICIDES
DANS LA POLICE
:


- Engager, par le Ministère de l'intérieur, dans ses indicateurs de suivi des unités une démarche de mesure qualitative des relations d’écoute et d’échanges entre les personnels de tous grades et la hiérarchie, intermédiaire ou sommitale, dans les différents services. La prise en compte en temps réel de problèmes personnels ou familiaux, souvent passagers, peut désamorcer un sentiment (réel ou supposé) “d’abandon” ou de mépris par les fonctionnaires. Une recherche d’humanisation optimisée du commandement, sans en perturber la pertinence ni la performance, pourrait court-circuiter certaines démobilisations génératrices de tendances dépressives.

- Recentrage du SSPO sur sa mission initiale (et non comme élément intégré, trop souvent, à la chaîne hiérarchique). Retour aux consultations uniquement sur volontariat (et non comme devenu parfois sur saisine du commandement) Réaffirmation d’une confidentialité stricte des entretiens et saisine de la hiérarchie du problème rencontré avec accord express de l’intéressé(e). Possibilité de consultation d’un(e) psychologue extérieure à l’administration. Recherche de solutions graduées d’aide ne déqualifiant pas d’emblée les fonctionnaires requérant parfois un simple soutien moral.

- Immersion régulière obligatoire des psychologues de soutien du SSPO avec les services actifs pour les imprégner de la réalité du métier, leur permettre d'avoir une analyse pertinente des stress rencontrés dans les missions, d’être plus accessibles, et renouer un lien de confiance (et de confidences) parfois dissous avec les effectifs de leurs zones de compétence. La possibilité de constatation “de visu” des situations possiblement traumatisantes (lorsque c’est possible et sécurisé) ne pourrait de plus qu'accroître la compétence de ces professionnels reconnus et leur appréhension des effets possibles.

- Mise en place d’un réseau de cellules de veille et d'écoute par fonctionnaires référents volontaires (avec expérience de services actifs et élus par l’ensemble du personnel du service concerné, bénéficiant d’une formation adaptée) dans les services et de détection et d'alerte aux psychologues professionnel(le)s du SSPO et/ou de relais avec des structures sociales ad hoc. Il ne s’agit pas de créer des “inactifs” mais des personnels en activité détachables en fonction de l’urgence de leurs saisines de cas préoccupants. Affichage de ce recours d’écoute dans les services. Là également, confidentialité stricte des entretiens et avis à la hiérarchie du problème abordé avec accord express de l’intéressé(e).

- Mise en place d’une écoute nationale permanente, centralisée (par téléphone, mails, intranet et sms), permettant d’optimiser le recours à un soutien même la nuit, une autre voie de saisine du référent sectorisé, éventuellement de prendre des mesures d’urgence motivées. Cette cellule centraliserait et d’analyserait les retours d’expérience des dossiers traités par les référents de service. Mise en place d’un réseau Intranet des réactions et commentaires des personnels de service ayant connu un suicide d’un de leurs collègues. Analyse (éventuellement extérieure pour plus de crédibilité) de ces témoignages et des enquêtes de faits de suicide. Personnel bénéficiant d’une formation adaptée, d’une expérience de terrain préalable significative et recruté après un sérieux entretien de motivation.
(cela fonctionne, nous avons testé avec succès de telles écoutes aux policiers en difficultés psychologiques affirmées lors "d'appels au secours", qui effectivement se confient avec beaucoup plus de spontanéité à des collègues "comprenant" et appréhendant totalement leur univers. D'une part par les centaines de courriers reçus par l'un et l'autre d'entre nous, suite à la visibilité conférée par notre expérience éditoriale, puis via nos sites et pages internet, notamment "Le blog de police" depuis deux ans - avant que la direction de FaceBook ne supprime les groupes de plusieurs milliers de policiers à trois reprises. L'utilisation, comme personnes ressources de policiers ayant surmonté de telles difficultés est un plus.)

- Meilleure affirmation, appréhension et règlement des enquêtes internes pour harcèlement.( Il semblerait apparemment - de source syndicale - que l'un des fonctionnaires s'étant donné la mort s’était déclaré victime dans une telle procédure en cours.)

- Enfin, reconnaissance de possibilités d'états de stress post-traumatique (ESPT) à court (événement exceptionnel), moyen ou long terme (par répétition des situations) et possibilité d’adoption sur dossier médical d'un statut de reconnaissance de maladie professionnelle. L'ESPT s'ajoute à des traumatismes extérieurs à la fonction, de même que certains syndromes possible dits de "Burn out" (usure professionnelle), et même sans les admettre de manière dogmatique comme une cause primordiale ou essentielle dans la mortalité par suicide dans la police, il est difficile d'en contester la part, souvent rajoutée à des traumatismes personnels (divorce, difficulté familiales, endettement...etc etc...)

- Debriefing systématique du personnel concerné par un suicide dans un service et association de celui-ci aux mesures locales de prévention*, de même qu’association du référent élu “prévention suicide” du service à l’enquête interne, avec communication par la hiérarchie des conclusions au personnel concerné. (*Le retrait systématique de l’arme en fin de service à tous les fonctionnaires d’un des services concernés par les suicides du 22/09/2011, dérogatoire à l’article 8 du Code de déontologie entendant une obligation d’intervention en flagrant délit hors service, est considéré par eux comme une infantilisation et une déqualification par suspicion générale de faillibilité)

- Présentation d’un bilan qualitatif annuel des interventions nationales de prévention et de celles du SSPO, du nombre de suicides et du décryptage (anonymisé) technique de leur causalité en association avec les centres d’aide aux policiers (ex : centre du Courbat de l’ANAS) et mise en place d’une journée nationale de consultation des personnels dans chaque service sur le “malaise” éventuel des effectifs, l’importance locale des ESPT et du “burn out”, et des solutions préconisées par le personnel, de même qu’un état de la gestion locale des interventions (anonymisées) du référent sus-mentionné. Retour qualifié de ces réunions à la cellule centrale, et affichage au personnel dans chaque service de ce bilan local, de même que de celui qualitatif et quantitatif national. Définition d’objectifs pour l’année à venir.

Le 24 septembre 2011,
 

Marc Louboutin
Journaliste et auteur de “Métier de chien” et “Flic c’est pas du cinoche”

Bénédicte Desforges
auteur de “FLiC” et “Police Mon Amour”

 

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B. Desforges

#actu police, #suicides

13 Janvier 2012

B.Desforges et M.Louboutin

 

Avant l’heure c’est pas l’heure.
Ce qui suit n’est pas une explication de texte avec toutes les bonnes raisons de ne pas gaspiller quelques euros pour cette chose, mais simplement une mise en bouche de la suspendue*. Le reste viendra plus tard.

Au passage, merci à ceux qui nous ont procuré des exemplaires, parce que cette petite heure de lecture ne valait en effet pas tripette.

Nous avons donc lu les nouveaux chapitres des aventures de Sihem Souid au pays des gentils et des méchants, des partisans et des courtisans, de ceux qui prennent le train en marche, et des autres qui voyagent en première classe, des intrigants et des intrigués que nous sommes.
Dans le monde de Sihem Souid, ce n’est pas compliqué, nous sommes de très méchants personnages. On n’y peut rien, c’est juste qu’on n’est ni dupes, ni complaisants, ni silencieux. Et elle n’aime pas ça.

Notre scepticisme affiché l’a donc poussée à nous dédier un petit paragraphe pour lequel nous ne la traînerons pas dans les tribunaux, ceux-ci étant déjà largement encombrés par les plaintes qu’elle a déposées contre une foule de contradicteurs dont on ferait partie. A ce jour rien reçu, et même pas peur.

Évoquant donc deux anciens policiers aigris par la vie et par leur insuccès médiatique, de surcroît médiocres et s’acharnant contre elle dans l’espoir de revenir en odeur de sainteté auprès de la place Beauvau, Sihem Souid comprend la mésentente de la façon suivante :
« Jaloux de l’impact de mon livre, ils ont également pris ombrage de ce qu'une modeste fonctionnaire de la police administrative trouve plus d’échos que la mise en scène, dans leurs ouvrages, de leur propre carrière dont personne ne se souvient. »

Diantre ! Tout ça pour ça !
N’en déplaise à la donzelle, Flic s’est mieux vendu que le premier opus de ses mémoires, et l’insuccès médiatique de ce livre est très relatif. Preuve étant faite, soit dit en passant, qu’un livre sans scandale d’un auteur inconnu n’est pas voué au pilon.
Métier de Chien a eu moins de chance, les derniers milliers d'exemplaires encore disponibles ayant disparu des stocks d'un coup et sans aucune explication, preuve cette fois d’un livre qui n’a pas laissé tout le monde indifférent.

Mais la personnalité tourmentée de Sihem Souid l’incite à penser que toute opposition à sa personne ou à ses dires ne peut être qu’une manifestation de jalousie, et que la contradiction est synonyme d’acharnement. Pire, s’affichant comme l’incarnation de la déontologie, quiconque n’est pas en accord avec elle est, par l’absurde, présumé voyou de la République. De même qu’un éperdu besoin de visibilité et d’existence médiatique devrait être un appétit universel.
Bien sûr que non. Pas plus qu’une mise en scène de sa vie de flic est nécessaire pour parler de police. On peut par exemple être major de sa promotion et ne pas le clamer parce que le mentionner est dérisoire et sans intérêt, ou au contraire s’inventer des lauriers qu’on n’a jamais eus. Plus clairement, soit on raconte la vérité, soit on se met en scène à dessein. Ce n’est pas notre cas.

Quant à revenir ronronner au ministère de l’Intérieur, il faudrait que quelqu’un se dévoue pour expliquer à l'experte en police et sécurité qu’une démission est un acte volontaire et n’est pas rétroactive. Et également qu’on peut adopter une définition cohérente de la citoyenneté, et survivre socialement sans avoir des noms de ministres ou de parlementaires plein la bouche.

Ce petit paragraphe fielleux est donc à lui tout seul une indication par défaut des motivations et intentions d’écriture (si on peut appeler ainsi un livre aussi mal écrit que le premier) de l’auteur.
Elle nous reproche finalement une quête qui n’a jamais été la notre.

Trouvez l’erreur.

(à suivre)

*de la République

 

BD & ML

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