La couverture

6 Septembre 2010

   Je ne me rappelle pas de quoi il était mort. Accident ou maladie, je ne me souviens de rien, tant ce détail a occulté tout le reste. Je nous revois avec les pompiers dans une chambre sombre et sale qui sentait mauvais. Nous étions autour d'un lit où reposait, sur une couverture râpée, un petit enfant mort. La mère était à nos côtés, la mine inexpressive et les bras ballants. Il fallait transporter le corps de cet enfant à la morgue de l'hôpital de secteur.
   « Madame, il est temps de l'emmener maintenant, a dit un pompier, voulez-vous venir avec nous ?
   - Non, ce n'est pas la peine », a-t-elle répondu.
   Le pompier s'est penché au-dessus du petit lit, et a délicatement rabattu la couverture sur l'enfant. Un brancard était inutile, il l'a simplement soulevé comme on porte un petit endormi.
   « La couverture ! Vous prenez aussi ma couverture ? s'est exclamée la mère.
   - Madame, on ne peut pas l'emmener comme ça, voyons. Il faut que nous empruntions l'escalier et sortions de l'immeuble... Jusqu'au camion... On ne peut pas... Il ne faut pas... Madame...
   - Oui, mais ma couverture ? Comment je vais faire pour la récupérer ?
   - Vous n'avez pas autre chose ? Un drap à nous confier ? Madame ... On ne peut pas le descendre comme ça...
   - Rien du tout, je ne vous donne rien du tout ! »
   La mère a repris le corps de l'enfant des bras du pompier, l'a reposé sur le lit, a retiré la couverture et l'a repliée. Puis elle est partie en maugréant vers le fond de son appartement. Quelques instants après, elle est revenue vers nous, et nous a tendu un grand sac en plastique.
 

Texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire

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