Périphérique

28 Juin 2006

  Deux nuits de stage sur le périphérique. Routine, radars, accidents, déviations, on rentre en pause à la base. Au chaud. Au calme. Les néons du poste ressemblent encore à ceux du périph. Je suis fatiguée. Je monte au bureau des photos. Ils développent et gardent des clichés étonnants pris par les radars. Ce soir-là, ils classent des photos d'accidents. Je regarde avec eux. On me propose de voir la photo d'un accident de moto porte des Lilas. Décapitation par le rail de sécurité.
Et tout me revient.
Fanny et moi en moto. Elle en 1000 et moi en 1100. Motos rouges, c'était drôle, tout le monde nous regardait et on en jouait évidemment. On dépliait ensemble la béquille, et ensemble on mettait pied à terre des bêtes brûlantes. Motos parallèles, serrées, alignées. Petite chorégraphie qui nous amusait. Et ensemble, on retirait les casques. Toujours le même effet... deux gonzesses. On rigolait. Les pantalons de cuir pour la route, ça nous faisait des gros culs.  V  de la main gauche, on parlait moto et on avait plein de potes. Durits aviation, gomme tendre à l'arrière, additif dans l'huile moteur,  on va boire un café ?   On va au Bol d'Or, cette année ?  Fanny est flic comme moi. Dernier souvenir, il fait beau, on est chez elle et on se fait un petit plat à base de sauce à la bière. Ses deux petits mômes éclatent de rire et battent des mains à nos fous rires. On reparle de cette plaque de gasoil sur laquelle on a roulé, les motos comme en roue libre. On parle de ceux qui disent bloquer le compteur et qui ne savent pas prendre les trajectoires. On parle de la vie, on parle de demain, on parle du temps qu'il fera...
C'est pour ça que j'ai dit à mon collègue que je ne voulais pas voir la photo.
Je savais déjà.
Je ne voulais pas voir la tête de Fanny dans son casque.
 

texte extrait de Flic, chroniques de la police ordinaire

Bénédicte Desforges

#chroniques d'un flic ordinaire

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