Merci Collègue.

2 Septembre 2008

Le FLiC, il y en a qui l’ont aimé pour diverses raisons.
Toi ou moi, on ne se laisse pas attraper par les mêmes mots.
C’est une histoire d’écho. Les mots ne font pas le même bruit pour tous, ils ne rebondissent pas sur les mêmes images.
Mais les histoires de ce FLiC, si les non-flics les ont appréciées parce qu’ils ne savaient pas grand-chose de tout ça, les flics les ont aimées parce qu’ils les connaissaient déjà toutes.

S’il y a des messages qui ont un goût particulier, celui de l’affection, de la fraternité, une presque intimité, ce sont bien ceux de mes collègues.

J’en ai reçu un ce matin.

  Un petit message avec le sourire.

  3 h 51
(je ne savais pas comment m'y prendre, alors le décalage de sommeil aidant, j'ai choisi d'écrire un peu)

  Impossible de mettre une date précise sur cet évènement, mais le printemps n'était pas encore tout à fait là.

  Je me rappelle en effet du chef de poste, qui portait encore le pullover par dessus sa chemise "bleu glacier" (pour ne pas dire "bleu pompiste" ou "bleu salissant"). Il était assis là, paisible, attendant la relève en lisant.
  Je n'ai pas retenu un léger sourire en constatant que j'avais déjà lu ce livre.
  Ce livre qui vous sautait aux yeux jusque dans les supermarchés, ce livre qui faisait passer la brème pour une pâle carte de visite, affichant fièrement son "FLIC" en couverture.

  Étonnement, on le voyait rarement dans la rue, encore moins dans les transports en commun où aucun collègue n'aurait osé le sortir de son sac.
  Mais ce jour là, ce "FLIC", j'allais le voir.

  Je commence mon service, laissant le chef de poste dans ses lectures, et passe saluer l'opérateur radio.
  Nous sommes le matin, il est tôt et c'est encore calme.
  Je trouve donc l'opérateur lui aussi les yeux rivés sur le papier. Pas d'une sombre mention de service, non, lui aussi se crève les yeux sous la lumière blafarde que connait tout commissariat en déchiffrant les lignes du "FLIC".

  Échanges de quelques banalités sur le livre, l'heure matinale ne nous poussant pas à un débat plus philosophique, avant que je monte sentir l'odeur du café froid dans les bureaux des OPJ de nuit.

  À défaut de café froid (bu depuis longtemps bien entendu) c'est encore un "FLIC" que je trouve, un marque-page glissé entre les dernières lignes du livre.

  Et ma journée a été rythmée par ce "FLIC", comme si nos interventions n'étaient pas encore d'actualité, mais que ces résurgences d'un passé que nous autres "bleus" n'avions pas connu étaient plus importantes et plus actuelles.
  Chacun y allait de sa paraphrase sur le "FLIC", qui ayant déjà vécu telle situation, qui ayant ri aux éclats à tel passage ou ressenti avec légitimité la même détresse, la même émotion, à la lecture d'un autre.

  Tout le service l'avait côtoyé, ce "FLIC", et cela oscillait entre bouffée d'air pur et nostalgie.

  Fin de service, je rends la radio à la relève.
  J'entends encore parler de lui, ce "FLIC"... et pourquoi à ce moment-là précisément, je ne sais pas, mais je comprends.

  Je comprends que cet engouement n'est pas seulement dû à un talent littéraire ou à un goût pour les anecdotes (commun à chaque collègue.)
  Je comprends que plus qu'un récit de famille, c'est une page de la Police que nous venions tous de revivre. Une page de son Histoire, que nous n'avions pas vécu et ne vivrons probablement jamais.
  Certes, nous nous sommes tous retrouvés dans le "FLIC", et nous avons tous vécu un peu de son histoire, mais il y a toute une partie de lui qui est morte avec le temps, avec les réformes, les politiques...
  Il y a surtout toute une partie de lui que nous ne connaitrons pas, ou alors avec de la chance ou le hasard.
  Cette partie là, c'est son auteur.

  Car loin des mémoires de Broussard, loin des faits d'armes, loin des revendications du "Gpx" Blondin, il y a chez ce "FLIC" une chose étonnante.
  Ce "FLIC" là est humain, ouvert, généreux, efficace, professionnel, curieux, revendicateur... et ce n'est pas devant la machine à café ou dans les confinements d'un bureau qu'il se confie, mais dans un livre... public... et comme si cela n'était pas suffisant, et surtout, ce "FLIC" là est Officier, si l'on cherche à voir sa tête on la trouve encadrée de doubles barrettes rectilignes...

  Alors au final j'ai compris, plus que de revivre une page de l'Histoire de notre métier, nous étions surtout tous conscients que ce "FLIC" là, nous ne travaillerions pas avec, et qu'à part avec de la chance, nous n'aurions pas le plaisir de recevoir des ordres d'un tel Officier.

  Cela peut paraitre trop, ou peut être éloigné de la réalité, mais le flic que je suis se devait de raconter au "FLIC" cette petite histoire (vécue), afin de le remercier d'avoir parlé (comme d'autres) d'avoir montré ou expliqué (comme d'autres) mais surtout d'avoir été ce "FLIC", à qui il aurait été (pas comme à d'autres) un honneur de rendre compte des faits suivants /... /


Merci, mon collègue. Merci.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
laisser un commentaire
J
La police en Israel est pire qu'en france pour 100 euros de decouvert c'est la prison. Et ca personne ne le dit

james
Répondre
L


Pfiouuu, en effet !
Mais je crois que j'ai entendu de parler de ce pays, c'est celui qui prétend avoir l'armée la plus morale du monde.
Et il parait aussi que les Refuzniks ne sont pas à la fête.
Shalom quand même, poète.



G
Suite comm' 7 : Non, j'avais déjà quitté les CRS à cette époque, ce qui fait que je ne puis affirmer que ton bouquin ait eu du succès chez les membres de cette honorable corporation. Mais ça ne m'étonnerait pas du tout, la maîtrise de l'alphabet n'étant pas réservée à une élite genre Préfecture de Police...
Répondre
L


T'inquiète, j'ai des antennes en CRS.
Pour la PP d'élite, me cherche pas.



R
Ton blog est super, tu es super, même si je ne te connais qu'à travers ton blog et ton livre tu as un franc-parler, ça me plais. Beaucoup de collègues pense comme toi et le disent, ils s'opposent à la hiérarchie sur certains points, seulement après ont les mutes, ils ont des difficultés d'avancement, quelle misère! Bravo? tu représentes beaucoup de chose pour certains d'entre nous. Espérons qu'un jour les choses changent.

Bisous à toi et bonne continuation.
Répondre
L


Salut Romain
On a les mêmes histoires, et des hiérarchies qui se ressemblent, parfois biern, d'autres fois moins. Alors, on a un peu la même façon de penser :o)
Bon courage au boulot !



A
pourquoi tu fermes les commentaires sur A86 ?

no comment ?

j'ai compris....

je l'ai vécu aussi, un peu autrement, j'ai une médaille pour l'enfant, mais ni pour le papa, ni pour la maman....

ni pour le grand frère de 14 ans qui de toutes façons était déjà DCD

tiens j'vais reprendre un whiskhy sans glace...

encore bravo et merci pour tes talents d'écriture et d'humanité.

no comment donc
Répondre
L


C'est moi qui te remercie.
No comment aussi...



L
Moi qui suis entré comme inspecteur et n'ai ensuite connu que la PJ, j'adore ton blog, j'adore l'humanité dévoilée par tes billets et si bien rendu (il faut insister là-dessus) par tes talents d'écriture.
Après plus de vingt ans de carrière, je revois mon passé de jeune inspecteur en DPJ nuit sur Paris, lorsque je me "contentais" d'arriver sur des situations après les effectifs en tenue, lorsque je donnais des instructions à des gradés qui avaient le double de mon âge et savaient en général parfaitement ce qu'ils avaient à faire, lorsque je râlais aussi quand une BAC ou une patrouille "mettaient à disposition" un militaire désoeuvré pour un opinel dans la poche ou des jeunes pour des tags que le rapport exagérait largement.
Je ne vais pas jouer la nostalgie, mais ça fait du bien de te lire. Merci.
Répondre
L


Mais si, mais si, on peut être nostalgique de temps en temps (y'a pas de mal à s'faire du mal !)
Bon, les MAD pour PAB un peu truc, parce qu'en fait y'avait que ça, heu... ben oui, je ne dis rien, ça arrive (rarement, hein). Mais ça ne vaut pas l'histoire du Saint-Cyrien ou je ne sais
plus quelle école militaire, interpellé avec son sabre un 14 juillet après le défilé, pour port d'arme blanche.
Mais bon, nous autres on savait aussi que le vendredi vous ne preniez pas trop d'affaires à cause des prolongations de GAV du week-end... Gniark !
Merci Larry ! ça fait du bien de te lire aussi.



O
c'est avec beaucoup de plaisir et de fierté partagée que je lis cette lettre au FLIC et les commentaires qui suivent. mon coeur se dilate dans ma poitrine, je suis fier d'avoir lu ton FLIC, de te deviner à travers nos discussions décousues, drôlatiques, saupoudrées de dinguerie, de te rencontrer un jour proche, de trinquer à ta santé et à tes succès futurs, oui oui parfaitement
je ne te connais qu'à travers tes mots et ta voix mais je suis fier de toi
Répondre
L


Too much !
Merci Laurent, c'est vraiment sympa.
Comme tu dis, vivement qu'on trinque à plein de choses. Je t'embrasse.



G
Ce 'FliC' m'a valu une des plus belles polémiques de vestiaire de ma carrière : la moitié des gars l'avaient déjà lu, et quelques-uns étaient contre le dévoilement de certaines dérives, de certains travers, même drôles. Ils estimaient que l'auteur n'avait pas à salir ainsi le corps de la Police Nationale pour complaire aux anti-flics de passage. J'étais du camp opposé, si les flics sont des humains, alors cet auteur est notre porte-parole tout désigné, il nous le faut, etc.

La controverse a été trapue, je t'annonce ! Je crois bien que c'est la première fois qu'on s'engueulait dans le vestiaire pour des raisons littéraires ! On en a oublié la fin de service.

Un excellent souvenir, tout comme le bouquin.
Répondre
L


Dérives, salir le corps (magnifique et irréprochable) de la police nationale, faut peut-être pas exagérer.
En tout cas, merci d'avoir fait l'avocat de la diablesse.
Ca s'est passé chez les CRS cette guérilla de vestiaire ?
:D
(CRS... ça y est, ça me rappelle un truc rigolo. Merci !)



F
Chère Bénédicte, comme ce message de collègue a du te faire plaisir.
Moi aussi, tu le sais déjà, j'ai adoré ton livre. Je l'ai lu après avoir découvert ton blog, donc après avoir appris à te connaître un peu au travers de tes billets et surtout de tes commentaires. Je pense savoir que tu dis toujours ce que tu penses, quelles qu'en soient les conséquences.
C'est donc en toute confiance que j'ai avalé ton "FLIC" (je dis « avalé » car je l’ai lu d’une traite en quelques heures).
Personnellement, je suis heureuse (et sans doute un peu rassurée également) de savoir qu'il y a des personnes comme toi dans la police.
Répondre
L


Merci Fab.
Et bien sois rassurée encore plus, je ne suis de loin pas un cas isolé !



B
J'estime beaucoup ton blog, plein de justesse et d'humanité.
La mauvaise image que nous avons des "FLICS" disparaitra-t-elle un jour ?
Admettons-le, il y a vraiment des buses... mais moi je sais, comme tout un chacun, que quand quelque chose ne va vraiment pas, on appelle les "FLICS" et ce n'est pas pour rien, puisque ce sont les gardiens de la paix...
Et gardiens de la paix ne veut pas dire sociologues, psychologues, et autre service social...
Quoique...
Tu le sais maintenant que j'ai 56 ans.
Vers 45 ans, je me suis faite agressée en pleine rue (sortie de bar vers 1h du mat), j'ai été obligée de suivre un mec dans un parking...trop long à raconter, mais le pire, c'est quand je me suis retrouvée chez les fameux "FLICS" chez qui je voulais porter plainte contre X.

J'avais un pantalon clair tâché de sperme. Ces fameux flics m'ont dit de le rapporter le lundi (on était dans la nuit de vendredi à samedi)

Outre le fait que je n'avais plus rien, plus de sac, plus de clés, rien de rien, cela fût une galère pas possible pour rentrer chez moi.......

Bref, le lundi arrive, et je viens au commissariat avec mon pantalon bien enveloppé dans un plastique.
Et qu'est-ce qu'on me dit ?
Trop tard, Madame, au bout de 48h, le sperme est trop sec pour faire une analyse.
Imagines mon désarroi.
Imagines aussi quelle image je me suis faite de la police.
Répondre
L


Tu penses bien que oui, j'imagine.
Et l'image que tu as de nous, et ton désarroi...
C'est difficile pour moi de te répondre. Quand un collègue fait mal son travail, que ce soit par méconnaissance, négligence ou autre, il porte un coup à tous les flics. D'ailleurs, quand un
collègue ne peut simplement pas règler une affaire, c'est pareil.
Alors tout ce que je peux dire, c'est que je te comprends, et que j'espère que tu t'es remise aussi bien que possible de cette saloperie.



B
Étonnant de justesse, de respect et de sincérité. A regretter avec lui qu'il ne puisse te "rendre compte des faits" merci à ton collègue. Et à toi pour l'avoir ainsi exposé à nos regards voyeurs ;-) Bises
Répondre
L


Je ne l'aurais pas fait sans lui demander.
Mais j'ai reçu tellement de messages sympas de la part de collègues d'un peu partout, que je voulais au moins en partager un ici, pour qu'on puisse lire comment ça se passe chez nous, et entre
nous.



U
Oui, bien beau message, qui n'abolit pas la déférence hiérarchique parce que justement il respecte ce flic que tu es. Chaud au coeur de recevoir cela d'un collègue en plein dedans. On est destinataire ce que l'on mérite, n'est ce pas?... enfin pas dans la police: ici :)
Répondre
L


Je ne sais pas si c'est mérité, mais c'est vrai que ça réchauffe.
:o)



C
Le flic est un humain bien trop souvent non reconnu comme tel...
Là, l'humain l'est et le reste, et peut même savourer de l'être... Il peut être vraiment fier...
Répondre
L


Le poulet est un être humain comme les autres.



D
Quelle plus belle reconnaissance que celle de ses pairs ?

Cette personne a su lire derrière les lignes de ton livre, et voir quelle étonnante femme tu es, tes failles, ta sensibilité, tes colères, tes batailles, tes passions, tout est dans ces pages aux mots si bien choisis.

Je le disais encore hier, Béné, c'est pas une plume qu'elle possède, c'est un scalpel.
Répondre
L


Quelle plus belle reconnaissance que celle de ses pairs ?
il n'y a peut-être pas mieux...
Merci Dom.